Faut-il agir, et comment, …sur les comportements hostiles à dimension sexiste?

Faut-il agir ? Oui évidemment, au regard des enjeux et aussi des nouvelles obligations qui incombent aux employeurs! Comment agir ? La nouvelle publication "Analyses" de la DARES éclaire cette question. Après l'avoir lue pour vous, nous pouvons finalement retenir 5 idées clés sur le comment :

Cette publication est réservée aux adhérents

Contenus suggérés

QVT – Diversité – Politiques sociales

Vu d’ailleurs : Un survol international des pratiques RH

Article du 31 mars
>  De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher
  • Le Brésil, patrie des auto-entrepreneurs ?
  • Le boom des start-up vendeuses de sommeil (de qualité)
  • Migrants et opportunités professionnelles
  • Le boom des licornes au Brésil
  • L’inédite fuite des cerveaux
  • Le "travail sûr et sain" n’est pas un principe selon Jair Bolsonaro
  • Un analphabétisme en hausse
>  De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • New Delhi essaie de faire revenir tous ses étudiants bloqués en Ukraine
  • Inquiétudes sur les conséquences de la pandémie sur le niveau éducatif des enfants
  • La cybersécurité : une des principales préoccupations des grandes entreprises
  • La santé mentale des salariés, à surveiller de près
>  De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • Le welfare d’entreprise, clé pour la fidélisation des salariés et la qualité de vie au travail
  • Comment banques et assurances s’adaptent face au vieillissement des travailleurs
  • Les stéréotypes de genre toujours très répandus
>  De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Partage des tâches et télétravail : vers une amélioration ?
  • Métavers pour les employés
  • Yoky Matsuoka : un vent de fraîcheur à Panasonic
  • Evolution du système d’emploi à la japonaise
  • Les demandeurs d’emploi prennent des cours du soir
>  De notre correspondant au Maroc
  • 22 % des femmes actives avant la crise sont maintenant sans emploi
  • Professionnaliser les entraîneurs de chevaux de courses
  • Premiers contrats d’embauche dans le cadre de l’École du Développeur U’DEV de CGI
  • Les Eaux Minérales d’Oulmès meilleur employeur en 2022
  • Proman s’installe au Maroc
> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Un projet pilote d’une semaine de travail de 4 jours au Royaume-Uni
  • Comment réattirer les gens vers le monde du travail
>  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • Augmentation massive des hauts salaires pour contrer la grande démission
  • Zoom serait-il déjà ringard ?
  • Les difficultés de la Supply Chain poussent au retour de la production aux Etats-Unis
  • Fin de l’arbitrage sur le harcèlement sexuel en entreprise
 

De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher

Le Brésil, patrie des auto-entrepreneurs ?

Au moins 25 millions de Brésiliens travaillent à leur compte, un record fin 2021, qui promet de s’accroître encore cette année. Trois Etats, parmi les plus pauvres de la fédération, sont en tête des plus fortes croissances de ces travailleurs précaires : il s’agit de Roraima et Bahia (+32%) ou le Pernambouc (+30,8%). Ce mouvement est d’après les économistes vu comme la conséquence d’un changement structurel du marché du travail, accentué par la pandémie. D’après les données très précises de l’Etude Nationale par échantillon Domestique Suivi (la Pnad-C), le nombre de travailleurs autonomes est passé de 21 millions au premier trimestre 2020 à 25 millions fin 2021. D’après la définition brésilienne du travailleur autonome, il s’agit d’une personne qui produit une activité seule ou avec un associé, mais sans employé fixe. Le statut de MEI (micro-entrepreneur individuel) a aussi facilité la création de ces structures proches de l'auto-entreprenariat français, mais aussi incité à la sous-traitance, et donc à la réduction des postes de travail fixes au sein des entreprises. Mais de ces 25 millions de travailleurs, 19 millions n’ont pas d’entreprise avec CNPJ (équivalant à un Siret). A São Paulo, plus de 20% des travailleurs sont autonomes, alors que c’est la capitale économique, qui concentre le plus grand nombre d’entreprises. A titre de comparaison, ils sont 8,7% dans l’Etat de Rio de Janeiro et 10% dans le Minas Gerais.

Pour l’analyste Mariana Leite, "c’est en partie dû à la hausse du chômage, avec cette crise économique qui dure, donc les gens travaillent selon ce qu’ils peuvent inventer, même en l’absence de poste régulier dans une structure solide". Cosmo Donato de LCA Consulting partage le même diagnostic : "les entreprises demandent plus de flexibilisation et font passer cette tendance pour une soif d’entreprenariat mais qui correspond en fait à une plus grande précarisation des ex salariés". Les secteurs qui ont le plus souffert de cette précarisation/ubérisation du marché du travail sont la communication, l’information, les activités financières, immobilières, administratives, éducatives… Dans la construction, on note une augmentation de 3 % de ces travailleurs informels/autonomes.

Le boom des start-up vendeuses de sommeil (de qualité)

Le 18 mars, c’est la Journée mondiale du sommeil. L’occasion de faire le point sur la mauvaise qualité de cet aspect de notre vie psychique. Le manque de sommeil affecte la santé mentale des Brésiliens. C'est ce que souligne la recherche "Tendances dans le secteur du bien-être : l'impact de l'assoupissement de la quarantaine", menée par la société d'innovation d'entreprise The Bakery, qui a cartographié 70 startups nationales et internationales de bien-être physique et mental qui proposent différentes solutions technologiques, notamment pour améliorer la qualité du sommeil. Lancée en décembre 2021, l'étude a comparé ses résultats à ceux d’une première enquête réalisée par le cabinet de conseil en 2020, intitulée "Ce qui a empêché les Brésiliens de dormir la nuit". Dans les deux sondages, près de la moitié des répondants ont indiqué qu'ils dormaient moins bien. Parmi eux, 61 % ont déclaré que la qualité de leur sommeil avait été fortement affectée par la pandémie. Parmi les répondants qui dorment moins bien, 65% ont affirmé que leur santé mentale était affectée. Un autre point est la relation entre le modèle de travail et le sommeil : 50 % des personnes qui travaillent à domicile aujourd'hui ont moins bien dormi, contre 45 % dans l'enquête précédente. La bonne nouvelle, cependant, est que le nombre de personnes qui ne font rien pour essayer de mieux dormir est passé de 53 % à 32 %. "Un sommeil de bonne qualité est essentiel pour la santé physique et mentale. Avec l'extension de la pandémie depuis plus d'un an et la nouvelle perception de la sécurité de la population grâce à la vaccination, nous avons réalisé cette nouvelle enquête pour comprendre si ce comportement initial s'est maintenu ou non", explique Felipe Novaes, associé et co-fondateur de The Bakery. Parmi les solutions cartographiées par l'étude, neuf se concentrent sur la qualité du sommeil et ont reçu d'importants investissements au cours de la dernière année. Premier assistant personnel de sommeil à obtenir l'approbation d'Anvisa, la plateforme brésilienne SleepUp a augmenté de 400 % en 2021 le nombre d'utilisateurs mensuels récurrents (plus de 10 000). Les utilisateurs ont constaté une augmentation moyenne de 30 minutes du temps de sommeil total en un mois d'utilisation, une amélioration de 30 % des symptômes d'insomnie et des habitudes de sommeil, et une réduction des réveils nocturnes. Les gens peuvent aussi s'endormir 55 minutes plus vite. "SleepUp cherche actuellement à obtenir l'approbation réglementaire aux États-Unis et en Europe et a l'intention de rendre ses forfaits payants disponibles dans ces pays d'ici la mi-2022", révèle Renata Bonaldi. Vigilantes do Sono (les veilleurs de sommeil), de São Paulo, a aussi connu une croissance exponentielle avec son application qui surveille les conditions de sommeil et propose des techniques pour mieux dormir.

Avec 50 000 évaluations d'insomnie et 1 million d'heures de sommeil récupérées, les revenus de l'entreprise ont augmenté de plus de 3 000 % en 2021. Sélectionné par l’université privée FAPESP et le Service d'appui aux micro et petites entreprises de l'État de São Paulo (Sebrae/SP), Vigilantes do Sono devrait recevoir un financement de plus d’un million de réais (200 000 euros) au cours des 2 prochaines années.

Migrants et opportunités professionnelles

Alors que le Brésil est encore sous le choc après l’assassinat du congolais Moïse Kabagambe le 24 janvier dernier, la question de la précarité des travailleurs migrants ou réfugiés revient au centre du débat. Ce jeune travailleur arrivé en 2011 au Brésil pour fuir les conflits ethniques en RDC a été roué de coups et tué après être allé demander ses arriérés de salaire à son gérant. Dans ce contexte très tendu, plusieurs initiatives rappellent que les migrants et réfugiés ont les mêmes droits que les Brésiliens pour être embauchés et déclarés. Par exemple, le restaurant végan et sans gluten Free Soul Food a décidé d’embaucher une jeune Nigériane, qui sortait d’une situation professionnelle complexe. Elle avait été presque réduite en esclavage, une pratique encore en cours au Brésil, qui consiste à obliger une personne à travailler, en l’asservissant de dettes et en la retenant sur son lieu de travail. Grâce à ce souci d’embaucher des femmes en situation de vulnérabilité, l’entreprise a reçu la certification "Droits humains et diversité" de la Mairie de São Paulo.

Cette initiative fait partie des portraits positifs proposés chaque mois par le quotidien Folha de São Paulo sous le titre "négoces pluriels".

Le boom des licornes au Brésil

Après des investissements records, le Brésil a vu naître en fin d’année 10 nouvelles licornes, soit des entreprises estimées à plus d’1 milliard de dollars sur le marché. La première était l’appli de taxi chinois 99, en 2017. Malgré la crise économique au Brésil, la baisse du réal par rapport au dollar a attiré les investissements étrangers : près de 9 milliards de dollars ont été investis dans les secteurs de l’innovation et de la technologie en 2021, plus du double par rapport à l’année précédente. Il y a donc aujourd’hui 18 start-up milliardaires au Brésil, dont 7 de fintechs. São Paulo, locomotive économique du pays reste surreprésentée, avec 7 licornes.

Les nouvelles licornes n’évoquent sans doute pas grand-chose hors du Brésil, elles sont issues de la fintech et du commerce en ligne, à savoir : MadeiraMadeira (vente de meubles en ligne), Hotmart (créer ses cours en ligne), mercado Bitcoin, Unico (reconnaissance faciale pour entreprise), Fret.com, etc.

L’inédite fuite des cerveaux

Le quotidien O Globo évoque depuis plusieurs semaines la fuite des cerveaux brésiliens, soulignant qu’entre 2 000 et 3 000 chercheurs sont à l’étranger, selon une enquête du Centre de gestion des études stratégiques. Il n'y a jamais eu autant de Brésiliens qui quittent le Brésil ou vivent en dehors du Brésil ! Plusieurs articles dans la presse économique y sont consacrés. Leur nombre a augmenté de 35 % entre 2010 (fin du deuxième gouvernement Lula) et 2020. La destination phare reste les Etats-Unis, ensuite plusieurs pays européens dont le Portugal, lusophone comme le Brésil, encore perçu comme terre d’opportunité malgré la crise et les bas salaires en Europe.

L’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, début 2019 et l’enlisement dans la crise économique sont les principaux facteurs de départ des expatriés brésiliens. Certains ne s’opposent pas nécessairement à la politique du gouvernement, mais choisissent l’exil aux Etats-Unis pour des raisons économiques.

Le "travail sûr et sain" n’est pas un principe selon Jair Bolsonaro

Le gouvernement de Jair Bolsonaro s'oppose à l'inclusion de "conditions de travail sûres et saines" comme l'un des principes fondamentaux de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), relève le quotidien économique Valor. Le sujet sera inscrit à l'ordre du jour de la conférence internationale du travail, en mai, pour approbation par les gouvernements, les travailleurs et les employeurs. La position du gouvernement laisse le Brésil pratiquement isolé sur la scène internationale dans cette discussion, car seule la Colombie s'oppose encore à l'initiative, selon le journal. Le ministère brésilien du Travail a agi pour tenter d'empêcher la proposition d'aller de l'avant, affirmant qu'il pourrait y avoir une vague de poursuites en matière de droit du travail. Au sein de l’Organisation et entre plusieurs pays, la peur du gouvernement brésilien actuel est considérée comme exagérée. Toutefois, ce principe devrait sans difficulté être entériné. Chaque année, 2,78 millions de décès sont dus à des maladies liées au travail, selon les dernières estimations de l'OIT. Outre la souffrance des familles, les coûts économiques sont énormes pour les entreprises et les pays. Les pertes liées aux indemnisations, aux journées de travail perdues, aux interruptions de production, aux formations et reconversions et aux dépenses de santé représenteraient 3,9 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Les normes internationales du travail sont élaborées par des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs et adoptées lors de la conférence internationale du travail de l'OIT. En ratifiant une convention, un pays s'engage à l'appliquer.

L'OIT a organisé un "Forum mondial multilatéral de haut niveau pour une reprise centrée sur l'humain", du 22 au 24 février, virtuellement, réunissant des chefs d'État et de gouvernement, des chefs d'organisations internationales et de banques multilatérales de développement, des représentants des employeurs et des travailleurs du monde entier. Mais Jair Bolsonaro n'y a pas participé.

Un analphabétisme en hausse

Le nombre d’enfants de 6/7 ans ne sachant ni lire ni écrire au Brésil a augmenté de 66 % durant la pandémie de Covid-19. Les écoles brésiliennes sont restées fermées de longs mois, selon un rapport publié mardi 8 février 2022 par l’association Todos Pela Educação (tous pour l’éducation). Un record ! Selon les données officielles compilées par cette ONG, 40,8 % des élèves de cette tranche d’âge décisive pour l’alphabétisation étaient encore illettrés en 2021. Cela représente 2,4 millions d’enfants illettrés, contre 1,4 million en 2019. Ce "retour en arrière" aura des conséquences dans la décennie qui vient lors de leur entrée sur le marché du travail. En attendant, l’ONG a qualifié ces données de "préoccupantes" et alerté sur les risques de décrochage scolaire précoce massif dans le plus grand pays d’Amérique latine. "Nous avons besoin de toute urgence de politiques cohérentes pour permettre à ces enfants d’être alphabétisés et de poursuivre leur scolarité", a réclamé dans un communiqué Gabriel Corrêa, responsable des questions de politiques publiques pour Todos Pela Educaçao. "Un tel retour en arrière est inadmissible", a-t-il ajouté. La fermeture des écoles au Brésil a creusé les inégalités, un grand nombre d’élèves pauvres étant dans l’impossibilité de suivre les cours en ligne faute d’accès à une connexion internet de qualité à domicile. Caractérisé par son racisme structurel, le Brésil a davantage encore pénalisé les enfants noirs et métis :  près de la moitié des enfants noirs de 6 et 7 ans (47 %) ne savent ni lire ni écrire, contre 44 % pour les métis et 35 % pour les blancs.   De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille

Un mot de contexte pour dire que l'Inde n'a pas pris position contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine même si Modi, le premier ministre, a demandé à Vladimir Poutine au téléphone “un arrêt immédiat de la violence”. L'Inde a en effet besoin des Etats-Unis et de la Russie pour mener sa propre défense à ses frontières dans la région de l'Himalaya. De nombreux partenariats militaires existent entre l'Inde et la Russie.

New Delhi essaie de faire revenir tous ses étudiants bloqués en Ukraine

Selon le site Web "Study In Ukraine", un grand nombre d’étudiants viennent en Ukraine parce qu’il est moins cher d’y poursuivre des études de médecine. De plus les diplômes obtenus en Ukraine sont reconnus dans le monde entier, y compris par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Conseil européen et d’autres organismes mondiaux. En outre, il existe des possibilités de résidence permanente et d’installation en Europe après la fin du programme d’études en Ukraine, a déclaré le site Web. Outre les cours de médecine, certains étudiants indiens sont également inscrits à des cours d’ingénierie en Ukraine. Combien y a-t-il d’étudiants indiens en Ukraine ? Selon le site Web du ministère ukrainien de l’Éducation et des Sciences, il y a plus de 20 000 ressortissants indiens en Ukraine, dont 18 000 sont des étudiants. Ils constituent le groupe le plus important parmi les quelque 76 000 étudiants étrangers qui étudient en Ukraine. Après 10 jours de guerre, environ 4 000 Indiens avaient pu quitter l’Ukraine, mais 16 000 y étaient toujours bloqués.

De nombreux étudiants indiens ont partagé des messages sur les médias sociaux depuis des abris tels que des stations de métro souterraines et des sous-sols au milieu des bombardements et des attaques de missiles par les forces russes.

Inquiétudes sur les conséquences de la pandémie sur le niveau éducatif des enfants

Toujours dans l'éducation, le gouvernement indien prévoit de mener une enquête nationale auprès des élèves de grade 3 (8-9 ans) pour évaluer l’ampleur de la perte d’apprentissage due aux interruptions de la scolarité régulière causées par la pandémie. Selon des sources du ministère de l’Éducation de l’Union et du Conseil national de la recherche et de la formation en éducation (NCERT), l’enquête, une "étude d’apprentissage fondamental" impliquera des interactions en face à face entre des élèves et des enquêteurs de terrain spécialement formés. L’enquête, qui sera réalisée en 22 langues, devrait se tenir vers la fin du mois de mars. L’initiative intervient à un moment où des enquêtes de terrain au Karnataka, au Chhattisgarh et au Bengale occidental, menées par la Pratham Education Foundation, ont révélé des niveaux inquiétants de lacunes en matière d’apprentissage, en particulier chez les enfants des classes primaires inférieures. Par exemple, dans le Chhattisgarh et le Bengale occidental, le pourcentage d’enfants de classe 3 (8-9 ans) qui pouvaient lire un manuel de classe 2 est tombé à 12,3 % et 27,7 % respectivement en 2021, contre 29,8 % et 36,6 % en 2018.

"L’enquête évaluera les composantes de littératie et de numératie de l’apprentissage fondamental. Elle examinera si un enfant est équipé des compétences de base pour atteindre ce niveau d’apprentissage. Par exemple, avec les additions et les soustractions de base, nous verrons dans quelle mesure un enfant relie le concept de nombres dans la vie quotidienne”, explique un responsable.

La cybersécurité : une des principales préoccupations des grandes entreprises

Autre sujet d'importance, l’Inde a connu une recrudescence des cyberattaques dans le contexte de l’adoption rapide des services numériques lors du confinement imposé à la suite de la pandémie de coronavirus. L’enquête sur les risques en Inde 2021 se concentre sur quatre menaces importantes posées par l’insécurité de l’information et la cybersécurité : le vol de données, les incidents de conformité et de réglementation, les attaques de cyberinfrastructure et l’usurpation d’identité. Selon les données partagées par le ministère des Technologies - MoS Electronics and IT - en août 2021, le nombre total des incidents de cybersécurité comprenaient le piratage de 15 651 sites Web indiens en 2021. Ce nombre s’élevait à 26 121 en 2020. De même, 12 000 incidents de cybersécurité ont eu des répercussions sur les organisations gouvernementales en juin 2021. Les entreprises accélèrent leur transformation numérique et la cybersécurité est devenue une préoccupation majeure. Pourtant, de nombreuses entreprises ne fournissent toujours pas un environnement de travail à distance "cyber-sûr". Or, si les problèmes de cybersécurité sont ignorés, les conséquences pour la réputation, les opérations, la légalité et la conformité risquent d'être graves.
  • En février 2021, la violation de données d’Air India a touché plus de 4,5 millions de passagers après une cyberattaque sophistiquée contre SITA (une société basée en Suisse fournissant des services passagers au système de contrôle du trafic aérien du pays). L’attaque a été menée sur ses serveurs basés aux États-Unis.
  • En mars 2021, une attaque ransomware a été menée sur le projet Smart City de la Pimpri-Chinchwad Municipal Corporation dans le district de Pune, géré par Tech Mahindra.
  • En octobre 2020, le célèbre groupe alimentaire de Haldiram a fait face à une attaque de ransomware, et les attaquants ont exigé 750 000 $.
  • En novembre 2020, l’équipe indienne d’intervention en cas d’urgence informatique (CERTIn) a émis un avertissement contre la propagation du virus ransomware "Egregor" capable de voler des données d’entreprise vitales.

Le gouvernement indien a créé l’Équipe indienne d’intervention en cas d’urgence informatique, agence nationale pour la cybersécurité, afin d’exécuter des fonctions telles que la collecte, l’analyse et la diffusion d’informations sur les cyberincidents, la prévision et l’alerte des incidents de cybersécurité, la prise de mesures d’urgence pour faire face aux incidents de cybersécurité et la publication de lignes directrices, d’avis, de notes de vulnérabilité et de livres blancs relatifs à la sécurité de l’information.

La santé mentale des salariés, à surveiller de près

Il va falloir suivre de près la question de la santé mentale au sein de la société et des entreprises. Un sujet sur lequel les grandes entreprises avaient engagé des programmes pendant la pandémie (voir les précédentes veilles) et qui va sans doute avoir des conséquences à plus long terme. Une étude mondiale publiée dans The Lancet en octobre 2021 a estimé une augmentation de 35 % des problèmes de santé mentale en Inde, tandis qu’une enquête de l’UNICEF a révélé que près de 14 % des adolescents ont déclaré se sentir déprimés. Le propre rapport du gouvernement sur les suicides, publié par le National Crime Records Bureau, avait d'ores et déjà montré que les suicides avaient augmenté de 10 % en 2020.  

De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

Le welfare d’entreprise, clé pour la fidélisation des salariés et la qualité de vie au travail

Les initiatives de welfare d’entreprise – terme qui recouvre en Italie aussi bien les mesures liées à la protection sociale complémentaire qu’au bien-être des salariés – ont joué un rôle crucial dans la gestion des ressources humaines durant la pandémie, permettant de fournir des réponses précises et rapides aussi bien aux exigences de continuité de l’activité qu’aux nécessités personnelles. Dans la phase de reprise postpandémie, ces initiatives peuvent avoir un impact psychologique positif sur les salariés, se confirmant comme un outil de fidélisation et contribuant à la création d’un meilleur climat et d’une meilleure qualité de vie. Telles sont les principales conclusions du quatrième rapport sur le Welfare d’entreprise réalisé par l’association ADAPT (Association pour les études internationales et comparées sur le droit du travail et les relations sociales), cette année en partenariat avec la première banque italienne, Intesa Sanpaolo. Analysant les accords syndicaux signés dans les entreprises à partir de février 2020, le rapport note que les employeurs qui avaient précédemment mis en place des initiatives de welfare ont été avantagés dans l’adoption de solutions efficaces lors de la phase d’urgence. Aujourd’hui, le welfare devient un "facteur habilitant" pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire et faciliter la reprise de l’activité, en permettant notamment de lutter contre la baisse de motivation qui peut quelquefois conduire les salariés à démissionner – le fameux phénomène de la "Grande Démission". Comme le souligne Michele Tiraboschi, coordinateur scientifique de ADAPT, le rapport confirme "une vision des relations sociales selon laquelle le welfare d’entreprise n’est pas seulement (…) un outil pour lutter contre le recul du welfare public, mais un ensemble multiple et précieux d’instruments qui peuvent accompagner (…) les entreprises et les travailleurs dans les considérables transformations du travail que nous vivons, liées à la transformation démographique, digitale et écologique."

Les mesures de welfare d’entreprises font l’objet d’incitations fiscales – les salariés peuvent ainsi convertir avantageusement tout ou partie de leur prime de productivité en services en nature – mais le rapport note un glissement vers des services davantage liés à des "besoins de nature sociale", et moins à des aspects de pure consommation. Source : rapport "Welfare for People", ADAPT/Intesa Sanpaolo, février 2022.

Comment banques et assurances s’adaptent face au vieillissement des travailleurs

Comment gérer les différentes tranches d’âge, organiser le renouvellement générationnel tout en soutenant les seniors, faire face aux processus d’obsolescence des compétences tout en répondant aux nouvelles exigences de la clientèle ? L’institut de recherche public INAPP (Istituto Nazionale per l’Analisi delle Politiche Pubbliche) vient de publier une intéressante recherche portant notamment sur le secteur banques-assurances.  L’INAPP est très attentif aux thématiques liées à l’age management, particulièrement importantes dans l’un des pays les plus vieux du monde (les plus de 65 ans représentent plus de 22 % de la population) et où l’âge de la retraite est fixé à 67 ans, posant avec acuité la question des travailleurs seniors. "La rapidité qui caractérise l’actuelle révolution technologique, en particulier dans le champ de la robotique et de l’intelligence artificielle, a des effets explosifs dans les organisations (…). La technologie demande plus de rapidité dans la réalisation de l’activité, une approche multitasking, des compétences plus amples et multiples, mais aussi une augmentation des tâches à effectuer simultanément", notent les auteurs du rapport. Le secteur banques-assurances est au cœur de transformations qui ont entraîné de profondes restructurations, avec un énorme impact sur le travail, l’emploi et les compétences. Trois grandes tendances sont à l’œuvre :
  • l’acquisition de nouvelles compétences et profils professionnels (data scientists, data analysts, experts en cybersécurité, social media managers…) ;
  • la remise à jour et le renouvellement de compétences et profils existants. "Parmi les profils qui changent le plus, il y a tout d’abord les dirigeants", qui sont surtout des plus de 50 ans et sont "traditionnellement plus réticents au changement". Le manager devient toujours plus un coordinateur, et on lui demande de nouvelles compétences : donner un feedback, gérer des conflits, communiquer, écouter les nécessités de ses collaborateurs…. Egalement en première ligne, les responsables RH doivent être en mesure "d’accompagner ce parcours de changement" et de développer une approche psychologique vers les travailleurs, en particulier les seniors ;
  • enfin, la réduction et/ou la reconversion de profils désormais obsolètes, comme le personnel des guichets, les gérants de filiales etc.
Dans le secteur banques-assurances, note le rapport, trois générations cohabitent désormais. Si la formation joue un rôle-clé pour la requalification du personnel, "la nécessité croissante de réduction des coûts et le besoin de répondre rapidement aux transformations en cours ont rendu plus difficile ou coûteuse la reconversion des salariés par rapport à l’acquisition de nouveaux profils déjà formés, et a amené à des parcours d’accompagnement à la retraite du personnel plus âgé". Or, les seniors sont cruciaux pour représenter l’histoire de l’entreprise : "dans les banques en particulier, durant les phases de fusion, le transfert des compétences et de l’expérience des seniors aux juniors s’est déroulé surtout dans une logique de diffusion de la culture d’entreprise et du sens d’appartenance, l’un des éléments plus critiques à gérer." Lors des réorganisations, "la majorité des travailleurs plus âgés, pour lesquels il était nécessaire de repenser le travail quotidien, a démontré une grande capacité d’adaptation, même si celle-ci s’est accompagnée d’une frustration de fond pour la perte de rôle et de compétences", et donc de reconnaissance sociale. Les grandes banques et assurances orientent déjà leurs politiques RH vers des modèles personnalisés, prenant en compte les besoins des personnes : "on s’est rendu compte qu’une politique semblable pour tout le monde n’est pas efficace." Les personnes appartenant à des générations différentes n’ont pas les mêmes perceptions, et les exigences d’une même personne vont changer au cours de sa vie.

La "employee value proposition" doit donc être différenciée. Si les politiques destinées aux jeunes, dans une optique de rétention des talents, sont maintenant bien développées, ce n’est pas forcément facile d’adapter la notion de valeur aux travailleurs seniors. Valoriser davantage l’expérience et la compétence par rapport aux aspects liés à la hiérarchie, à la position et au rôle pourrait être mal vécu par les personnes proches de la retraite : il faut donc savoir communiquer pour éviter d’engendrer frustrations et démotivation. Source : rapport "Digitalizzazione e invecchiamento della forza lavoro nel settore dei servizi", INAPP.

Les stéréotypes de genre toujours très répandus

Alors que l’Italie souffre d’un retard historique sur le travail des femmes et le leadership au féminin, un sondage sur l’inclusion mené par Astraricerche pour la société pharmaceutique Gilead Sciences montre que les stéréotypes de genre ont la vie dure. Environ 30 % des Italiens (et un quart des femmes) pensent que la carrière, le leadership politique, le travail rémunéré sont conditionnés par le genre, et sont "naturellement" un apanage des hommes. Selon les sondés, les femmes sont pénalisées pour travailler dans certains secteurs ou certains métiers, soit par des facteurs physiques - une moindre force et résistance - selon 46,9 % des hommes et 43 % des femmes, soit par leur caractère (27,9 %). Pour plus d’un Italien sur cinq, si, dans un couple hétérosexuel, les deux partenaires travaillent, il est juste que l’homme ait davantage d’opportunités de développement professionnel que sa conjointe. Sources : Il Diario del Lavoro, Wired, ADN Kronos, 10/02.    

De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Partage des tâches et télétravail : vers une amélioration ?

L’article du Tôyô Keizai commence par rappeler des faits : le Japon est en bas du classement concernant la répartition des tâches domestiques. Le télétravail incite les hommes à se tourner vers leur foyer. Si le partage des tâches s’améliore, la tendance pourrait se confirmer à la sortie de la crise. D’après l’économiste Chihiro Inoue, les chercheurs estiment que le télétravail pourrait permettre une meilleure répartition de la charge domestique et de l’éducation des enfants. La prise d’un congé parental, même court, a déjà pour conséquence de resserrer les liens familiaux. Les pères qui prolongent ce congé semblent également plus impliqués dans leurs familles. Le fait que les tâches ménagères reviennent généralement aux femmes serait l’une des causes du faible taux de naissances et conforterait les inégalités dans le monde du travail. C’est une question sur laquelle la société japonaise devrait se pencher. L’auteure et ses corédacteurs se sont fondés sur une enquête du gouvernement japonais sur les pratiques de travail liées au coronavirus, qui compare la situation entre décembre 2019 et décembre 2020. Il faut prendre en compte le fait que la part de télétravailleurs et les raisons du télétravail ont bien changé entre ces deux périodes. Les employés étaient-ils forcés de travailler depuis chez eux, ou l’ont-ils fait volontairement ? Était-ce possible dans leur secteur d’activité ? Ces questions posées, en observant les chiffres, on constate que 6,2 % des hommes mariés ayant des enfants s’impliquent différemment dans les tâches ménagères et éducatives. Ils sont 9,3 % à prendre plus de responsabilités dans ces domaines, et 5,6 % à passer plus de temps en famille. Enfin, 11,6 % d’entre eux s’intéressent désormais plus à leur vie quotidienne qu’à leur travail. Malgré tout, les chercheurs remarquent que le taux de naissance a lui baissé de 0,2 %. Il semblerait que le télétravail n’ait pas eu d’impact sur celui-ci, ni sur le temps de travail.

Le télétravail semble en tout cas plébiscité par les travailleurs (88 % selon l’étude) comme par les entreprises. Source : Tôyô Keizai.

Métaverse pour les employés

Le groupe Pasona (entreprise d’intérim) veut entrer dans le métaverse. D’après une interview accordée au Mainichi Shinbun par Yasuyuki Nanbu, son président, l’entreprise mettra sur pied une équipe d’experts ce printemps prochain. Il espère ainsi offrir une nouvelle dimension au monde du recrutement. Selon M. Nanbu, le métaverse permettra à ses utilisateurs d’agir sans souci de discriminations de genre, d’âge, de handicap, etc.

Il ne s’agit pas simplement d’un outil de travail, car grâce à la plateforme, les employés pourront aussi explorer virtuellement des lieux de vacances, comme l’île d’Awaji à Hyôgo. Ce mois-ci, l’entreprise Panasonic devrait commercialiser des lunettes de réalité virtuelle, tandis que Sony prévoit des matchs de foot dans le métaverse. Source : Mainichi Shinbun.

Yoky Matsuoka : un vent de fraîcheur à Panasonic

Yoky Matsuoka est née au Japon en 1972. Espoir du tennis japonais, elle déménage aux États-Unis à l’âge de 16 ans, mais doit bientôt abandonner ses rêves à cause d’une blessure. Elle décide tout de même de poursuivre ses études à l’université de Californie à Berkeley et à l’Institut de technologie du Massachussetts, notamment en électrotechnique. Elle enseigne dans les universités Carnegie-Mellon et Washington, avant d’obtenir en 2007 la précieuse bourse MacArthur dite "genius grant". Dès lors elle se tourne vers le privé et cofonde la filiale de Google dédiée aux véhicules autonomes "Google X", avant de se lancer dans la recherche médicale avec Apple. En 2019, Panasonic la recrute pour ses compétences en robotique et en intelligence artificielle. D’après un professeur de management de l’université Waseda, la décision de Mme Matsuoka est surprenante car les salaires de l’industrie électronique japonaise ne sont pas compétitifs par rapport à leurs concurrents internationaux. Néanmoins, les principes du fondateur de Panasonic, Kônosuke Matsushita, font écho à ses propres convictions. Sa philosophie est presque un retour aux sources de l’entreprise : tenter de relever tous les défis, pour répondre aux besoins concrets des utilisateurs et du monde. Elle a donc fondé Yohana, une filiale autonome de Panasonic, dont elle assume les plus hautes fonctions depuis son siège de la Silicon Valley. Cette nouvelle filiale propose un service inattendu pour Panasonic : une application d’assistance domestique, depuis la prise de rendez-vous chez le docteur jusqu’au choix des cadeaux pour un événement.

Yoky Matsuoka, qui mène de front sa vie d’entrepreneuse et de mère de quatre enfants, a pensé ce service pour les parents qui seraient dans la même situation qu’elle. Elle apporte à l’entreprise traditionnelle nippone qu’est Panasonic le vent de fraîcheur de la Silicon Valley. Source : Sunday Mainichi.

Evolution du système d’emploi à la japonaise

Les changements du système de l’emploi à la japonaise tendent à l’occidentaliser depuis quelques années. Qu’ont en commun Fuji Television, Ajinomoto, Mitsubishi chemical, etc. ? Depuis deux ans, ces entreprises incitent leurs salariés de plus de cinquante ans à partir volontairement à la retraite. Pour le Japon, cette méthode de réduction des effectifs est une innovation récente. Au pays de l’emploi à vie, où le principe de l’indexation du salaire et de l’avancement à l’ancienneté fait foi, le monde du travail évolue peu à peu. Le système traditionnel japonais garantissait, jusqu’il y a peu, une grande stabilité à ses salariés. En échange d’un salaire très bas à l’arrivée dans l’entreprise, les employés étaient assurés d’avoir des revenus en constante augmentation et un travail jusqu’à la retraite. Ce système est très différent du modèle occidental, dans lequel les salariés sont spécialistes plutôt que généralistes. Les employés d’entreprises européennes ou américaines ont une fiche de poste sur laquelle est clairement indiquée la teneur de leurs responsabilités. La quantité et le contenu de leur travail sont établis, le salaire et l’avancement dépendent de négociations. À l’heure actuelle, les entreprises japonaises tendent à évoluer vers une troisième voie : un système dans lequel le salarié est plus précaire que dans le modèle traditionnel, mais où ses attributions sont clairement établies. Au lieu d’être basé sur l’ancienneté, le salaire prend aussi en compte le mérite et les jeunes employés peuvent prétendre à un salaire plus élevé. C’est aussi avantageux pour les entreprises, car un salaire indexé sur la séniorité des salariés est très contraignant lorsque ceux-ci se font plus nombreux. Cette problématique est bien réelle pour certaines compagnies japonaises, qui cherchent à la résoudre depuis la fin des années 90. Mais il reste difficile d’introduire la méritocratie dans un système basé sur une obéissance de principe aux ordres de l’entreprise. Ce modèle efface la volonté des salariés, qui subissent transferts et mutations. La troisième voie qui se dessine depuis quelques années prend plus en compte les compétences et les intérêts personnels des employés. Toutefois, si le Japon s’inspire des procédés occidentaux, ceux-ci présentent également des défauts. La méritocratie impose une remise en question constante de ses capacités, une course à la certification, une démonstration de ses progrès. En effet, dans les négociations en vue d’une augmentation ou d’une promotion, il faut pouvoir se démarquer et prouver son utilité.

S’il n’y a pas de modèle idéal, les bouleversements actuels du monde du travail (fin du système traditionnel, intelligence artificielle, crise…) sont autant de défis pour la société japonaise. Source : Tôyô Keizai.

Les demandeurs d’emploi prennent des cours du soir

Yûmi Katô, professeure d’économie à l’université Meiji, revient sur cette nouvelle tendance qui consiste pour les demandeurs d’emploi à se former dans des juku, des écoles du soir privées. Elle entame son exposé par un chiffre choc : en 2016, le géant de l’agroalimentaire Meiji était pris d’assaut par 11 000 candidats. Seuls quatre élus ont été reçus. Pour Mme Katô, la raison majeure de cette disproportion est la libéralisation de la concurrence sur le marché du travail. Depuis une quinzaine d’années, les sites de recrutement, tels que Rikunabi ou Mainabi connaissent une sorte d’âge d’or grâce à l’essor de la candidature spontanée. Dans un souci d’égalité et d’impartialité, n’importe qui est invité à se présenter, y compris dans des entreprises qui n’ont rien à voir avec son domaine de spécialité. Résultat : les sociétés les plus prestigieuses ou les plus populaires sont submergées de demandes. Le nombre de diplômés est bien plus élevé qu’auparavant, et si l’on parlait jusqu’ici de "guerre de l’entrée à l’université", depuis peu c’est le terme de "guerre du marché de l’emploi" qui revient. La situation s’est inversée depuis la génération de la bulle financière, entrée dans le monde du travail lorsque le marché japonais était à son apogée (fin des années 80). De plus, la tendance préexistait à la crise du coronavirus, mais celle-ci n’arrange rien. Directement ou indirectement, la pandémie a forcé de nombreuses entreprises à restreindre leur recrutement. Comment faire partie des élus ? Les lycéens désireux d’entrer dans des universités d’élite s’escriment dans des juku très coûteux, et répètent sans relâche des examens blancs, avec l’espoir ténu de triompher des épreuves. Certains prennent même des années sabbatiques pour retenter les concours. Mais il n’existe pas d’examen blanc pour entrer dans les entreprises qui font rêver les demandeurs d’emploi. Malgré tout, les juku parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ils se procurent les questions posées aux candidats des entreprises les plus prestigieuses les années passées, et pratiquent des entretiens blancs avec les étudiants. Ils les forment également à des qualités reconnues en entreprises, telles que la communication en interne ou le japonais des affaires. Les entreprises délivrent, parfois un an avant la date effective d’entrée dans le service, de précieuses promesses d’embauche. Avec la concurrence rude de ces dernières années, il faut parfois chercher un emploi dès la première ou la deuxième année d’université. Pour se démarquer, la professeure recommande de se différencier et de se présenter comme une personne unique et originale pour attirer l’œil des employeurs. Des qualités qui ne s’apprennent pas dans les livres. Source : Economist.  

De notre correspondant au Maroc

22 % des femmes actives avant la crise sont maintenant sans emploi

Le taux de participation économique des femmes, en recul ces dernières années, a plongé suite à la crise sanitaire. Dans le contexte actuel, si la vapeur n’est pas inversée, l’objectif de porter le taux de participation économique des femmes à 30 % durant le mandat du gouvernement semble être compromis.

Les prémices d’une dégradation était bien perceptible bien avant l’arrivée du Covid-19, qui constitue un véritable retour en arrière en la matière. Le taux d’activité des femmes, qui ne cesse de baisser, a atteint en 2020 son niveau le plus bas depuis 1999, soit 19,9 %, contre 21,5 % en 2019. Autrement dit, plus de huit femmes sur dix sont en dehors du marché du travail, dans un pays qui aspire à l’émergence. Clairement, les femmes sont celles qui pâtissent le plus aujourd’hui du chômage.

Professionnaliser les entraîneurs de chevaux de courses

L’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir (UM6P) et la Société Royale d’Encouragement du Cheval (SOREC) ont signé, mercredi à Bouznika, une convention de partenariat pour la mise en place du Module entrepreneurial et de formation des entraîneurs de chevaux de courses. La mise en place de ce module se fera à travers le programme de formation entrepreneurial de l’UM6P, à savoir Entrepreneur Academy. Signée au centre d’entraînement des chevaux de courses de Bouznika, la convention assurera la mise en œuvre de structures visant la création, la construction, le développement et l’implémentation des projets dédiés à la professionnalisation des métiers liés à la filière du cheval, comme c’est le cas à l’Académie nationale des courses. En effet, cette Académie permettra d’assurer une formation diplômante des cavaliers et des entraîneurs des chevaux de courses de façon à professionnaliser les métiers liés à cette filière et encourager l’entreprenariat dans le monde rural. Ce programme de formation des entraîneurs s’inscrit dans l’Académie nationale des courses, une initiative ayant pour but de former de jeunes entrepreneurs dans le monde rural. "Avec la SOREC, nous cherchons les moyens d’accompagner les entraîneurs de chevaux de course, pour leur permettre d’acquérir l’esprit entrepreneurial, qui constitue un paramètre important pour le développement économique, que ce soit dans les villes ou la campagne", a indiqué le président de l’UM6P.

Entrepreneur Academy est un programme d’éducation et de formation en entrepreneuriat. Il travaille sur la conception de programmes personnalisés et sur mesure qui développent la mentalité et les compétences pratiques des étudiants, en leur donnant des outils et des principes fondamentaux pour identifier, valoriser et exécuter une opportunité entrepreneuriale.

Premiers contrats d’embauche dans le cadre de l’École du Développeur U’DEV de CGI

CGI, leader mondial du conseil et des services IT end-to-end, a célébré, vendredi 25 février 2022, la cérémonie de signature des contrats d’embauche à durée indéterminée pour l’ensemble des lauréats de la première promotion de son Ecole du Développeur U’DEV, officialisant ainsi l’intégration de ces derniers à son site de Fès. Durant la cérémonie qui s’est tenue sur le site de CGI à Fès, le directeur général adjoint de CGI au Maroc a félicité les lauréats pour leur réussite malgré les difficultés liées au contexte sanitaire. Il a également chaleureusement salué les efforts des partenaires pour leur implication dans cette première promotion. En particulier l’Université Euro-Méditerranéenne de Fès qui, face aux défis de la formation à distance, a fait preuve d’une grande agilité et réactivité en mettant à disposition des étudiants toutes les solutions pour leurs formations : des ressources numériques et audiovisuelles, des ateliers encadrés par le corps professoral, des forums d’échange entre pairs et une plateforme digitale ont ainsi été déployés en un temps record afin de réunir les conditions optimales de réussite. U’DEV a ouvert ses portes le 17 février 2020 à Fès. Véritable école de la deuxième chance, elle s’adresse aussi bien aux étudiants qu’aux demandeurs d’emploi titulaires d’un Bac+2. L’école permet aux jeunes en difficulté d’insertion professionnelle de bénéficier durant deux ans d’un cursus diplômant de qualité, gratuit et rémunéré avec à la clé un CDI sur le site de CGI à Fès. Avec à peine 8 000 profils formés aux métiers du numérique chaque année au Maroc, pour un besoin qui s’estime autour des 60 000 profils, les entreprises sont confrontées à une réelle pénurie de talents. Avec U’DEV, CGI apporte une solution concrète et durable qui témoigne de l’engagement de l’entreprise en matière de création d’emplois. Avec ces premiers contrats d’embauche, CGI se positionne plus que jamais comme un partenaire de la ville, de la région Fès- Meknès et de l’ensemble des institutions engagées dans la formation des futurs professionnels du secteur IT au Maroc. "U’DEV constitue une véritable fierté pour CGI car nous avons été la première entreprise de services numériques à créer notre propre École du Développeur au Maroc. Grâce à l’appui de nos partenaires qui ont adhéré pleinement à ce projet sociétal, nous avons formé et reconverti ces jeunes qui étaient en recherche de challenges et d’opportunités, pour faire partie de la famille CGI en tant qu’acteurs du numérique. Sur deux ans, ils ont suivi un parcours de formation en alternance personnalisé, gratuit, rémunéré et avec la garantie d’un emploi de développeur au sein de nos équipes".

Fondée en 1976, CGI figure parmi les plus importantes entreprises indépendantes de services-conseils en technologie de l’information (TI) et en management au monde. CGI compte 82 000 conseillers et professionnels établis partout dans le monde.

Les Eaux Minérales d’Oulmès meilleur employeur en 2022

Le leader du marché des eaux embouteillées s’est vu décerner la certification "Best Places To Work", dédiée aux entreprises les plus performantes en matière de conditions de travail. Une distinction qui récompense la confiance accordée par les collaborateurs à leur management. Lors de l’évaluation, 86 % des collaborateurs recommandent l’entreprise. A ce propos, Les Eaux Minérales d’Oulmès ne cesse de multiplier les actions afin d’attirer, de retenir et de fidéliser ses collaborateurs. Il s’agit, selon le top management de la société, d’accompagner les employés dans leur développement professionnel tout en assurant l’amélioration continue des processus. "La certification Best Place to Work nous rend particulièrement fiers puisqu’elle vient confirmer un engagement fort de nos collaborateurs, fruit des pratiques de transparence, d’équité et de bonne gouvernance menées au sein de notre entreprise.

L’une de nos plus grandes priorités est de continuer à offrir à nos collaborateurs un environnement de travail inclusif et propice au développement. En définitive, ils sont notre plus grande force", affirme le directeur général délégué des Eaux Minérales d’Oulmès.

Proman s’installe au Maroc

Proman, groupe français sur le marché du travail temporaire et des ressources humaines, a annoncé son implantation au Maroc dans le cadre de son déploiement à l'international, le premier sur le continent africain. Le marché marocain du travail temporaire étant "en forte croissance", le groupe français poursuit son développement international avec l’ouverture de plusieurs agences au Maroc et l’acquisition de VHP Assist, société spécialisée dans le travail temporaire et le recrutement dont le siège est à Casablanca et qui affiche une croissance rapide depuis sa création en 2018, indique le groupe dans un communiqué. Proman, qui ambitionne de devenir au Maroc un acteur incontournable des solutions RH flexibles et durables, est désormais présent dans 5 grandes villes du Royaume : Casablanca, Tanger, Agadir, Dakhla et Marrakech.  

De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Un projet pilote d’une semaine de travail de 4 jours au Royaume-Uni

Pendant que les entreprises du monde entier réfléchissent aux effets de la pandémie sur le monde du travail, une initiative anglo-irlandaise vise à démocratiser le passage à la semaine de quatre jours. Entre les mois de juin et décembre 2022, le centre de réflexion Autonomy, en collaboration avec des syndicats britanniques et irlandais, espère guider une trentaine d’entreprises dans leur modification de leur organisation liée au changement de leur temps de travail. Avec bien sûr une notion claire : le salaire des employés ne devra pas diminuer. Les résultats de ces expériences seront analysés par les universités de Cambridge, d’Oxford et le Boston College. Aux yeux du responsable du programme pilote Joe O’Connor, employé du syndicat irlandais Forsa, le passage à la semaine de quatre jours "permettra aux entreprises de se concentrer sur leur production et plus seulement sur le temps passé au bureau. Il réduira les absences pour maladies et les burn out". Surtout, principal attrait pour les entreprises, "il facilitera le maintien en poste des employés, alors que les entreprises ont de plus en plus de mal à les retenir depuis six à huit mois. " Depuis le début de la pandémie, 562 000 Britanniques ont quitté volontairement le marché du travail. La décision de dizaines de milliers de travailleurs européens de retourner vivre dans leur pays d’origine afin de ne pas être à l’avenir coupés de leur famille a un peu plus aggravé la situation. Surtout qu’il est désormais impossible d’embaucher des citoyens européens sans visa de travail, Brexit oblige. Dès lors, dans de nombreux secteurs en manque de main d’œuvre, les employés sont devenus plus exigeants et n’hésitent pas à partir chez le plus offrant. Surtout parmi les plus jeunes, moins attachés à leur employeur. La semaine de quatre jours fait ainsi partie de la panoplie des avantages proposés par les employeurs. Il n’est pas étonnant que ce programme pilote soit expérimenté au Royaume-Uni. Le pays fait déjà figure de laboratoire en matière de flexibilité du temps de travail. Même s’ils n’étaient pas généralisés, le travail à temps partiel et le travail à domicile étaient déjà largement développés avant la pandémie afin de répondre aux attentes des nouveaux arrivants sur le monde du travail, bien plus réticents que leurs aînés à passer d’interminables journées à leur bureau. Conscients qu’une plus grande diversité, synonyme de variétés d’approches, leur serait in fine bénéfique, les dirigeants des entreprises britanniques ont également promu cette flexibilité afin d’attirer plus de femmes au sein de leurs équipes. De fait, les statistiques officielles révèlent que les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel : 5,7 millions contre 2,1 millions, dont 4,4 millions qui ne veulent pas d’un emploi à temps plein. Au final, une évolution vers une semaine de quatre jours ne représenterait donc pas une révolution de la perspective et de l’activité des services des relations humaines ou des directions opérationnelles. Pour encourager les entreprises à franchir le pas, les promoteurs de ce programme pilote ont prévu des stages de préparation destinés aux entreprises participantes lors des mois d’avril et de mai. Elles bénéficieront ensuite "d’un accès inégalé à l’expertise, aux outils et aux ressources dont vous aurez besoin pour réussir cette tentative". En l’occurrence, elles se feront transmettre l’expérience acquise par leurs pairs déjà passés à 32 h par semaine sur quatre ou cinq jours ou à 35 h sur quatre jours. A ce jour, quarante-huit entreprises britanniques supportrices du projet, principalement dans le secteur des services, se vantent de suivre ce rythme horaire. Ce soutien vise sans doute à rassurer les entreprises. Lors d’une enquête sur la semaine de quatre jours publiée en 2019, la Henley Business School, intégrée à l’université de Reading, avait mis en avant les gains engrangés par les entreprises ayant déjà initié ce processus. Elle n’avait pourtant pas caché la réticence des employeurs. Si 63 % des 505 dirigeants interrogés estimaient que la semaine de quatre jours leur permettrait "d’attirer le personnel adéquat", 73 % l’imaginaient "trop compliquée à gérer une fois mise en place".

Les bouleversements engendrés par la pandémie ont peut-être atténué ces inquiétudes. Trois ateliers en ligne ont eu lieu pour répondre aux interrogations des dirigeants intéressés par ce projet pilote. Leur succès, ou non, permettra aux organisateurs d’estimer l’attractivité de leur projet.

Comment réattirer les gens vers le monde du travail

Entre décembre 2019 et décembre 2021, 449 000 Britanniques ont quitté le marché du travail, soit après avoir perdu leur emploi soit par choix. L’immense majorité de ces départs concernent les hommes, qui représentent 358 000 d’entre eux. Le Bureau national des statistiques a enquêté sur ces départs pour tenter de comprendre leurs motivations. Les raisons sont multiples : la retraite (47 %), la pandémie (15 %), une maladie (13 %) et des problèmes psychologiques ou de santé mentale (10 %). Mais 11 % ont indiqué ne plus vouloir travailler et 10 % vouloir changer de mode de vie. Parmi eux, 59 % ont indiqué qu’ils ne comptaient pas reprendre un emploi payé à l’avenir. Il leur a été demandé comment les employeurs pourraient les faire changer d’avis. L’immense majorité, 79 % d’entre eux, considère que rien ne les fera changer d’avis. Mais 10 % le pourraient s’ils pouvaient à l’avenir travailler depuis chez eux, 9 % s’ils disposaient d’horaires flexibles et 4 % si les horaires et les besoins du travail étaient adaptés à leurs activités d’aide à d’autres membres de la famille. Parmi les 41 % qui ne rejettent pas la possibilité de retrouver un travail, l’aspect social du monde du travail et l’argent sont les deux principales motivations (citées par 54 % et 52 % des interrogés). 45 % reprendraient un travail qui correspond à leurs qualifications. Enfin, la flexibilité du travail est citée par 36 % comme leur principal critère pour choisir un nouvel emploi, suivi de la possibilité de travailler de la maison (18 %) et de pouvoir continuer à aider leurs proches (16 %).  

  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

Augmentation massive des hauts salaires pour contrer la grande démission

Amazon a surpris son monde en relevant le maximum des salaires de base proposés à 350,000 $ par an pour ses cadres. Jusqu’à présent, ce plafond était à 160,000 $, ce qui selon le quotidien New York Times est bien en deçà de ce que proposent Google, Meta, Apple ou encore Microsoft. La direction d’Amazon a justifié cette mesure très généreuse, par l’état hyper concurrentiel du marché du travail. Le géant du e-commerce aurait en effet perdu 50 vice-présidents en 2021, partis voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Pour retenir les meilleurs, les groupes high tech alignent dorénavant promotion et hausse des revenus. C’est ainsi qu’Apple a versé de très beaux bonus de fin d’année, allant pour certains jusqu’à 180,000 $. Et Alphabet a dépassé la barre du million de $ pour quatre cadres supérieurs que le groupe tenait à garder. Meta, anciennement Facebook, est en pleine campagne de recrutement pour gonfler sa division métaverse. Et n’hésite pas à sortir son carnet de chèque.

Le même phénomène touche les banques. Bank of America a fait passer le salaire de base de ses jeunes analystes de 85,000 $ par an à 100,000 $. L’objectif : contrer les offres des autres banques, des fonds d’investissement et des start-up.

Zoom serait-il déjà ringard ?

Nous avons à peine eu le temps de nous habituer aux réunions sur Zoom que déjà un nouvel outil, beaucoup plus complexe s’annonce : l’univers virtuel métaverse. Un grand de l’audit PriceWaterhouseCoopers a acheté un espace dans Sandbox et un de ses confrères Prager Metis s’est offert un immeuble de 3 étages sur Decentraland. Objectif : s’assurer une place virtuelle pour pouvoir y rencontrer ses collègues et ses clients. Dans ce nouvel espace on peut faire beaucoup plus que discuter en ligne. On travaille ensemble sur des prototypes en 3 D, des jouets, des vêtements ou des machines. Avec des gants spéciaux, on peut en effet manipuler un produit en 3D. Le dispositif d’embauche est de même bouleversé. Plus besoin de rencontrer dans la vraie vie les candidats, tout se fait virtuellement. Et l’on n’a plus de limite géographique. Les intéressés peuvent vivre très loin.

La formation est de même chamboulée : Accenture par exemple commence à utiliser métaverse. On peut se servir de ces lieux de rendez-vous pour apprendre à actionner des machines, ou emballer des produits. Les outils nécessaires sont encore lourds, chers, pas si faciles à manipuler. Mais ils deviendront de plus en plus légers et maniables.

Les difficultés de la Supply Chain poussent au retour de la production aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, on appelle cela le reshoring, ou encore le retour de la production vers la terre de l’Oncle Sam. Depuis plusieurs années, les économistes en parlent, sans toutefois constater des mouvements massifs des usines depuis l'Asie vers l’Amérique. Mais les difficultés rencontrées par la Supply Chain, les retards de livraison et l’explosion des coûts de transports ont poussé certains entrepreneurs à repenser leurs projets d’investissements. Dans le secteur de l’automobile par exemple, General Motors évoque un investissement de 4 milliards de dollars pour construire des batteries électriques dans le Michigan. Toyota va ouvrir sa propre usine de batteries en Caroline du Nord. Le géant Coréen Samsung investit 17 milliards de dollars dans une usine de semi-conducteurs au Texas. La nouvelle tendance est de s’installer près de ses clients. Ce qui permet de sécuriser la chaîne d’approvisionnement. Il n’y aura plus de rupture de livraison.

Et en même temps de réduire la pollution causée par les transports au long cours. Un argument qui s’entend de mieux en mieux dans l’automobile, l’aéronautique, la défense ou encore l’industrie pharmaceutique. Un quart de siècle plus tôt, 17 millions d’Américains travaillaient dans les usines, aujourd’hui ils ne sont plus que 12,5 millions. Il y a encore du chemin à parcourir.

Fin de l’arbitrage sur le harcèlement sexuel en entreprise

Le Sénat vient d’approuver une loi permettant aux employées de sortir du processus d’arbitrage, lorsqu’elles se disent victimes de harcèlement sexuel ou de violences sexuelles. Ce projet ayant aussi obtenu le feu vert de la Chambre des Représentants, il ne manque plus que la signature du président Joe Biden pour qu’il devienne loi. Les victimes auront alors la possibilité de poursuivre en justice l’agresseur et l’entreprise qui n’a pas su les protéger. Le processus d’arbitrage est depuis longtemps dans la ligne de mire des féministes et de leurs alliés. Aux Etats-Unis, les nouveaux embauchés signent souvent en même temps que leur contrat de travail, cette clause selon laquelle tout futur différend sera discrètement réglé en interne par des arbitres. Près de 60 millions d’employés l’auraient signée, souvent sans le savoir. Les féministes accusent l’arbitrage de minimiser les compensations financières, tout en laissant le harceleur poursuivre tranquillement sa carrière.  L’accord des élus républicains, d’habitude hostiles aux initiatives des Démocrates, a été obtenu car la levée de l’arbitrage se cantonne aux violences sexuelles, les autres sujets de discorde seront toujours réglés en interne.

Vu d’ailleurs : Un survol international des pratiques RH en temps de crise

Article du 16 février
>  De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • Violentes manifestations d'étudiants dans les états les plus pauvres
  • Manifestations contre le port du hijab
  • Plafond de verre pour les Indiennes
  • La plateforme Whatfix soigne ses talents
>   De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • La "grande démission" à l’italienne
  • Les aspirations des travailleurs italiens
  • L’association 4.Manager lance le projet "Rinascita manageriale" pour les dirigeants industriels sans emploi
>  De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Les entreprises cotées offrent des meilleures conditions de travail
  • Prévision du taux d’inoccupation des bureaux
  • Pour une uniformisation du SMIC..
  • Effets de la subvention d’ajustement de l’emploi
  • Une possible hausse des salaires ?
>  De notre correspondant au Maroc
  • Une typologie des entreprises marocaines
  • Assurance maladie des non-salariés
  • Partenariat public-privé au service des compétences du numérique
  • L’émergence de compétences marocaines dans l’animation numérique
  • Data scientists, recrutement et formation
> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Amazon s’arme contre la pénurie de main d’œuvre.
  • 75% des entreprises britanniques peinent à recruter
  • Deux ans après le Brexit, hausse d’une partie des salaires les plus bas
>  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • Faire de la pub sur sa situation de chercheur d’emploi
  • Lutter contre les biais de l’IA dans le recrutement
  • Mettre les jeunes adultes au volant des poids lourds.
  • Les profs quittent l’école.
  > De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille

Grandes frustrations chez les jeunes en raison du chômage et du manque de perspectives et manifestations dans certaines universités en lien avec des questions religieuses. Des études sortent pour évoquer le fossé salarial entre hommes et femmes plus élevé à mesure que l'on monte dans la hiérarchie. De nouvelles formes de management se mettent en place dans les start-up du digital, en témoigne l'exemple de Whatfix à Bangalore.

Violentes manifestations d'étudiants dans les états les plus pauvres

Des manifestations ont éclaté dans l'Uttar Pradesh et le Bihar depuis fin janvier alors que le gouvernement a souhaité changer les règles du concours d'entrée pour les chemins de fer indiens qui restent le plus gros employeur du pays. Cela fait trois ans qu'il n'y avait pas eu de concours en raison de la pandémie et il est prévu que le nombre de places diminue – 40 000 admis seulement pour 10 millions de candidats inscrits ! C'est le graal pour beaucoup de jeunes déshérités qui cherchent un emploi stable.

Au-delà de ce concours, le mal-être est profond chez les jeunes très touchés par le chômage (taux de 25% et plus dans les régions les plus pauvres contre 8% pour la moyenne nationale) qui critiquent le gouvernement pour n'avoir pas su créer les jobs promis.

Manifestations contre le port du hijab

Dans plusieurs états dont le Karnataka, des étudiants ont manifesté contre l'interdiction de porter le hijab dans les universités du pays. Des groupes de jeunes femmes hindoues se sont opposées à des musulmanes dans ce cadre. En janvier, six étudiantes musulmanes se sont vu interdire de suivre des cours au Pew Girls’ College d’Udupi, géré par le gouvernement, après avoir porté le premier hijab.

"Refuser à quiconque ce droit fondamental et le terroriser pour avoir porté un hijab est absolument répressif", a déclaré M. Qureshi, ministre des affaires pakistanais. Ses commentaires ont été suivis par la militante Malala Yousafzai, lauréate du prix Nobel, qui a déclaré que l’interdiction faite aux jeunes femmes de porter le hijab dans les établissements d’enseignement était "horrible".

Plafond de verre pour les Indiennes

Les femmes actives en Inde gagnent moins que leurs homologues masculins à chaque étape de leur carrière, mais l’écart de rémunération entre les sexes augmente à mesure que l’on monte dans la hiérarchie de l’organisation, selon les conclusions d’une étude sur "Le plafond de verre - Équilibre entre les sexes en matière de leadership dans les entreprises NSE 200" du Centre ESG Arun Duggal de l’IIM Ahmedabad pour la recherche et l’innovation. Le rapport, qui est basé sur les réponses de 109 des 200 entreprises du NSE avec un échantillon de plus de 4 000 cadres supérieurs pour l’année 2021, montre que si les femmes ne gagnent que 2,2% de moins que les hommes occupant des postes similaires, l’écart se creuse à 3,1% pour les cadres ou managers et entre 4,9 et 6,1% pour les administrateurs et les cadres supérieurs. En moyenne, les femmes cadres supérieurs gagnent 85 roupies (Rs) pour chaque 100 Rs que les hommes cadres supérieurs gagnent. La rémunération moyenne versée aux femmes cadres supérieurs est de 1,91 crore (million) de roupies, contre 2,24 crores de roupies pour les cadres supérieurs masculins. Les femmes sont représentées à hauteur de 7% dans le management des entreprises et à 5% dans le top management. Cependant, au plus haut niveau, le nombre de femmes administrateurs dans les entreprises NSE 500 est passé de 4,5% en 2014 à 16% en 2020 en raison des exigences réglementaires, selon le rapport d’enquête. Présentant les recommandations basées sur les résultats de l’étude, Arun Duggal, président de l’ICRA, a déclaré que le mandat du comité de nomination et de rémunération du conseil d’administration (CNRC) devrait inclure l’amélioration de l’équilibre entre les sexes et offrir aux femmes une meilleure progression de carrière et de meilleures opportunités. "L’évaluation et la rémunération des performances des PDG et de la haute direction devraient inclure l’amélioration de l’équilibre entre les sexes, a-t-il déclaré. Chaque entreprise devrait établir des objectifs de diversité pour l’équilibre entre les sexes à différents niveaux de l’organisation, a-t-il ajouté, partageant les recommandations." L’enquête montre également que 21 entreprises sur les 200 n’ont qu’une seule femme dans le top management tandis que 76 n’en ont même pas une.

Au niveau de l’organisation, certains des principaux défis pour l’accès des femmes à des postes de direction comprennent une combinaison de facteurs tels que le concept de leadership genré, le manque de parrainage, l’attitude négative envers les femmes managers, le manque d’opportunités, le plafond de verre et la micro-expression de la discrimination.

La plateforme Whatfix soigne ses talents

La plateforme digitale d'aide aux entreprises (Bagalore et Californie) déploie une série d’initiatives en faveur du développement du leadership alors qu’elle cherche à accroître ses effectifs et à embaucher des talents mondiaux. https://whatfix.com/ La société a déployé un programme mondial pour les leaders émergents. Elle a également mis en place un programme de développement de ses cadres dirigeants au travers duquel les participants doivent relever certains défis chaque mois. La deuxième série de défis amènent les leaders à concevoir et présenter des propositions d'innovations pour obtenir un coaching de 60 à 90 minutes avec un entraîneur certifié. Environ 18 salariés sont actuellement soumis à cette épreuve. "Nous sommes sur un formidable chemin d’expansion ; nous avons presque augmenté nos effectifs de 110 % par rapport à l’année dernière, et nous cherchons à ouvrir nos opérations dans de nouveaux territoires. Dans un modèle de travail à distance, l’intégration d’un si grand nombre d’employés diversifiés dans l’organisation nécessite un langage et une approche complètement différents pour gérer, nourrir et encadrer les gens tout au long de leur parcours de travail au sein de notre start-up", a déclaré Romita Mukherjee, directrice principale mondiale - RH, Whatfix.

> De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

La "grande démission" à l’italienne

Moins prononcé qu’aux Etats-Unis, le phénomène de la grande démission – ces salariés qui quittent leur travail sans forcément avoir trouvé un nouvel emploi – touche aussi l’Italie, comme le constate le rapport réalisé par l’union des coopératives Legacoop et le prestigieux institut de recherche Prometeia, intitulé "embauches et cessations : quelque chose bouge dans le marché du travail italien". Si le nombre de travailleurs autonomes (historiquement très élevé en Italie) s’est effondré durant la pandémie, on observe une augmentation de 31,6% des démissions entre janvier et septembre 2021 par rapport à 2020, les personnes ayant volontairement quitté leur emploi passant de 1 million à 1,6 million. Sur les neuf premiers mois 2021, les démissions frôlent les 30% du total des cessations d’emploi, contre une moyenne de 24% dans les deux années précédentes. Comme le souligne Mauro Lusetti, président de Legacoop, "le marché du travail est l’un des points d’observation privilégiés pour comprendre comment les deux ans de pandémie ont changé les vies de tout le monde. Pas seulement notre mode de vie, mais aussi les priorités, les espérances, les objectifs et les comportements économiques et sociaux (…) D’autres aspects sont en train d’émerger : la qualité de travail et de vie, le besoin de satisfaction, d’auto-réalisation, de croissance sociale et personnelle. Le développement harmonieux d’un pays demande non seulement de mettre les personnes au travail, mais de les mettre à leur juste place." Cette tendance est confirmée par une enquête de l’AIDP (Associazione Italiana per la Direzione del Personale) portant sur 500 entreprises, qui ont observé, à 91%, une augmentation des démissions, concentrées surtout dans la tranche d’âge 25-36 ans (à 70%), suivie par les 36-45 ans. Les démissions concernent essentiellement les employés et les résidents d’Italie du Nord. Pour 59% des entreprises sondées, l’impact des démissions a été supérieur d’au moins 15% par rapport aux années précédentes, et pour un tiers d’entre elles, l’augmentation a été de 30%. La recherche AIDP met en lumière des éléments intéressants : pour la majorité des entreprises concernées, le phénomène est "inattendu". Parmi les causes qu’elles signalent, il y a la reprise du marché du travail (48%, ce qui signifie qu’au moins une partie des personnes qui démissionnent n’entendent pas renoncer à travailler), la recherche de conditions économiques plus favorables dans une autre entreprise (47%), l’aspiration à un meilleur équilibre vie privée- vie professionnelle (41%), mais aussi la recherche d’un nouveau sens de la vie (25%) et une mauvaise ambiance de travail (20%). "Le respect des valeurs individuelles, la qualité des relations, le bien-être au travail et une série d’aspects concernant la motivation et les aspirations sont devenus indispensables", commente l’AIDP. "Le déclencheur est que les personnes se sont interrogées sur le sens de leur travail, quelquefois de leur vie et, dans la plus grande partie des cas, elles ont choisi le changement."

La présidente de l’AIDP Matilde Marandola, dans un entretien au quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, estime que devant le phénomène de démission des jeunes, "chaque DRH est appelé à ‘changer de peau’, à devenir toujours plus un coach, à interpréter sérieusement et respectueusement les orientations et motivations individuelles et à mettre en place, en lien avec les autres fonctions, des projets qui rendent l’entreprise plus cohérente avec les valeurs de diversité et inclusion, de responsabilité sociale et de développement durable." Sources : synthèse de l’étude Legacoop-Prometeia, janvier 2022 ; Il Diario del Lavoro, 01/02 ; Il Sole 24 Ore, 19/01

Les aspirations des travailleurs italiens

Moins d’importance accordée au salaire, davantage à la flexibilité : telles sont les attentes des Italiens selon la recherche The Working Future de Bain, qui a sondé 20 000 travailleurs dans dix pays, dont l’Italie. "En Italie, seul un travailleur sur cinq considère la rémunération comme le facteur principal pour le choix d’un travail, tandis que la flexibilité a un rôle toujours plus important : pour 12% des personnes, elle représente déjà la première motivation", explique Roberta Berlinghieri, partner de Bain. Des six archétypes définis dans la recherche (worker bees, givers, artisans, explorers, strivers, pioneers), c’est le premier type qui domine en Italie, soit des personnes qui trouvent un sens et une estime de soi essentiellement en-dehors de leur travail et considèrent leur emploi comme un moyen, en privilégiant stabilité et prévisibilité. Cette prédominance, souligne Mme Berlinghieri, se retrouve principalement dans la tranche d’âge 35-54 ans – la fleur de l’âge de la productivité, en somme. En ce qui concerne le travail à distance, les Italiens sont très polarisés : "37% préfèreraient ne jamais travailler à distance, 17% voudraient le faire 5 jours par semaine."

Le stress au travail semble particulièrement fort en Italie : le pays se classe en troisième position après le Japon et le Brésil, 64% des travailleurs italiens de moins de 35 ans déclarant être débordés ou sous pression. "Seulement 60% des travailleurs italiens sondés sont satisfaits de leur profession", observe Mme Berlinghieri. Sources : La Repubblica, La Stampa, 31/01 ; Business People, 01/02

L’association 4.Manager lance le projet "Rinascita manageriale" pour les dirigeants industriels sans emploi

Alors que toujours plus d’entreprises, en particulier des PME, ont besoin de compétences managériales spécifiques pour assurer leur croissance, 4.Manager, l’association paritaire constituée par l’organisation patronale Confindustria et le syndicat de dirigeants de l’industrie Federmanager, lance un projet visant à développer les politiques actives pour l’emploi des cadres dirigeants tout en favorisant la reprise économique du pays. L’association va débloquer 4 millions d’euros pour contribuer aux frais des entreprises qui embaucheront un dirigeant sans emploi, et ce dans quatre fonctions spécifiques et stratégiques : innovation et digitalisation, développement durable, organisation du travail post-Covid, export. La contribution sera de 30 000 euros pour l’embauche d’un dirigeant en CDI, et d’au maximum 15 000 euros pour un manager recruté en CDD ou avec un contrat de consultant. L’association propose en outre des parcours de formation personnalisés et gratuits pour les managers concernés. Le projet vise à aider les entreprises "qui veulent saisir les opportunités de la reprise" et profiter des ressources mises à disposition par le Plan National de Reprise et de Résilience, à "favoriser la réinsertion des profils managériaux dans le système productif et à soutenir les entreprises dans la réalisation de leurs projets de développement", précise 4.Manager. Il s’agit de la première initiative de ce type en Italie. Selon l’observatoire de 4.Manager, il y aurait aujourd’hui 6 000 dirigeants sans emploi dans le secteur manufacturier, alors que plus de 48% des entreprises italiennes signalent avoir du mal à trouver les compétences managériales dont elles ont besoin. "S’engager sur les politiques actives du travail pour les dirigeants est une stratégie gagnant-gagnant pour les entreprises, les managers et les territoires, parce que cela permet de ne pas disperser le patrimoine de hautes compétences" que le pays a construit dans le temps, observe Fulvio D’Alvia, DG de 4.Manager. Sources : communiqué 4.Manager, 26 /01 ; Il Sole 24 Ore, 26/01

> De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Les entreprises cotées offrent des meilleures conditions de travail

3 800 entreprises sont cotées au Japon, soit moins de 1% de l’ensemble des firmes de l’archipel.

Concernant le système de protection sociale des salariés, les entreprises cotées ont plus d’avantages, y compris la prise de congés payés plus facile que dans les entreprises non cotées. "On ne peut pas nier qu’en général, les entreprises cotées disposent d’un cadre de travail agréable. Je ne trouve pas d’inconvénients aux entreprises non cotées, si l’on exerce ses propres missions avec une rémunération satisfaisante", note Yasuhiko Fukano, expert financier, interviewé par le journal. Source : Weekly Economist

Prévision du taux d’inoccupation des bureaux

Weekly Economist s’intéresse à l’analyse du conseiller en immobilier Osamu Nagashima concernant sa prévision du taux d’inoccupation des bureaux. Sous la menace de l’épidémie de Covid-19, les entreprises informatiques, pouvant facilement adopter le télétravail à 100%, ont immédiatement réduit la surface de leurs bureaux. D’autre part, au fur et à mesure du développement du télétravail, beaucoup de compagnies ont constaté que le nombre d’employés en présentiel, entre 50 et 70% de leur effectif avant Covid-19, suffisait. "Bien que le nombre d’employés en présentiel soit réduit de moitié, afin d’éviter une forte densité, une grande partie des entreprises ont instauré le maintien d’une distance de deux mètres entre les employés. Il est probable que les surfaces de bureaux nécessaires ne diminuent pas autant que l’on pense", analyse Nagashima. Il est possible que certaines compagnies décident de changer leurs bureaux à partir de l’année prochaine, en réfléchissant sur l’efficacité et la productivité du travail.

Selon un sondage réalisé entre juillet et août derniers par Persol Research and Consulting auprès de 20 000 personnes au Japon, le taux de télétravail des employés réguliers était plafonné à 27,5%. Le résultat d’une enquête effectuée en juillet dernier par le groupe de réflexion Japan Productivity Center montre aussi que ce taux était de 20,4%, soit un taux beaucoup plus faible qu’en mai 2020 où il était de 31,5%. "Nous sommes donc loin de la baisse de l’ensemble du marché immobilier", remarque Nagashima. Source : Weekly Economist

Pour une uniformisation du SMIC

Sunday Mainichi s’intéresse au fait que le SMIC devrait être unique et à l’influence potentielle de son uniformisation sur les employeurs. Au Japon, le SMIC diffère selon le département. L’avocat Kazuo Nakamura note que "le coût de la vie étant différent selon la préfecture, il est naturel que le SMIC ne soit pas uniforme." Toutefois, le résultat d’une recherche réalisée par Shuichi Nakazawa, professeur adjoint à l’Université préfectorale de Shizuoka, a montré que "le budget minimum pour que le travailleur puisse mener une vie digne au Japon est à peu près équivalent quelle que soit la région". "Parmi les principaux pays développés, ceux dont le SMIC n’est pas uniforme dans tout le pays comme au Japon ou au Canada, sont minoritaires. Lorsque j’ai visité la France, l’Allemagne, beaucoup de jeunes personnes vivent à la campagne et en font une région dynamique. Cela est lié au fait que le SMIC est uniforme dans tout le pays. Le SMIC au Japon diffère selon la région et son montant ne correspond qu’à 70% de celui des pays européens", remarque Seishiro Eto, président de l’Union parlementaire de promotion de l’uniformisation du SMIC (une organisation sous la tutelle du Parti libéral-démocrate au pouvoir). Hisashi Yamada, expert en économie du travail et vice-président de Japan Research Institute, analyse que si le Japon établit un SMIC national comme les autres pays développés, "cela pourra contribuer à freiner l’exode rural". D’autre part, si l’on augmente brusquement le SMIC, on craint que cela limite les embauches. La Chambre de commerce et d’industrie du Japon et la Chambre de commerce et d’industrie de Tokyo ont publié, en avril dernier, le résultat d’une enquête sur l’influence de la hausse du SMIC sur les PME, basée sur le fait que le SMIC a progressé de 3% par rapport à l’année précédente, pendant 4 années de suite, entre 2016 et 2019. 55% des PME ont répondu que cette augmentation représentait un "fardeau" et 78% se sont opposées à l’uniformisation du SMIC. 63,4% des entreprises ont répondu qu’elles subiraient un "impact sur leur gestion" si le SMIC augmentait de 30 yens (0,23 euros) cette année. Parmi ces entreprises, 24,9% ont répondu qu’elles "limiteraient l’embauche des employés occasionnels" pour faire face à la situation financière difficile. "Imaginons que le SMIC ait beaucoup augmenté dans un restaurant en province, dont le repas moyen d’un client est inférieur à celui de Tokyo. Dans certains restaurants, il sera difficile d’augmenter le prix des plats autant que la hausse du salaire. Ces commerces subiront un déficit budgétaire et certains finiront par fermer. Par conséquent, leurs employés perdront leur travail. Une brusque augmentation du salaire représente une lourde charge pour le dirigeant. Il est primordial de le faire progressivement. Durant la phase de reprise économique, les ventes du magasin augmenteront.

Il est donc également important de songer au moment le plus propice de l’augmentation de salaire", explique Yamada. Source : Sunday Mainichi

Effets de la subvention d’ajustement de l’emploi

La baisse du chômage potentiellement engendrée par la subvention d’ajustement de l’emploi est estimée à 2,1%, selon le calcul du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales (MHLW ; sigle de la traduction anglaise de son appellation Ministry of Health, Labour and Welfare). Le MHLW considère que le taux de chômage au Japon entre avril et octobre 2020 de 2,9%, aurait été de 5% si la subvention d’ajustement de l’emploi n’avait pas été allouée. Toutefois, Daiji Kawaguchi, professeur d’économie à l’Université de Tokyo, considère que le MHLW surestime l’effet de la subvention. Le MHLW estime que "la subvention d’ajustement de l’emploi a eu pour effet de freiner l’explosion du chômage à tel point que, si elle n’était pas accordée, toutes les personnes éligibles auraient perdu leur emploi". Or Kawaguchi observe que les entreprises ont tendance à ne pas diminuer leur nombre d’embauches, même si elles font face à une baisse du chiffre d’affaires, puisqu’il est difficile d’embaucher des profils "appropriés". Kawaguchi ajoute que, selon l’hypothèse excessive opposée, personne n’a été licencié, même sans la subvention.

Dans ce cas, le pourcentage de baisse du chômage potentiellement engendrée par la subvention serait de 0%. Kawaguchi pense alors que l’effet de freinage de la hausse du taux de chômage serait en réalité entre 0 et 2,1%. Source : Diamond

Une possible hausse des salaires ?

Cette semaine, Toyo Keizai s’intéresse à l’analyse de Soichi Ota, professeur d’économie à l’Université Keio, qui doute de la hausse des salaires. Selon Ota, il existe deux facteurs qui peuvent faire douter de la future hausse des salaires dans l’archipel. L’un est le désordre dans la distribution de composants en raison de l’épidémie de Covid-19 en Asie du Sud-Est, l’autre est la montée en flèche du prix des matériaux. Sous l’influence du premier facteur, le secteur automobile est déjà contraint à une réduction de production, ce qui risque d’empêcher la hausse des salaires, d’autant plus que ce secteur a une influence importante sur les luttes syndicales du printemps (shunto). On estime que l’augmentation du prix des matériaux a un impact plus important sur l’économie. Sous l’influence de la reprise économique à l’échelle mondiale, le prix des matériaux connaît une brusque inflation et l’indice des prix à la production (IPP) augmente également en flèche au Japon. L’IPP continue d’augmenter depuis avril dernier. En octobre, il a augmenté de plus de 8% par rapport à la période précédente et a battu son propre record. Le gouvernement Kishida envisage d’allouer une subvention importante aux PME s’appliquant à la réorganisation des activités et à une amélioration de la productivité, dans le but de réaliser une hausse des salaires. Le gouvernement a également annoncé investir une somme de 400 milliards de yens (3,12 milliards d’euros) dans la formation de spécialistes du numérique pendant trois ans. Ota estime qu’« adopter une stratégie consistant à aider les compagnies dans l’amélioration de leur productivité est une bonne décision. Il est souhaitable qu’en plus de cela, le gouvernement s’applique à réfléchir sur divers facteurs du faible taux de marque au Japon et à trouver les solutions. » Source : Toyo Keiza  

> De notre correspondant au Maroc

Une typologie des entreprises marocaines

Le champion marocain de la grande distribution Marjane s’adapte au contexte, numérise sa distribution et externalise sa logistique du dernier kilomètre, "sourçant" dans le vivier de l’élite des start-uppeurs marocains. La première catégorie regroupe les multinationales qui offrent en général des conditions très avantageuses en termes de niveau de rémunération, de formation et d’évolution de carrière. Le DRH fait partie des instances de décision. De gros investissements sont réalisés pour mettre en place des outils RH, construire la culture d’entreprise, ainsi que pour motiver, fidéliser et fédérer les salariés. La deuxième catégorie d’entreprises inclut les entreprises nationales qui ont fait le choix (par anticipation des évolutions du marché ou en raison de la pression du donneur d’ordre) d’intégrer les nouvelles exigences de l’économie internationale dans leur stratégie. Dans ces entreprises, le facteur humain est considéré comme un levier essentiel de compétitivité, d’où l’importance de moderniser le modèle RH au même titre que le système de management ou l’outil de production. La troisième catégorie d’entreprises englobe les sociétés réfractaires à la mise en place d’une vraie fonction RH. En raison d’une culture managériale de type familiale et paternaliste, ces sociétés profitent du manque de contrôle pour ne pas appliquer ou pour contourner les dispositions du Code du travail. Leurs salariés se trouvent souvent en situation de précarité, sans réel encadrement, sans perspective d’évolution et sans représentation syndicale. La formation est considérée comme une source de coût et de perturbation du travail. Dans ces sociétés, la fonction RH est assurée par des personnes non décisionnaires et se limite aux tâches élémentaires (paie, administration du personnel…).

La dernière catégorie est constituée par les entreprises où cohabitent deux logiques. D’un côté, ces sociétés affichent une volonté de s’inscrire dans l’ouverture et de moderniser leur système RH et, d’un autre côté, elles cultivent toujours des pratiques rétrogrades. Cette dernière catégorie, si elle survit à la crise de la Covid, tend à rejoindre la deuxième, lorsque l’Etat lui en donne les moyens, en conséquence des aides apportées.

Assurance maladie des non-salariés

Autre point dimensionnant, le Gouvernement a adopté le 17 novembre dernier les décrets permettant aux travailleurs non-salariés de bénéficier de l’assurance maladie obligatoire (AMO) de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS). Dans un communiqué du 17 novembre, la CNSS annonce "à l’ensemble des commerçants, professionnels et artisans assujettis au régime de contribution professionnelle unique (CPU), des commerçants et artisans tenant une comptabilité, et des auto-entrepreneurs qu’ils sont désormais concernés par l’assurance maladie obligatoire".

Elle précise que les cotisations de la première catégorie (entreprises au régime de la CPU) sont exigibles dès décembre 2021 pour bénéficier de l’AMO à partir du 1er janvier 2022.

Partenariat public-privé au service des compétences du numérique

Les compétences qui font défaut au Maroc sont celles recherchées partout dans le monde, en l’occurrence des profils très pointus dans les métiers de la tech et du digital, a souligné le directeur général de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec), lors d’un point de presse. Et pour aider les entreprises locales à dénicher ces perles rares disponibles sur le marché, l’équipementier majeur du secteur des TIC au Maroc, Huawei, a organisé avec l’ANAPEC la deuxième édition du forum "ICT Job Fair – Career 2021". L’objectif est de rassembler offreurs et demandeurs d’emploi dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans un cadre privilégié et propice aux échanges. Au total, 3 000 jeunes diplômés ont postulé aux offres d’emploi proposées à cette occasion pour 250 postes à pourvoir dans une vingtaine d’entreprises participantes. Les jeunes talents ont eu le choix parmi une myriade d’entreprises de renom, intervenant dans le domaine des TIC. Le "ICT Job Fair – Career2021" fut également l’occasion pour les recruteurs de rencontrer les meilleurs profils TIC, formés notamment à la Huawei ICT Academy. Cet événement concrétise le partenariat public-privé signé entre les deux structures, véritable levier pour l’emploi. Le partenariat public-privé au service de l’emploi doit permettre de relever les défis et d’accompagner les ambitions du Nouveau modèle de développement marocain. Jerry Cui a indiqué que "Huawei considère l’engagement sociétal comme un paramètre structurant de son modèle de croissance." Présente au Maroc depuis 2002, avec un premier bureau à Rabat, puis un second à Casablanca, Huawei a créé entre 700 et 800 emplois directs et indirects.

Le montant des achats locaux réalisés par le géant chinois dépasse 30 M$. Huawei ICT Academy a permis la formation de plus de 5 000 talents marocains dans le digital. Le "ICT Job Fair – Career2021" vient s’ajouter à l’arsenal des programmes initiés par Huawei. En marge de cet événement, un Mémorandum d’entente (MoU) entre l’Anapec et Huawei Maroc a été signé pour systématiser une collaboration dans les domaines technologiques et numériques au profit des chercheurs d’emplois pour, d’une part leur donner la possibilité d’accéder aux programmes de formation de Huawei dans différentes disciplines et, d’autre part, accompagner Huawei et son écosystème dans la satisfaction de leurs ressources humaines en compétences TIC.

L’émergence de compétences marocaines dans l’animation numérique

Les enfants marocains vont bientôt découvrir les premiers dessins animés 100% marocains. Après avoir remporté deux appels d’offres, un pour 2M et un autre pour la SNRT, les studios Artcoustic planchent actuellement sur la production de deux dessins animés de 20 à 30 épisodes, chacun inspirés du patrimoine et de l’histoire du Maroc. "Les projets des premiers dessins animés marocains ont été lancés à l’initiative des deux chaînes de télévision nationales SNRT et 2M avec l’appui du Festival international du cinéma d’animation de Meknès (FICAM), le premier acteur du cinéma d’animation au Maroc", explique le patron d’Artcoustic qui emploie aujourd’hui une quarantaine de personnes.

Ces deux dessins animés sont conçus dans cette véritable ruche qu’est Artcoustic, située dans le quartier de l’Oasis à Casablanca, non loin du Technoparc. Avec un budget de deux millions de dirhams chacun, ces projets sont en phase de production. La conceptualisation des deux dessins animés, ainsi que la scénarisation sont effectuées dans les studios.

Data scientists, recrutement et formation

Selon un récent rapport de Burning Glass, 42% des postes de Data Science requièrent un diplôme de niveau master ou supérieur. De nombreuses universités ont mis en place des programmes de data science, d'analyse de données ou de Machine Learning. Par exemple, les géants comme IBM et Amazon préfèrent remédier à la pénurie d'experts en formant leurs propres employés à l'analyse de données et à l'intelligence artificielle. Afin de répondre aux besoins en compétences liées à la data au Maroc et en Afrique, Africa Data Lab et Mines ParisTech ont lancé récemment une formation à la data science 100% à distance.

> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Amazon s’arme contre la pénurie de main d’œuvre

En mai 2021, Amazon avait annoncé la création de 10 000 postes permanents dans le courant de l’année, ce qui devait lui permettre de compter plus de 55 000 employés à la fin de l’année. L’entreprise voulait en effet absolument maintenir le rythme de croissance né de la pandémie et de l’ouverture de 17 magasins physiques au Royaume-Uni, dont quinze destinés à la vente de produits frais. Pour attirer les candidats, l’entreprise s’est engagée à payer 95% des frais de formation de ses employés (jusqu’à 9 400 euros) sur quatre ans. Ces formations devant leur permettre de devenir "chauffeurs de poids-lourds ou programmateurs informatiques pour aider les salariés à poursuivre une carrière au-delà d’Amazon s’ils le veulent". L’entreprise avait promis que les salaires dans les entrepôts débuteraient à 12,80 euros par heure à Londres et à 11,50 euros ailleurs, soit au-dessus du salaire minimum national qui est de 10,55 euros. Ces avantages ont fait bondir l’intérêt des Britanniques pour les offres d’emplois d’Amazon. Pour faire face à l’important manque de main d’œuvre enregistré dans de nombreuses régions du pays, l’entreprise a utilisé son énorme trésor de guerre en offrant un bonus à la signature variant de 1 180 à 3 500 euros dans plusieurs sites et en augmentant les salaires minimums horaires à 11,90 et 13,20 euros. Au total, l’entreprise a finalement embauché 25 000 personnes à plein temps en 2021 et compte actuellement 70 000 salariés à plein temps. L’entreprise a indiqué que plus de la moitié des nouvelles recrues "étaient sans emploi ou sorties directement de l’éducation" (école ou université). Déjà récompensée en 2019 et 2020 par le prix de l’employeur privé d’anciens militaires, elle a à nouveau en 2021 embauché plus de deux cents vétérans et réservistes de l’armée de terre, de l’air et de la marine. Cette tactique a assommé les petites entreprises du pays selon Ian Wright, le directeur exécutif de la Fédération de la nourriture et de la boisson "parce qu’il n’existe pas un vaste réservoir de travailleurs britanniques attendant que l’on vienne se battre pour lui. Dans de nombreux endroits, il est extrêmement difficile d’avoir assez d’employés pour Noël." D’autres secteurs touchés par les départs ces derniers mois sont également inquiets. Parmi eux, la santé, dont les employés se sont dit très affectés par la durée et la difficulté de la pandémie.

Les résultats d’un sondage auprès des nouveaux embauchés, montrent que 91% ont rejoint Amazon pour les perspectives de carrière, 88% pour le niveau de salaire ou les avantages offerts tels que l’assurance médicale, assurance vie.

75% des entreprises britanniques peinent à recruter

D’après l’enquête des consultants BDO, 32% des entreprises de taille moyenne ont besoin d’embaucher pour poursuivre leur croissance, et même 43% pour les firmes dont le chiffre d’affaires annuel se situe entre 12 et 58 millions d’euros. Mais ces mêmes entreprises ont du mal à recruter. 40% ne parviennent pas à trouver de candidats possédant les qualifications nécessaires et 35% ne trouvent pas de candidats capables de travailler aux horaires requis, une proportion qui monte à 40% dans la vente. Outre un manque de citoyens européens, 31% de ces entreprises font état d’un manque de jeunes en apprentissage.

Ces pénuries de main d’œuvre les ont obligées à agir pour garder leurs employés : 23% ont ou vont ajouter de nouveaux avantages en nature, 21% ont proposé des horaires ou du temps de travail plus flexible et 17% ont augmenté les salaires.

Deux ans après le Brexit, hausse d’une partie des salaires les plus bas

L’une des conséquences économiques les plus intéressantes du Brexit concerne les salaires. Depuis le printemps 2021, le Royaume-Uni manque de manque de main d’œuvre. Ce phénomène a été provoqué par la pandémie, lors de laquelle 562 000 Britanniques ont quitté volontairement le marché du travail et des dizaines de milliers de travailleurs européens ont choisi de retourner vivre dans leur pays d’origine. Il a été aggravé par le Brexit en raison de l’impossibilité d’embaucher des Européens sans visa de travail. Pour compenser ces pertes, les secteurs et les régions qui comptaient fortement sur cette main d’œuvre européenne ont été obligés d’accroître leurs salaires. Entre novembre 2019 et 2021, les salaires ont progressé de 13% dans les services, de 9,4% dans la vente de détail et l’hôtellerie-restauration, de 8,8% dans la construction, selon le Bureau national des statistiques. Au-delà de son ampleur, le phénomène n’est guère surprenant : dans un rapport publié en 2015, la Banque d’Angleterre estimait que l’accès à une main d’œuvre européenne inépuisable et peu coûteuse contribuait à diminuer les salaires les plus faibles d’environ 2%. "Sans gains de productivité, cette politique de redistribution vers les salaires les plus faibles provoquera de l’inflation", prévient pourtant Jonathan Portes, professeur d’économie à l’université londonienne King’s College. Il craint donc que "cette redistribution appauvrisse le reste de la population qui n’aura pas bénéficié des hausses de salaire, tout en limitant la hausse du salaire réel des soi-disant bénéficiaires". Mais pour une grande partie des Brexiters, n’était-ce pas là justement l’un des objectifs du Brexit : opérer un rééquilibrage économique en faveur des oubliés du libéralisme du marché unique ?

> De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

Faire de la pub sur sa situation de chercheur d’emploi

L’épidémie a changé le regard sur ceux qui recherchent un emploi. Avant, les candidats faisaient tout pour cacher leur statut de chercheur d’emploi. Un trou de 6 mois dans un CV garantissait un envoi à la poubelle quasi automatique. Maintenant, les chercheurs d’emploi sont beaucoup plus détendus. Car les employeurs se bousculent au portillon. En novembre 2020, le nombre d’ouvertures de postes aux Etats-Unis s’élevait à 6,8 millions. En novembre 2021, il atteignait 10,6 millions. Les chasseurs de tête sont très demandeurs. Et certaines personnes en recherche d’emploi en profitent pour se faire connaître. Ils utilisent le hashtag opentowork sur LinkedIn, pour dire qu’ils sont disponibles.

Cela peut marcher et susciter plusieurs offres. En plus, les éventuels employeurs entrent en concurrence et font monter les salaires qu’ils sont prêts à payer.

Lutter contre les biais de l’IA dans le recrutement

De grandes entreprises, CVS, Deloitte, General Motors, IBM, Meta, Nike, Walmart, American Express… se sont unies au sein de la Data and Trust Alliance pour lutter ensemble contre les biais de l’Intelligence Artificielle dans le recrutement, les salaires proposés, l’évolution de carrière ou encore la formation. Deux anciens grands patrons, Kenneth Chenault d’American Express et Samuel Palmisano d’IBM, sont à l’origine de cette alliance. Leur constat est que les logiciels utilisés par les directions des ressources humaines ont tendance à refléter les stratégies d’autrefois qui avantageaient les hommes blancs, au détriment des femmes et des minorités.

Deux cents experts ont donc planché pendant un an sur les nouveaux critères qui devraient être adoptés. Puis ils ont mis au point une liste de 55 questions auxquelles doivent répondre les éditeurs de logiciels afin d’évaluer la subjectivité des big data sur lesquelles ils s’appuient pour trier les CV, évaluer les interviews de candidats et prendre en considération leurs préférences en matière de marques de téléphone, clubs, activités sportives… Le but de l’opération est de repérer les logiciels les plus neutres.

Mettre les jeunes adultes au volant des poids lourds

L’épidémie a mis à jour un manque crucial de chauffeurs de poids lourds. Selon les American Trucking Associations, le nombre de titulaires d’un permis poids lourds a baissé de 7% entre 2019 et 2020 pour atteindre un peu plus de 3 millions de personnes. Mais c’est une population vieillissante, âge moyen est de 46 ans, et en nombre insuffisant, il manque aujourd’hui 80 000 conducteurs. Pour y faire face, la loi Infrastructure de la Maison Blanche a mis en place plusieurs initiatives qui pourraient à terme attirer plus de monde vers le métier. Un plan de rétention a été mis en place pour recruter plus de jeunes sortant de l’armée. Un autre projet consiste à lancer un programme pilote destiné à attirer les jeunes adultes. Ce programme sur trois ans est destiné à des jeunes à partir de 18 ans, alors que pour l’instant les chauffeurs qui ont le droit de passer d’un Etat à l’autre ont au minimum 21 ans.

L’apprentissage qui s’adresse à des milliers de candidats implique la conduite d’un camion durant au minimum 400 heures ; il exige que le camion soit équipé de caméras et d’un système de freinage sophistiqué et ne puisse dépasser les 105 km heure. Enfin, l’apprenti doit être accompagné par un conducteur expérimenté durant ces voyages. Ce programme pilote est prometteur à terme… il ne résout toutefois pas le manque de conducteurs aujourd’hui.

Les profs quittent l’école

Les professeurs américains ont mal vécu la pandémie : faire du présentiel, enseigner sur Zoom, remplacer au pied levé des collègues malades, être dans une classe où certains élèves ne portent pas de masques… la multitude des efforts qu’ils se sont vu imposer en a découragé plus d’un. Selon Rand Corporation, 25% d’entre eux ont pensé l’an dernier à quitter le métier. Et beaucoup l’ont fait. Les chiffres collectés par le ministère du travail font état de 550 000 démissions entre le mois de janvier et celui de novembre. Sur le site LinkedIn le pourcentage des profs qui sont partis pour une autre carrière a augmenté de 62% l’an dernier. La bonne nouvelle, selon le Wall Street Journal, c’est que les chasseurs de tête les apprécient et leur font des propositions de postes dans la vente, la formation, les services IT, le développement de logiciels… Les profs absorbent vite les nouvelles informations et savent les transmettre. Grace a ces qualités, une jeune femme est devenue coordinatrice du recrutement dans une agence de travail temporaire et une autre forme ses anciens collègues à l’usage d’un logiciel pour apprendre l’anglais.  

Vu d’ailleurs : Un survol international des pratiques RH en temps de crise

Article du 19 janvier
>   De notre correspondante au Brésil, Marie Naudasher
  • Les quotas 20 ans après : entre succès et freins persistants
  • Les bureaux “de luxe” à nouveau recherchés
  • Le chômage plombera le Brésil pendant encore au moins 10 ans !
  • Les Brésiliens se méfient des coaches
  • Quand l’entreprise vous aide à ne pas vous endetter
  • Les femmes boss sont toujours blanches!
  • L’inclusion dès l’école : l’exemple de l’institut Miguel de Cervantes.
>   De notre correspondante en Chine, Virginie Mangin.
  • Pour encourager les parents à avoir plus d’enfants, la Chine favorise le congé parental et prolonge les congés de maternité
  • Le salaire minimum continue d'augmenter
  • Les expatriés continueront à bénéficier d'exonérations fiscales
  • Chine post-COVID et RH..
  • L’automatisation et la numérisation motivent la prise de décision
  • Une main-d’œuvre ayant des compétences dans le numérique est désormais indispensable
  • Les applications sur la productivité ont pris leur envol
  • Des réunions en présentiel aux évènements virtuels
  • Prendre le temps de travailler son image de marque
>   De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • L'embauche se poursuit, surtout dans les secteurs technologiques
  • Tension sur les emplois en analyse de données
  • Forte augmentation du commerce électronique et du paiement dématérialisé
  • L'Inde a déclaré vouloir devenir un pôle stratégique pour les semi-conducteurs
  • Une loi pour encadrer le télétravail
  • Choisir la bonne carrière : vers la fin du modèle unique des métiers d'ingénieurs ?
  • L'offre d’apprentissage numérique progresse...mais les élèves ont du mal à suivre
>  De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • Les données annuelles de l’Osservatorio Smart Working
  • Quels seront les avantages du Smart Working pour les salariés dans le futur ?
  • Le Smart Working n’est pas forcément favorable à la conciliation vie privée – vie professionnelle
  • Contrôles et sécurité
>  De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Les compétences attractives des anciens athlètes
  • Mettre en valeur les femmes PDG..
  • Le syndicat patronal défavorable au télétravail
  • Prise de congés record
>  De notre correspondant au Maroc
  • Transformation digitale du groupe Marjane
  • Obligation du passe vaccinal en entreprise : droits et obligations de l’employeur et des salariés
  • "1337", apprendre le numérique autrement
>  De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Une forte hausse des salaires pour les emplois les plus demandés
  • Des règles migratoires flexibles, malgré le Brexit
  • Les femmes toujours plus nombreuses aux postes élevés des grandes entreprises
>  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • La base se mobilise
  • Pourquoi s’en vont-ils ?
  • La semaine des 4 jours devient tendance
  • Les avantages du payer plus
 

> De notre correspondante au Brésil, Marie Naudasher

Les quotas 20 ans après : entre succès et freins persistants.

Les quotas implantés au Brésil il y a près de 20 ans ont montré des résultats significatifs pour les afro-brésiliens et les indigènes. Une étude menée par l’économiste Ana Trindade Ribeiro, doctorante à l'université de Stanford et Fernanda Estevan, enseignante à la Fondation Getulio Vargas, calcule qu’un élève entré via le système des quotas à l’université a trois fois plus de chances de travailler dans le secteur correspondant à ses études supérieures qu’un élève qui n’a pas eu accès à ces politiques d’actions positives. Toutefois, l’étude montre que si l’employabilité est plus importante, les salaires ne le sont pas forcément. Mais les réussites existent. Par exemple, les ingénieurs noirs qui sont entrés à l’Université de Brasilia (UnB) avec les meilleures notes et via les quotas déclarent huit années après leur diplôme des salaires 50% supérieurs à ceux qui sont devenus ingénieurs sans entrer à l’UnB et sans quotas. Même constat au sein des carrières les plus compétitives comme la médecine et le droit. Les ex-quotistes de l’UnB ont même hissé vers le haut les salaires de 6%, toutes couleurs de peau confondues.

Dans les filières les moins demandées, c’est l’effet inverse. Les salaires des élèves entrés via les quotas ne sont pas supérieurs à ceux qui n’ont pas été recrutés via ces politiques publiques. D’après cette étude, “les quotas ont aidé à réduire les inégalités d’opportunités au Brésil, mais ne résolvent pas tout”, assure Fernanda Estevan. Les articles de presse et analyses sur le sujet se multiplient car à la fin de l’année 2022, le Congrès doit réévaluer l’actuelle politique des quotas dans les universités publiques.

Les bureaux “de luxe” à nouveau recherchés

Les immeubles commerciaux à São Paulo n’ont pas retrouvé leurs taux d’occupation pré-pandémie mais le marché donne des signaux de reprise. Le Brésil a vacciné très tardivement sa population, mais en masse fin 2021 (80% de la population de São Paulo est doublement vaccinée), permettant une reprise partielle du travail en entreprise. Fin 2021, 25% des locaux haut de gamme étaient encore vides, quand le pourcentage considéré comme normal est autour de 15%. Au-delà de 15%, les propriétaires doivent, selon Yara Matsuyama, directrice de la location de bureaux chez JLL, être flexibles pour attirer les clients. Fin 2021, les quartiers les plus chics comme Jardins et Itaim Bibi sont autour d’1% de taux de vacance, car l’offre est maigre dans la région. La fameuse avenue Faria Lima, repaire des solides institutions financières et entreprises de technologie a maintenu ses bureaux même si les employés sont encore en télétravail. Ces groupes parient sur le long terme et savent que les bureaux seront un jour une nécessité. Sur l’avenue Paulista, en revanche, beaucoup de bureaux (190 000 m2 depuis fin 2020) ont été rendus à leurs propriétaires. Certains se séparent des locaux pour louer plus grand. C’est le cas du leader des e-commerce des pet shops Petlove&Co qui a laissé 1600m2 dans le quartier des affaires de Berini pour occuper plus du double (3700m2) dans une tour voisine. Mais louer plus grand ne signifie pas forcément que les 600 salariés seront là tous les jours. Ricardo Rios, responsable RH, confirme que seuls 450 postes de travail sont disponibles. “Le modèle hybride est donc notre réalité pour les prochains mois”, précise – t – il.

Les ventes en ligne ont permis à de nombreuses entreprises de croître pendant la crise sanitaire. En conséquence, les aires de stockage de marchandise sont très demandées. Le cabinet de consulting Newmark calcule que 146 000m2 ont été vidés, mais 437 000 ont aussi été loués cette année. De ce total, 46% l’ont été pour du e-commerce et 24% pour des entreprises de logistique et de transport.

Le chômage plombera le Brésil pendant encore au moins 10 ans !

Avec une reprise timide et un scénario économique peu dynamique, le Brésil pourrait bien supporter une nouvelle décennie de fort chômage pour ne retrouver un taux de plein emploi qu’à partir de 2026, selon les meilleures hypothèses. Le plein emploi s’applique au Brésil à un taux de chômage entre 8 et 10%. Les taux récents les plus bas remontent à 2012, première année de l’étude de la Pnad (étude nationale de grande ampleur) et 2014, sous la présidence de Dilma Rousseff (Parti des Travailleurs-PT). Sous Bolsonaro, le chômage a atteint 14,6% mi 2020. Fin 2021, ce taux est à environ 13%, auquel il faut inclure les 31 millions de personnes “sous-utilisées” et les 73 millions qui ne sont ni au chômage ni embauchées dans un contrat de travail formel.

D’après le département intersyndical de Statistiques et d’études socio-économiques (Dieese), les plus qualifiés quittent le pays à cause du manque d’opportunités car, paradoxalement, le capital humain disponible n’est pas valorisé. Le marché du travail est considéré comme “médiocre” par les analystes.

Les Brésiliens se méfient des coaches

Parmi les 11 pays analysés par l’étude “Santé Mentale des adultes pendant le confinement”, publiée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les Brésiliens présentent le taux de dépression et d’anxiété le plus élevé. Dans ce contexte, les visions dites motivationnelles proposées par certains coaches sont raillées sur les réseaux sociaux. Ils seraient plus de 73000 au Brésil mais les formations ne sont pas reconnues par le ministère de l’Éducation, ce qui ne permet pas de contrôler la qualité des cursus. Les formations reconnues et sérieuses existent cependant, avec l'obligation d'un stage et d'un travail de fin d’études, par exemple via l’IBC-Institut Brésilien de Coaching, la SBC-Société Brésilienne de Coaching ou encore l'ACI-Académie de Coaching. Plusieurs articles de presse alertent sur les risques d'abus du mot coaching, notamment quand on évoque le "coaching de leadership" ou "coaching de carrière", avec ses dérivés "coaching de la beauté "ou "coaching de la réussite", explique le journal Rede Brasil Atual. La souffrance collective mise en lumière par l'OMS se retrouve dans les injonctions telles que “travailler pendant que les enfants dorment” ou encore “pour y arriver, il faut le vouloir”. Un temps incarné par des “coaches” souvent auto-déclarés, ces maximes sont devenues des Memes sur internet, tant ils sont éloignés de la réalité du monde du travail. Avec un chômage consolidé à près de 13%, le “quand on veut on peut” est un contresens. Alors que faire face à l'échec dans l’emploi ? “Ecouter l’échec de ses équipes est-il sain ? ” se demande le quotidien conservateur Estadão. “Ni positivité toxique, ni négativité toxique” tranche la psychiatre Paula Dione, interrogée par le journal. D’après cette professionnelle de la santé mentale, le point d’équilibre a été pulvérisé depuis le début de la crise sanitaire.

Et pour l’Association Brésilienne de Coaching, les gardes fous sont nécessaires, surtout dans un moment de fragilité émotionnelle comme celui que traversent les salariés du monde entier. “Dans le monde corporate, nous nous basons sur l’intelligence émotionnelle, la psychologie positive, pour que chacun intègre qu’on est plus fort ensemble. Et ce ne sont pas des notions qui sortent du chapeau”, souligne Magnolia Abramo, directrice du marketing de l’Association.

Quand l’entreprise vous aide à ne pas vous endetter

En cette fin d'année, 75% des Brésiliens ont des dettes à rembourser. C'est un record. Pour ceux qui ont un travail, le 13e mois n'y suffira pas. Trois endettés sur 10 sont sans activité. Et la dette moyenne est de 4000 réais (6 fois le salaire minimum !). La majorité (presque 90%) est rouge de honte à l'idée d'avoir contracté ces dettes. Au Brésil, le fichier des mauvais payeurs vous poursuit longtemps. Une fois qu'on a une dette, retrouver l'accès au crédit est très difficile. Et avec la crise sanitaire et économique, les fêtes de Noël ont eu un goût amer pour beaucoup de Brésiliens. Dans ce contexte, des entreprises ont rejoint un programme qui propose à leurs salariés de mieux organiser leur vie financière. L’idée étant de promouvoir un mieux-être au travail. Une étude réalisée auprès de 1000 personnes par Créditas (qui comme son nom l’indique propose des crédits) calcule que 39% deviennent insomniaques à cause des soucis liés aux dettes. Les dépressions et l’anxiété qui en résultent ont aussi un coût pour l’entreprise.

“Nous savons qu’un collaborateur qui a des dettes ou des problèmes financiers a plus de risques d’être victime de ces maux”, constate Viviane Sales, vice-présidente de Créditas Work. La relation de confiance avec les RH est essentielle pour que ces cours en ligne soient suivis par les salariés.

Les femmes boss sont toujours blanches!

Ce sont encore des femmes blanches qui occupent les postes de “leader de la diversité” en entreprise.  Une étude suggère que les gestionnaires de la diversité et de l'inclusion sont choisis davantage pour leurs compétences en gestion que pour leur couleur de peau, mais le scénario est en train de changer dans un pays à majorité (55%) noire et métis. Les exemples récents de Lisiane Lemos, cadre responsable des programmes de recrutement de diversité, d'équité et d'inclusion de Google pour l'Amérique latine, et Helena Bertho, la nouvelle responsable mondiale de la D&I (diversité et inclusion) de Nubank sont révélateurs. Ces deux femmes noires ajoutent une expérience et une représentation nouvelles en entreprise. Cependant, de telles évolutions restent marginales sur le marché.

Une enquête du cabinet Tree Diversidade en partenariat avec le Groupe TopRH, réalisée entre août et septembre 2021, a recueilli les réponses de 276 professionnels du domaine et a pointé que la plupart sont blancs (51,1 %), femmes cisgenres (75,7 %), hétérosexuels (63,8 %) et sans aucun type de handicap (94,2 %). "On a trouvé ce problème du manque de diversité des professionnels et cela est dû au fait que ce sont eux qui sont dans les entreprises à des hauts postes ; c'est le manque de représentation qui se voit en général", observe Letícia Rodrigues, partenaire fondateur de Tree. De plus, 30,8% de ceux qui travaillent dans les secteurs D&I cumulent plusieurs fonctions, et l’inclusion est rarement la principale.

L’inclusion dès l’école : l’exemple de l’institut Miguel de Cervantes

Si la Responsabilité sociale devient le mot clé des entreprises (RSE), elle n’est pas qu’une simple mode. Depuis plus de douze ans, le collège espagnol Miguel de Cervantes a créé au sein de son gigantesque campus un Institut solidaire qui place la responsabilité sociale au cœur de son projet éducatif. Ecole internationale, elle reçoit les élèves de l’élite économique, qui paient environ 1000 euros de frais de scolarité mensuels. Dans un pays en crise, cette école internationale a cependant le souci de ne pas créer une bulle au milieu du quartier de Morumbi où elle est installée, à quelques kilomètres de la gigantesque favela Paraisopolis. Le directeur de l’institut Cervantes solidaire n’a jamais eu autant de travail que depuis le début de la pandémie. La situation économique du pays s’est dégradée, et plus que jamais, les familles et les élèves des lycées environnants ont besoin d’avoir accès à la lecture ou à des cours d’espagnol, comme le propose l’institut. Les élèves de ce lycée huppé ont aussi des activités volontaires à réaliser durant leur cursus. L’institut permet de faire le lien entre les bonnes volontés des jeunes et les besoins des crèches publiques par exemple. Avec près de 300 salariés, cette école a choisi de nommer à la tête de l’institut un historien, doté à la fois d’une expérience pour monter des projets sociaux pour les entreprises (les parents d’élèves en demandent parfois) et d’une bonne connaissance des réalités sociales.

> De notre correspondante en Chine, Virginie Mangin

Pour encourager les parents à avoir plus d’enfants, la Chine favorise le congé parental et prolonge les congés de maternité

Le 9 mai 2019, le Conseil d'État a publié des nouvelles directives pour "l'amélioration des services de soins pour les nourrissons et les enfants de moins de trois ans". Cette mesure vise à soutenir la garde d'enfants à domicile et le congé parental. Le même mois, la Chine a annoncé sa "politique de trois enfants par famille" et en août, a mis à jour sa loi sur la population et la planification familiale. Cette dernière stipule que l'État soutient la mise en place d'un congé parental lorsque les conditions le permettent. Et en novembre plusieurs villes ont aussi étendu la durée des congés maternité. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs provinces dont le Guangdong, Fujian et Ningxia ont modifié leur réglementation de la planification familiale et ont annoncé un congé parental annuel pour les deux parents. Dans ces régions, le congé parental payé est ainsi devenu un droit légal des employés. D’autres ont préféré mettre en place des "clauses d'encouragement". En date du 4 janvier 2022, 23 (sur 31) provinces ont modifié leur réglementation. Autant de politiques différentes. Pékin et Shanghai stipulent que chaque couple peut bénéficier de cinq jours de congé parental par an jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de trois ans. Pékin a également précisé que le nombre total de jours de congés pour maladie d’un enfant ne peut dépasser 10 jours ouvrables. Certaines provinces offrent un congé parental plus long. Le Heilongjiang, le Liaoning, le Hebei, le Jiangxi, le Sichuan, le Guizhou, le Zhejiang, le Tianjin, le Ningxia, le Henan, le Hubei, le Hunan, le Hainan et le Guangdong offrent 10 jours de congé parental par an aux couples ayant des enfants de moins de trois ans. Les provinces du Shanxi, de Qinghai et du Gansu accordent 15 jours de congé parental par an aux couples ayant des enfants de moins de trois ans. Les provinces d'Anhui et de Chongqing ont porté à six ans l'âge maximum des enfants qui donne droit au congé parental. Certaines villes ont aussi allongé leurs congés de maternité. Shanghai, par exemple, a rajouté 2 mois sur les 3 mois déjà imposés. Les réactions en ligne ne sont pas positives. Beaucoup de femmes pensent que ces politiques les empêcheront d’être embauchées ou qu’elles seront licenciées si elles réclament leurs congés.

Sources : https://supchina.com/2021/11/29/in-china-longer-maternity-leave-is-a-tough-sell/ https://www.scmp.com/news/people-culture/social-welfare/article/3157752/chinese-government-push-better-maternity-leave

Le salaire minimum continue d'augmenter

En 2020, en raison de la pandémie de la COVID-19, la plupart des régions avaient gelé l’augmentation du salaire minimum. Seules trois provinces - Fujian, Qinghai et Guangxi – l’avaient augmenté en 2020. En 2021, la plupart des provinces ont augmenté les salaires à leur tour. Les gouvernements locaux chinois sont tenus de mettre à jour le salaire minimum au moins tous les deux ans, mais ils ont la possibilité de l'ajuster en fonction des conditions locales. La plupart des provinces fixent différentes catégories de salaires minimum pour les différentes régions, en fonction du niveau de développement et du coût de la vie dans la région concernée. Actuellement, Shanghai a le salaire minimum mensuel le plus élevé de Chine (2 590 RMB/mois soit 360€ par mois, + 5,5%) et Pékin le salaire minimum horaire le plus élevé (25,3 RMB/heure ou 3,5€ par heure +4,4%). Huit régions - Shanghai, Guangdong, Pékin, Tianjin, Jiangsu, Shandong, Hubei et Zhejiang - ont dépassé la barre des 2 000 RMB (277€) mensuels.

Ces hausses, qui font partie du développement de la Chine, vont accélérer la délocalisation de certaines entreprises étrangères en Asie du Sud-Est : Vietnam et Thaïlande. Source : https://asia.nikkei.com/Economy/Minimum-wage-hikes-sweep-China-in-common-prosperity-push

Les expatriés continueront à bénéficier d'exonérations fiscales

Les étrangers travaillant en Chine continueront de bénéficier d'une exonération fiscale sur huit catégories d'avantages sociaux pendant deux années de plus, jusqu'au 31 décembre 2023. Voici les huit catégories exonérées d’impôt :
  • Frais de location de logement
  • Frais d'éducation des enfants
  • Frais de formation linguistique
  • Frais de repas
  • Frais de pressing
  • Frais de réinstallation
  • Frais de voyage d'affaires
  • Frais de congé à domicile
Ces exonérations peuvent compter jusqu’à 40% du salaire. Les entreprises multinationales et la chambre européenne de Commerce en Chine se sont félicitées de cette annonce qui devrait éviter que trop d’expatriés ne quittent la Chine. En 10 ans, le nombre d’expatriés a baissé de 20 % à Shanghai et de 40% à Pékin. Le 1er janvier, les expatriés devaient se soumettre au même régime fiscal que les Chinois.

Sources : https://www.scmp.com/economy/china-economy/article/3162098/chinas-extension-expat-tax-breaks-praised-western-companies https://www.theedgemarkets.com/article/chinas-expat-tax-change-forces-firms-rethink-compensation

Chine post-COVID et RH

Aujourd’hui, alors que la Chine passe tout doucement à une réalité post-COVID, des perspectives commencent à émerger, qui pourraient profondément transformer le monde RH à l’avenir. Voici cinq grandes tendances à suivre :

L’automatisation et la numérisation motivent la prise de décision

Une étude récente menée auprès de plus de 350 cadres supérieurs de Chine en dit long sur la manière dont les entreprises ont opéré pendant la pandémie. De nombreux sondés ont indiqué que toutes sortes d’activités quotidiennes avaient été automatisées. La communication entre les dirigeants et les employés a également connu une numérisation accélérée. L’utilisation d’outils numériques comme les plateformes de visioconférence et la nécessité d’accéder en temps réel à des données pour prendre des décisions cruciales ont, d’une certaine manière, réduit la charge administrative interne. Certaines institutions ont d’ailleurs encouragé leurs hauts dirigeants à impliquer de plus grandes parties de leurs équipes dans la prise de décision à l’aide d’outils d’analyse numériques, passant d’une "gestion par l’expérience" à une "gestion par les données".

Concernant le sourcing et l’embauche, l’intelligence artificielle native (autrement dit, l’adéquation des candidats et l’aide à la planification) ainsi que l’apprentissage automatique (l’analyse des CV et les recommandations automatisées d’emplois) vont prendre une importance accrue alors que les entreprises cherchent à rationaliser et à automatiser davantage l’acquisition de talents. Sources : https://hbr.org/2020/06/lessons-from-chinese-companies-response-to-covid-19

Une main-d’œuvre ayant des compétences dans le numérique est désormais indispensable

Un environnement de travail numérique nécessite une main-d’œuvre formée au numérique. Si les entreprises ont dû fortement accélérer leurs stratégies de numérisation, les travailleurs de tous les secteurs ont quant à eux dû s’adapter rapidement à des conditions de travail en pleine mutation. Les directions ont commencé à mettre en place des systèmes destinés à s’assurer que les compétences pratiques et comportements nouveaux soient intégrés dans leur entreprise et le demeurent après la pandémie.

De nombreuses entreprises ont profité du gel des embauches pour se tourner vers leurs ressources propres et instaurer des politiques de mobilité interne qui leur ont permis de tirer le meilleur parti des forces à leur disposition. Une telle stratégie a non seulement permis aux employés de développer leurs compétences mais aussi de renforcer leur implication en mettant en avant le fait que l’entreprise était prête à soutenir leur carrière. La pandémie a été en quelque sorte le déclencheur d’un programme dont les avantages perdureront.

Les applications sur la productivité ont pris leur envol

En raison de la distanciation sociale et du télétravail, l’utilisation d’applications de bureau a fortement augmenté, ce qui n’est pas vraiment surprenant. Cependant, leur augmentation réelle est plus révélatrice qu’il n’y paraît. Partout dans le monde, l’attention a surtout été portée sur Teams et Zoom, qui ont connu une hausse de leur utilisation de 894 et 677 %, respectivement, depuis le début de la pandémie. Mais les applications de productivité au travail en Chine ont gagné plus de 308 millions d’utilisateurs au cours de cette période, soit presque l’équivalent de la population des États-Unis.

Prenons WeChat Work par exemple, la plate-forme de gestion d’administration d’entreprise qui combine l’écosystème WeChat à des fonctions spécifiques pour gérer les communications au sein des entreprises. WeChat Work a été utile à plus de 220 millions de personnes pendant la pandémie grâce à sa fonctionnalité multiconférence, qui en fait l’un des leaders du marché et le fer de lance de la révolution numérique dans le monde du travail en Chine.

Des réunions en présentiel aux évènements virtuels

L’étude mentionnée plus haut, indique que les dirigeants en Chine ont déclaré que pendant la pandémie, les communications, bien que virtuelles, étaient parfois plus personnelles. Les évènements virtuels ont également connu une hausse. Ces derniers sont largement considérés comme étant plus directs, plus brefs et plus axés sur les objectifs que les rassemblements en personne et donc, plus efficaces.

Les évènements virtuels ne sont pas près de disparaître, même lorsque la crise sanitaire sera derrière nous. Sans doute y aura – t - il toujours une envie d’interagir et de faire du networking en face à face, mais les avantages indéniables et les retours sur investissement qui découlent des évènements virtuels par rapport au présentiel joueront encore un rôle majeur à l’avenir.

Prendre le temps de travailler son image de marque

Bien que pour l’instant cela puisse sembler une tâche titanesque, de nombreuses entreprises mettent tout en œuvre pour se préparer à la reprise des embauches, peu importe quand elle se produira. Pour ce faire, l’une des manières les plus efficaces est de s’atteler à soigner son image de marque et d’identifier une liste de candidats potentiels. Shell a ainsi renforcé son image de marque en faisant appel aux plateformes numériques et à la collaboration au-delà des frontières. L’une de ses initiatives les plus populaires est sa campagne récente pour la journée internationale des droits des Femmes, qui encourageait les employées à partager des histoires vécues ainsi que des selfies, via des communications internes, des groupes WeChat d’entreprise et leur propre réseau Shell Women. Après avoir compilé plus de 50 témoignages, les dix meilleurs récits ont été sélectionnés et partagés via les comptes China Recruitment de WeChat et Weibo, où ils ont attiré 6 800 votes et 8 500 vues par les abonnés. La campagne a permis à Shell de mettre en avant sa diversité et son inclusivité. On peut dire sans se tromper que, malgré tous les revers qu’ont subis les entreprises à cause de la pandémie ces derniers mois, de nombreuses transformations ont été initiées, qui auront un impact durable sur le monde des RH. Source :https://www.avature.net/fr/blogs/5-tendances-rh-qui-emergent-en-chine-pendant-la-pandemie/ > De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille

L'Inde n'est pas épargnée par l'épidémie Omicron. Chaque Etat développe des mesures différentes de son côté, allant parfois jusqu'au reconfinement comme à New Delhi début janvier. Pour autant, les RH peinent à trouver de la main d'oeuvre et ce, aux deux bouts du spectre. Aussi bien dans des métiers très qualifiés que peu qualifiés.

L'embauche se poursuit, surtout dans les secteurs technologiques

Le rythme des embauches de cols blancs durant les 4-5 derniers mois devrait se maintenir sur le marché indien malgré la menace Omicron, selon plusieurs dirigeants de société. A moins qu’il n’y ait une troisième vague intense de la pandémie qui entraîne des restrictions supplémentaires et une perturbation de la chaîne d’approvisionnement. De grandes entreprises telles que Tata Steel, Axis Bank, RPG Enterprises et Motilal Oswal Financial Services, ainsi que des startups comme Upgrad ont déclaré qu’elles ne s’attendaient pas à ce que l’embauche soit affectée. "Nous ne voyons aucun impact sur nos plans d’embauche", a déclaré un porte-parole de Tata Steel. Axis Bank va également de l’avant avec ses projets de recrutement. "Nous avons continué à investir dans le renforcement des capacités conformément à nos objectifs au cours des deux dernières vagues et cela devrait se poursuivre", selon Rajkamal Vempati, responsable des Ressources humaines à la banque du secteur privé. RPG Enterprises ne change rien non plus. "Nous avons un très haut pourcentage d’employés doublement vaccinés et poursuivons nos efforts pour la santé et la sécurité des personnes qui travaillent pour nous", insiste S.Venkatesh, président du groupe et DRH groupe. "L’écart entre l’offre et la demande conduit à une recherche accrue. Il y a une demande de talents sur les postes technologiques et non technologiques", selon Sudhir Dhar, directeur exécutif, DRH, chez Motilal Oswal Financial Services, ajoutant : "Nous gardons un œil constant sur les développements liés au Covid, mais je ne pense pas que cela ait un impact sur les projets d’embauche." Les entreprises de la nouvelle économie ainsi que les majors du commerce électronique, qui débordent de liquidités et se développent à un rythme accéléré après la dernière crise du Covid, devraient continuer également à embaucher, malgré les inquiétudes suscitées par une éventuelle troisième vague. Elles sont confrontées à un turnover croissant et à des abandons record, des candidats rejetant l'offre d’une entreprise pour en prendre une autre. "Nous continuons pour l'instant sur notre lignée et il en va de même pour les plans futurs", a déclaré Mayank Kumar, cofondateur de la société de technologie de l’éducation upGrad.

"Le plan est d’augmenter la base d’employés de 1 000 à 1 500 au niveau des sociétés du groupe ainsi que de répondre aux besoins de nos équipes indiennes et mondiales d’ici la fin de cet exercice", a-t-il déclaré. Dans des secteurs tels que l’informatique, la digitalisation, les start-up, la technologie et les services financiers, les besoins restent élevés. Sur les campus, les étudiants avec des profils qui y répondent sont en ce moment hautement sollicités. Les entreprises réfléchissent à toujours plus de flexibilité pour les attirer.

Tension sur les emplois en analyse de données

96% des entreprises prévoient certainement ou probablement d’embaucher de nouveaux employés possédant les compétences pertinentes pour occuper de futurs postes liés à l’analyse de données volumineuses. Ce sera probablement les profils les plus demandés en 2022 en Inde, selon le rapport Monster Annual Trends.

Le rôle de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique (machine learning) ne fera que s’accroître en 2022, avec une augmentation significative de la demande de talents dans ces domaines. Parmi les secteurs déjà stimulés par la dématérialisation figurent les paiements électroniques.

Forte augmentation du commerce électronique et du paiement dématérialisé

L'Inde a une longueur d'avance dans le secteur du paiement dématérialisé. Un grand nombre d'hommes d'affaires travaillent depuis Singapour sur ce segment et dans le pays même, nombre de start-up se créent. Le groupe Cashfree Payments, par exemple, travaille en étroite collaboration avec les principales banques pour construire les passerelles de paiement de base et l’infrastructure bancaire qui alimentent les produits de l’entreprise. Ses solutions sont également intégrées aux principales plates-formes telles que Shopify, Wix, PayPal, Amazon Pay, Paytm et Google Pay. Outre l’Inde, ses produits sont utilisés dans huit autres pays, dont les États-Unis, le Canada et les Émirats Arabes Unis.

La société est soutenue par l’investisseur de la Silicon Valley Y Combinator, Apis Partners, State Bank of India (SBI) et a été incubée par PayPal. Elle cherche à doubler ses effectifs en 2022, en dépassant un effectif de 600 personnes d’ici mars et de 950 d’ici décembre. L’embauche en 2021 comprenait également des rôles de leadership au sein des équipes d’ingénierie, de gestion des produits, de stratégie et de croissance.

L'Inde a déclaré vouloir devenir un pôle stratégique pour les semi-conducteurs

Alors que les pénuries sont manifestes, le gouvernement Modi a annoncé un programme chiffré à 10 milliards de dollars qui vise à transformer l’Inde en un hub pour les semi-conducteurs. Ce programme portera sur 20 ans et vise l'ensemble de la chaîne de valeur (puces, écrans, batteries, équipements de réseau, etc..). Il passera par la formation de 85.000 ingénieurs hautement qualifiés.

Une loi pour encadrer le télétravail

Avec l'installation dans la durée de la pandémie, le gouvernement indien veut légiférer, comme d'autres pays, sur les conditions du télétravail qui s'est généralisé dans les métiers qui s'y prêtent. En janvier 2021, le gouvernement avait en quelque sorte officialisé le travail à domicile pour le secteur des services en permettant aux employeurs et aux employés de décider mutuellement des heures de travail et d’autres conditions de service. Il souhaite à présent étendre cette disposition à l'ensemble des secteurs, selon un porte-parole des autorités.

En effet, il y a un consensus au sein du gouvernement pour présenter une loi donnant un cadre juridique au travail à domicile ou au travail hybride, qui définira la responsabilité des employeurs. Parmi les pistes auxquelles les autorités réfléchissent figurent la fixation des heures de travail des employés et le paiement des dépenses supplémentaires engagées par eux pour l’électricité et l’utilisation d’Internet à domicile.

Choisir la bonne carrière : vers la fin du modèle unique des métiers d'ingénieurs ?

Voici une preuve que les temps changent. Alors que la bonne société indienne poussait systématiquement sa progéniture vers les sciences dures —et notamment vers les écoles d'ingénieur— on voit aujourd'hui apparaître une réflexion, et même des outils, destinés à évaluer les talents des jeunes. Reconnaissant ce besoin, la plate-forme de gestion de carrière et du cycle de vie Genleap veut aider les individus à découvrir leurs talents et leurs forces dans de multiples dimensions et à s’assurer qu’ils bénéficient de cet écosystème avec des partenaires, des conseillers, des mentors et des employeurs pertinents. Un dispositif qui peut évidemment susciter des critiques, notamment avec le recours à des tests génétiques et toutes les dérives que cela peut supposer. Le dispositif n’hésite pas à convoquer l'astrologie, bien ancrée dans la vie de la plupart des Indiens. Voici ce que disent les concepteurs de Genleap : "Découvrir ses capacités innées n’est pas toujours facile, mais si le potentiel caché d’un enfant est découvert tôt, les parents ont plus de temps pour nourrir leur enfant sur la piste pertinente. Cela peut faire beaucoup pour que les enfants aient une vie épanouissante et heureuse. Actuellement, les méthodes de tests psychométriques sont le format le plus populaire pour découvrir les aptitudes mentales. Pourtant, ces tests ne donnent qu’une compréhension unidimensionnelle de la personne et, de plus, la validité des résultats varie dans le temps. Par conséquent, il est nécessaire de déterminer et de découvrir plus de dimensions, comme la force mentale et la disposition génétique, qui donnent une idée plus large de ce dont une personne est capable". "Notre mission est d’aider les gens à tirer parti de leur talent et de leur fournir le bon environnement afin qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Notre plateforme permet aux gens de découvrir leurs qualités uniques – personnalité, talent, intérêts. Et elle les met en relation avec des partenaires pertinents pour l’éducation et le développement – qu’il s’agisse de passe-temps, de compétences de vie ou de carrières – afin qu’ils vivent une vie utile et épanouissante", explique le fondateur et co-PDG de Genleap, Nimish Gupta. Une fois qu’un utilisateur s’inscrira sur la plateforme, il entreprendra trois types d’évaluation. Tout d’abord, un échantillon de salive sera prélevé directement pour des tests ADN. Il devra ensuite passer des tests psychométriques. L’utilisateur devra enfin partager la date, l’heure et le lieu de naissance, à des fins astrologiques. Sur la base de ces trois points de données, la plate-forme proposera les 10 meilleurs choix de carrière pour l’enfant ou l’adulte. La société ne se limite pas à ces tests. Elle connecte également les individus à un écosystème d’écoles, de collèges, de plates-formes de technologie et de carrière et d’employeurs, canalisant les meilleurs talents sous la forme d’une amélioration pertinente de leurs compétences. La psychologue Riddhi Doshi Patel rappelle que l’initiative doit être située dans un contexte où des milliers d’options de carrière existent, parmi lesquelles il convient de choisir : "Il peut être difficile de décider ce qui est le mieux pour votre enfant et dans quelle discipline il serait le meilleur. Une plate-forme de découverte de soi comme GENLEAP sera d’un grand bénéfice pour identifier très tôt les talents et devenir compétent dans ces domaines", dit-elle.

La plate-forme de gestion de carrière sera officiellement lancée pour le public en janvier 2022, et le coût de chaque programme sera de 10 000 roupies dans un premier temps. La société a déjà levé l’équivalent de 8 millions de dollars lors d’un tour de financement auprès d’un groupe d’investisseurs.

L'offre d’apprentissage numérique progresse...mais les élèves ont du mal à suivre

Les cours en ligne et en mode hybride se développent fortement, ce qui suscite une émulation dans le secteur des fournisseurs de solutions. La société Edtech Lead School a levé 100 millions de dollars auprès d’investisseurs dirigés par GSV Ventures et WestBridge Capital, doublant ainsi sa valorisation en moins d’un an pour atteindre 1,1 milliard de dollars. Basée à Mumbai, elle fournit des solutions technologiques aux écoles en mettant l’accent sur l’apprentissage numérique grâce à un modèle en ligne ou hybride de salles de classe. Elle avait déjà levé 30 millions de dollars en avril de l’année dernière. Lead School est la troisième start-up à entrer dans le club des licornes indiennes en 2022 après Mamaearth et Fractal, et la 6e compagnie dite "edtech" à atteindre le statut de licorne. Elle travaille avec 5 000 écoles dans 500 villes. D’ici le début du prochain exercice, l’entreprise vise à atteindre 2 millions d’étudiants à travers le pays. Rappelons cependant que l’Inde compte environ 1,5 million d’écoles, dont un demi-million sont privées. Lead School n’a atteint pour l'heure que 1% de ce nombre, soit 5 000. Les ratés de l'enseignement en ligne sont reconnus. En témoigne ce discours récent de Shaheen Mistri, CEO of Teach For India "Les 600 derniers jours (et ce n’est pas fini) ont été parmi les plus éprouvants pour les enfants indiens. Les fermetures d’écoles ont eu de vastes répercussions. La perte d’apprentissage, l’anxiété mentale, le stress et l’isolement ont explosé et la violence contre les enfants a considérablement augmenté. De nombreuses écoles privées à petit budget ont perdu plus de 50% de leurs élèves de manière permanente et ont lâché 50% de leurs enseignants. Et l'enseignement en ligne n’a tout simplement pas fonctionné. Pour 60% des enfants indiens, cela n’a pas fonctionné parce qu’ils n’ont pas accès au matériel. Pour ceux qui l’ont, cela n’a pas fonctionné parce que les enfants n’aiment pas apprendre en ligne, et les enseignants, en grande partie, n’ont pas été en mesure de créer des liens en ligne, de s’adapter à l’enseignement en ligne ou de mesurer l’apprentissage sur ce mode." Parmi les conséquences, "la liste est longue : le mariage des enfants est en hausse, ainsi que le travail des enfants. Les enfants sont plus obèses. Ils développent des problèmes oculaires avec de longues heures à regarder un écran. Ils s’ennuient et veulent jouer. Les conséquences à long terme de cette situation sur nos enfants sont catastrophiques. Pour beaucoup d’entre eux, cela affectera les collèges qu’ils fréquentent, les emplois qu’ils obtiennent et leur capacité à se socialiser".  

> De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

Les données annuelles de l’Osservatorio Smart Working

Le travail agile est entré dans les mœurs et restera présent dans 89% des grandes entreprises : tel est le principal enseignement de la recherche annuelle de l’Osservatorio Smart working, réalisée par la prestigieuse School of Management du Politecnico de Milan et présentée le 3 novembre. L’année 2021 a certes vu le nombre de smart workers baisser par rapport à la phase d’urgence sanitaire de 2020 : l’observatoire l’estime à 5,37 millions de personnes en mars 2021, 4,71 millions en juin 2021 et environ 4 millions en septembre 2021. "L’expérience de la pandémie a fait évoluer les modèles d’organisation du travail et a changé les attentes des entreprises et des travailleurs, qui ont pu constater concrètement les avantages de modèles plus flexibles et intelligents. Le Smart Working représente désormais une tendance imparable, malgré des dynamiques différentes suivant le type d’organisation", a expliqué Mariano Corso, responsable scientifique de l’observatoire, dans un entretien au quotidien Italien Il Sole 24 Ore. Selon l’observatoire, le travail hybride du futur devrait concerner près de 4,4 millions de personnes (contre 570.000 en pré-pandémie), avec une organisation qui, dans les grandes entreprises, s’articulera sur 3 jours par semaine à distance. Les PME ont une approche différente : un tiers de celles qui ont expérimenté le travail à distance durant la pandémie prévoit de l’abandonner. Du côté des grandes entreprises, 81% des sondés ont mis en place des projets de Smart Working, plus ou moins structurés, contre 65% en 2019. Parmi les principaux bénéfices constatés par les employeurs, 89% notent une amélioration de la conciliation vie privée – vie professionnelle et 59% une hausse de l’efficacité et de l’efficience. En revanche, 55% jugent que la communication entre travailleurs s’est détériorée et 30% ont noté une baisse de l’engagement. Du côté des salariés, l’observatoire a sondé 1.000 personnes, faisant apparaître des résultats contrastés :
  • 39% des travailleurs concernés estiment que leur conciliation vie privée – vie professionnelle s’est améliorée, mais 22% considèrent qu’elle s’est détériorée ;
  • 38% se sentent plus efficients, 35% plus efficaces ;
  • 32% estiment que la confiance entre managers et collaborateurs s’est accrue.
Toutefois, les smart workers sont seulement 7% à se sentir pleinement engagés (contre 18% en 2020, et 6% pour les autres travailleurs). En outre, le "technostress" (impact négatif de l’utilisation des technologies) a concerné 28% des smart workers contre 22% des autres salariés. Enfin, 17% de smart workers (contre 9% des autres travailleurs) ont déclaré une surcharge de travail. Cette surcharge a concerné 19% des femmes - contre 11% des hommes - et 19% des managers - contre 9% des collaborateurs. Corso conclut : "les grandes entreprises sont en train d’expérimenter de nouveaux modèles de travail, avec la recherche de nouveaux équilibres entre présence et distance (…) Mais dans les PME et les administrations, on est en train de revenir au travail en présence, en raison du manque de culture fondée sur les résultats. Un recul qui se heurte aux attentes des travailleurs et aux objectifs de digitalisation, de développement durable et d’inclusion du pays. Il est maintenant nécessaire de construire le futur du travail sur le vrai Smart Working, qui n’est pas une mesure d’urgence, mais un outil de modernisation qui pousse à repenser les processus et les systèmes managériaux sous le signe de la flexibilité et de la méritocratie, en proposant aux travailleurs une plus grande autonomie et une responsabilisation sur les résultats". Sources : communiqué et infographie de l’Osservatorio Smart Working, 03/11 ; Il Sole 24 Ore, 03/11

Quels seront les avantages du Smart Working pour les salariés dans le futur ?

L’expérimentation sociale du Smart Working durant la pandémie est au centre d’une analyse de la revue de sciences sociales Il Mulino, conduite en deux phases : d’abord, 200 entretiens détaillés de salariés durant le premier confinement ; puis une enquête sur 900 personnes au printemps 2021, alors que la plupart des travailleurs étaient au moins partiellement revenus au bureau. Durant cette deuxième phase, la très grande majorité des sondés a plébiscité le travail hybride : la moitié des répondants opterait pour quelques jours de travail à distance par semaine, et presque un quart souhaiterait rester en distanciel la majorité du temps. Seuls 6% des sondés ont vécu une expérience totalement négative et espèrent ne plus travailler à distance dans le futur. "La possibilité de travailler à distance sera certainement un thème important dans la définition des contrats d’embauche des prochaines années (…) ; plus d’un tiers de nos interviewés déclarent, par exemple, qu’ils n’accepteraient pas volontiers une offre de travail qui, à parité de salaire et de rôle, exclut la possibilité de Smart Working. D’autre part, deux tiers accepteraient volontiers une proposition qui prévoit 75% du temps de travail à distance". La recherche ne minimise pas les problèmes posés par le travail hybride : 62,5% des répondants ont déclaré que leur charge de travail a augmenté (et seulement 8% qu’elle a diminué). Les temps et les rythmes de travail dépendent des sollicitations des collègues et des supérieurs et de la possibilité de déconnexion, qui, posent les auteurs de la recherche, doit être explicitement reconnue. Il est fondamental que les entreprises reconnaissent l’importance du temps de repos, "qui ne doit pas être envahi par le travail, même durant de brefs intervalles, pour avoir un effet bénéfique en termes de repos du cerveau et de bien-être individuel", éléments essentiels pour de bons niveaux de productivité. Le Smart Working durant la pandémie a aussi mis en évidence la difficulté liée aux lieux de travail à la maison. "Je mange où je travaille et je travaille où je mange", raconte ainsi une interviewée. Environ un tiers des répondants doivent en outre se déplacer durant la journée, par exemple pour libérer la table de la cuisine au moment du repas. "Cette difficulté a été ressentie plus fortement par les femmes, parce que les hommes, grâce à une plus grande reconnaissance de leur rôle de travail au sein du couple, peuvent bénéficier plus souvent d’un espace qui leur est exclusivement réservé".

Les résultats de la recherche semblent donc indiquer une préférence des travailleurs pour la réalisation à distance de certaines activités, en alternant avec de longs moments de présence – en particulier pour tout ce qui demande davantage d’interactions. "La seule introduction de journées de travail à distance pourrait faire prévaloir les éléments négatifs expérimentés durant la pandémie", notent les auteurs, qui plaident pour la mise en place de formations concernant l’autogestion du temps. Source : S.Bertolini et G.Fullin, Il Mulino, 17/11

Le Smart Working n’est pas forcément favorable à la conciliation vie privée – vie professionnelle

Contredisant partiellement l’Osservatorio Smart Working (lire ci-dessus), quatre économistes de l’université Ca’ Foscari de Venise et de l’université de Padoue estiment, littérature scientifique à l’appui, que le Smart Working ne peut pas représenter une politique de conciliation vie privée – vie professionnelle. En termes de santé mentale, les hommes sans enfants ont bénéficié de la possibilité de travailler à domicile durant la pandémie, alors que les femmes ayant des enfants à la maison en ont souffert. Ce qui est cohérent, notent les auteurs, avec le fait que le Smart Working est moins apprécié par les femmes, notamment en raison de la répartition inégale des tâches domestiques.

Il faut donc que les politiques publiques soient prudentes dans le fait d’encourager le travail à distance : "L’argument ‘c’est une politique en faveur des femmes’ ne trouve pas de preuves dans les données", observent-ils.  Considérer le travail à distance – surtout à domicile – comme un instrument pour faciliter la conciliation vie privée – vie professionnelle relève, selon eux, d’une erreur de fond : "Le congé maternité et la loi 104 (assistance aux proches handicapés, ndt) aident à concilier famille et travail parce qu’ils permettent de rester à la maison sans travailler. Au contraire, le Smart Working permet certes de rester à la maison, mais en travaillant". Pour évaluer vraiment les bénéfices du travail à distance, il faut en considérer aussi les effets négatifs potentiels sur la santé mentale. Source : M. Bertoni, D.Cavapozzi, G.Pasini et C.Pavese, article publié sur Lavoce.info, 15/11

Contrôles et sécurité

Le Smart Working ouvre un nouveau front pour les DRH : celui des contrôles sur le travail à distance. Selon une enquête sur plus de 100 entreprises conduite par l’association GIDP (groupe intersectoriel de directeurs du personnel) et la société d’investigation Abbrevia, 3 entreprises sur 4 sont intervenues pour réguler le travail à distance, par exemple les horaires (25%) et les lieux de travail (20%). 16% seulement des DRH interviewés ont noté des abus dans l’usage du travail à distance, mais on observe des craintes croissantes en ce qui concerne les attaques informatiques : 13% des grandes entreprises interrogées ont lancé des enquêtes pour identifier des vols de données ou des fraudes visant les salariés. "C’est un signal d’alarme, a estimé la présidente du GIDP, Marina Verderajme. Il faut réformer le travail à distance en mettant au centre la sécurité des personnes et des données. Il faut faire de la formation pour limiter les comportements à risque, et donner aux travailleurs des instruments sûrs et des réseaux protégés". Cet été, une attaque informatique a paralysé une partie des services informatiques de la région de Rome (Latium), notamment les réservations des vaccinations anti-Covid, des hackers ayant violé la sécurité du PC d’un télétravailleur de la collectivité territoriale. Source : Il Sole 24 Ore, 08/11

> De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Les compétences attractives des anciens athlètes

A-cial Design est une entreprise qui aide les anciens athlètes et les étudiants sportifs en recherche d’emploi. Le PDG Shota Kozono raconte que, jusqu’à présent, sa société a aidé environ 5000 sportifs, dont la plupart sont d’anciens athlètes. "Les personnes qui ont consacré leur vie au sport ne savent pas quoi faire après leur licenciement en tant que joueurs. Beaucoup n’ont jamais écrit de CV", explique Kozono. Les anciens athlètes, demandant conseil à A-cial Design, passent un entretien et un test d’aptitude, puis examinent avec la société comment relier leurs antécédents de pratique sportive à leurs points forts. Par exemple, l’ancien athlète qui considère comme naturel le fait de "s’être levé tous les jours à 4h du matin pour courir 40 km", a tendance à penser que "cela ne vaut pas la peine de le dire". Toutefois, Kozono analyse que cela représente un grand avantage lors de la recherche d’emploi. En effet, de plus en plus d’entreprises constatent la diminution du nombre de jeunes s’appliquant à une tâche avec enthousiasme. En outre, aujourd’hui, beaucoup de sociétés recherchent des personnes qui prennent des initiatives. Le PDG d’A-cial Design note que les meilleurs athlètes élaborent des plans et les améliorent sans cesse.

Une fois que le candidat passe et réussit l’entretien d’embauche auprès d’un employeur et que son embauche est officiellement annoncée, il commence un stage organisé par A-cial Design, qui définit des objectifs dès la prise de poste. "En établissant des buts, tels que devenir un commercial de premier rang, devenir leader, on peut s’investir au travail en ayant confiance en soi", commente Kozono. Source : Weekly Economist

Mettre en valeur les femmes PDG

Toyo Keizai consacre un article à la mise en valeur des femmes actives. Le nombre de femmes PDG est en hausse. Néanmoins, dans la plupart des entreprises japonaises adoptant le "nenko joretsu", c’est-à-dire le système où les salariés touchent plus en fonction de l’âge et auquel les entreprises japonaises restent très attachées, la nomination de femmes aux postes de cadre est rare. Il existe donc peu de potentielles PDG parmi leurs employés féminins. Dans ces conditions, le recrutement de femmes PDG doit se faire obligatoirement en externe. Certains s’opposent cependant à l’idée, disant que "le fait de nommer la personne à un poste important seulement parce que c’est une femme est inapproprié". La diversité n’est pas encore suffisamment assurée dans les sociétés japonaises et la plupart des PDG sont des personnes ayant réussi dans l’entreprise.

Parmi les femmes externes devenant PDG, on trouve principalement des avocates, des ex-hauts fonctionnaires ou des enseignantes universitaires. Le fait d’assurer la diversité au sein du conseil d’administration a pour but d’adopter différents points de vue et avis lors de la prise de décision. "Je n’ai mentionné que les femmes, mais il en est de même pour les étrangers ou les handicapés. Pour promouvoir la diversité, il est primordial de veiller à ce que les minorités puissent être représentées", souligne le journaliste. Source : Toyo Keizai

Le syndicat patronal défavorable au télétravail

Comme mesure de prévention contre le Covid-19, le gouvernement japonais demande aux entreprises qu’au moins 70% de leurs salariés soient en télétravail. Le 9 Nippon Keidanren (syndicat patronal des entreprises japonaises) a proposé de supprimer cette mesure, en se basant sur des "connaissances scientifiques". Masakazu Tokura, président du Keidanren, a constaté que, si la restriction du nombre de travailleurs en présentiel est "uniforme, elle empêche les activités économiques dans plusieurs secteurs" et qu’elle exerce une mauvaise influence sur l’économie. Source : Asahi

Prise de congés record

Le ministère de la Santé, du travail et des affaires sociales a effectué une enquête auprès de 4013 entreprises privées composées de plus de 30 employés, sur le taux moyen de prise de congés payés en 2020. Il était de 56,6%, record jamais atteint, chiffre de 0,3% supérieur à l’année précédente. Ce taux a tendance à être plus élevé dans les grandes entreprises. Source : Nikkei  

> De notre correspondant au Maroc

Transformation digitale du groupe Marjane

Le champion marocain de la grande distribution Marjane s’adapte au contexte, numérise sa distribution et externalise sa logistique du dernier kilomètre, "sourçant" dans le vivier de l’élite des start-uppeurs marocains. Plus de 7 000 produits sont référencés dans l’application Marjane qui offre ainsi un large choix e-commerce de produits alimentaires. Grâce à cette application, les clients ont la possibilité d’accéder au programme fidélité de Marjane, mais aussi à l’ensemble des promotions disponibles au niveau des magasins. En outre, les clients de l’enseigne peuvent cumuler des gains et bénéficier de la cagnotte offerte par Marjane pour chaque produit acheté ou en faire profiter d’autres personnes à travers des dons réalisés via cette solution mobile.

Quelques mois seulement après le lancement de son e-commerce alimentaire, le groupe a récemment lancé la livraison express de courses en ligne. Ce nouveau service est disponible dans le Grand Casablanca, avant d’être généralisé dans d’autres villes, via la même application mobile Marjane. Concernant la logistique du dernier kilomètre, Marjane s’est appuyé sur la startup 100% marocaine Kaalix. Pour ce qui est du déploiement, Marjane a fait appel à un écosystème de partenaires technologiques marocains, Wynd Africa et Devoteam Africa. "Plusieurs fondamentaux ont été revisités en profondeur afin d’adopter des marqueurs digitaux de l’écosystème des startups, et offrir de la valeur ajoutée au client avec de l’innovation utile", explique Kamal Khalis, DGA en charge de la transformation digitale du Groupe Marjane.

Obligation du passe vaccinal en entreprise : droits et obligations de l’employeur et des salariés

Au sein des entreprises, les questions fusent quant à l’obligation du passe vaccinal. L’employeur peut-il exiger de ses salariés la présentation du passe ? Ces derniers risquent-ils le licenciement en cas de refus ? Pour répondre à ces questions, Médias24 a sondé quatre avocats. Voici leurs lectures respectives quant aux droits et obligations respectifs des employeurs et des salariés. “La présentation du passe vaccinal peut être exigée par l’employeur” Concernant le droit de l’employeur d’exiger de ses salariés la présentation du passe vaccinal, les quatre interlocuteurs sont unanimes : les salariés sont tenus de présenter le passe vaccinal à leur employeur. Pour Me Nesrine Roudane, avocate au barreau de Casablanca, "les employeurs, dont les entreprises entrent dans le périmètre du communiqué gouvernemental du 18 octobre, sont obligés de limiter l’accès aux seuls salariés en mesure de produire un passe vaccinal authentique et en cours de de validité". "Par conséquent, les salariés doivent présenter le passe vaccinal pour accéder aux entreprises énumérées dans le communiqué, notamment les établissements hôteliers et touristiques, les restaurants, les cafés, les espaces fermés, les commerces, les salles de sport et hammams", ajoute l’avocate. Selon elle, "la responsabilité personnelle des employeurs peut être recherchée s’ils font fi de cette obligation et ne mobilisent pas les moyens nécessaires pour faire respecter les instructions gouvernementales, dans le respect de la vie privée et des données sensibles de leurs salariés. Les contours de cette responsabilité ne sont pas clairement délimités, puisque le communiqué fait référence à la ‘responsabilité juridique’, ce qui englobe aussi bien la responsabilité pénale que civile", poursuit Me Roudane. Me Mourad Elajouti, avocat au barreau de Casablanca, donne une lecture similaire. Selon lui, l’employeur est en droit d’exiger du salarié la production d’un passe vaccinal ou d’un certificat de vaccination. Et ce, dans le cadre de l’article 24 du code du Travail. Cet article dispose que "l’employeur est tenu de prendre toutes les dispositions afin de préserver la sécurité, la santé et la dignité des salariés, dans l’accomplissement des tâches qu’ils exécutent sous sa direction". "Il résulte de cette situation que, pour les secteurs et les professions concernés, la présentation du passe vaccinal peut être exigée par l’employeur pour respecter ses propres obligations", indique l’avocat. Me Meriem Berrada, avocate au barreau de Casablanca, estime également que "l’employeur est en droit de refuser un salarié qui ne présente pas le document de vaccination". Et ce, "malgré le fondement légal contestable que constitue le communiqué gouvernemental". Me Berrada déplore que l’annonce du gouvernement soit faite par voie de communiqué, qui ne laisse pas de délai raisonnable aux salariés pour se faire vacciner. Elle regrette également l’absence d’une loi, fruit d’un débat parlementaire mené par les élus de la nation. "Le gouvernement devait, dès le début de la pandémie, installer un cadre juridique qui régit les relations entre employeur et salarié en temps de Covid, avec des dispositions sur le télétravail, la suspension et la résiliation du contrat de travail pour les activités touchées par le Covid", poursuit-elle. Pour sa part, Me Mahmoud Hassen, avocat inscrit aux barreaux de Tunis et de Paris et ancien avocat au barreau de Casablanca, estime que "dans le cadre de son obligation de vigilance et de prudence, l’employeur est tenu de prendre les mesures préventives nécessaires pour empêcher la propagation du virus au sein de l’entreprise à l’occasion de l’accomplissement du travail par les salariés". Selon l’avocat, "la loi accorde à l’employeur un pouvoir de direction et d’organisation pour assurer un fonctionnement adéquat de l’entreprise conformément à la législation sociale en vigueur. Dans ce cadre, l’employeur doit veiller à ce que les salariés ne causent pas un dommage à leurs collègues ainsi qu’aux personnes qui entrent en contact avec l’entreprise durant son fonctionnement. Ces considérations, qui relèvent de l’ordre public sanitaire, social et économique, permettent à l’employeur, dans le cadre de son pouvoir réglementaire, d’obliger ses salariés à présenter leurs passes vaccinaux. Toutefois, l’employeur doit accorder à ses salariés, un délai moralement raisonnable, qui tient compte de l’urgence, pour leur imposer cette obligation", ajoute Me Hassen. Me Roudane souligne, par ailleurs, la nécessité de mettre en place "les jalons nécessaires à la préservation des droits des salariés ; à savoir, effectuer un contrôle via une application gouvernementale qui protège les données médicales sensibles, mais aussi en offrant des alternatives qui ne pénalisent pas la bonne marche de l’entreprise". Suspension du contrat de travail, télétravail et congés payés… tout pour sauvegarder la relation de travail "Pour le moment, et en l’absence d’un texte qui détermine les modalités précises de l’obligation de présentation du passe vaccinal et les conséquences du refus, il conviendrait d’adopter une démarche prudente qui permet à l’employeur de respecter les obligations mises à sa charge et qui offre au salarié un minimum de sécurité", déclare Me Roudane. Elle estime qu’il serait "logique de suspendre le contrat de travail pour la durée de cette obligation de présentation du passe vaccinal pour accéder à un espace fermé, sachant que cette obligation, en tant que mesure de lutte contre la propagation de la pandémie, devrait, par nature, être transitoire". L’avocate propose de "recourir au télétravail pour les activités qui s’y prêtent ou à l’utilisation des congés payés, et toute autre mesure permettant de sauvegarder l’équilibre de la relation de travail dans le respect des consignes gouvernementales". C’est ce que suggère également Me Meriem Berrada. Selon elle, l’employeur qui fait face à un salarié récalcitrant peut, en premier lieu, "envisager le télétravail ou les congés payés et à défaut, suspendre le contrat de travail, dont l’effet juridique est l’absence d’obligations pour l’une et l’autre des parties". "La période de suspension du contrat de travail du salarié n’est pas assimilable à du temps de travail effectif, de sorte que le salarié ne percevra aucune rémunération durant toute la période de suspension de son contrat de travail. Si le salarié persiste à ne pas avoir de passe vaccinal, l’employeur peut le licencier, après mise en demeure restée infructueuse. Dans ce cas, l’employeur ne fait qu’appliquer la décision lato sensu qui l’oblige à ne pas laisser entrer un salarié qui n’a pas son passe vaccinal", précise Me Berrada. "Le licenciement pourrait être envisagé" En somme, Me Berrada estime que l’employeur peut licencier le salarié qui refuse de présenter le passe vaccinal, tout en laissant cette option extrême en dernier recours. Pour Me Hassen, "les salariés sont tenus de respecter les instructions et consignes que l’employeur peut ou doit prendre dans le cadre de son pouvoir économique de direction, d’organisation et de contrôle du fonctionnement approprié de l’entreprise. Ainsi, le refus des salariés de présenter leurs passes vaccinaux peut être qualifié de faute grave, dès lors que le refus est susceptible d’occasionner un dommage aux autres salariés et à l’entreprise, sauf si le refus d’un salarié est dûment justifié. Tel peut être le cas si un salarié ne peut se faire vacciner pour des raisons médicales relatives à sa propre personne". "L’employeur peut exercer son droit de soumettre le salarié concerné à une contre visite médicale pour vérifier ce point. Mise à part cette exception, le refus injustifié d’un salarié de présenter un passe vaccinal étant une faute grave, il peut être sanctionné par le licenciement. Toutefois, l’employeur doit préalablement infliger au salarié fautif des sanctions moins graves telles qu’un avertissement ou une mise à pied. Si ces mesures disciplinaires restent infructueuses, un licenciement peut être décidé à condition que l’employeur respecte la procédure préalable prévue par la loi", ajoute Me Hassen. "En attendant plus de précisions, le licenciement pourrait être envisagé si le refus injustifié de présenter le passe vaccinal porte, in fine, un préjudice certain et considérable à l’employeur et à la continuité de l’activité", indique Me Roudane. Pour sa part, Me Elajouti renvoie vers l’article 39 du code du Travail qui "prévoit, parmi les fautes graves, l’inobservation par le salarié des instructions à suivre pour garantir la sécurité du travail ou de l’établissement ayant causé un dommage considérable". Une telle faute grave pourrait justifier le licenciement du salarié qui "s’abstient de respecter les dispositions légales concernant le passe vaccinal. Cela dit, l’appréciation de la gravité de la faute ne peut être étudiée qu’au cas par cas par le juge", souligne l’avocat.

"L’employeur peut utiliser cette disposition légale afin d’imposer le passe vaccinal pour préserver la santé et la sécurité de ses employés", ajoute Me Elajouti qui insiste, par ailleurs, sur la nécessité pour le législateur de "se pencher sur la préparation d’un projet de loi qui comprenne toutes les mesures relatives à la gestion de la crise sanitaire, à l’instar d’autres pays, afin de donner à ces mesures une force légale". Source : Medis24.com

"1337", apprendre le numérique autrement

Parmi les expériences réussies dans la formation innovante dans le domaine du numérique, on citera "1337". Il s’agit de la première école au Maroc fondée sur le modèle pédagogique révolutionnaire du "Peer-Learning" (apprentissage par les pairs). Cette école a été lancée en 2018 à Khouribga. Dès sa première année, elle a formé une première promotion de 150 étudiants dans les métiers d’avenir de l’informatique. Cette école gratuite est le résultat d’un partenariat pédagogique entre le Groupe OCP et l’Ecole 42 fondée en 2013 à Paris. Elle repose sur le fonctionnement participatif qui permet aux étudiants de libérer leur créativité grâce à l’apprentissage par projet. Ainsi, elle forme les futurs codeurs avec des méthodes d’apprentissage plus ludiques dans un environnement créatif.

> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Une forte hausse des salaires pour les emplois les plus demandés

Le manque de main d’œuvre engendré par la pandémie, accentué par la difficulté d’accès aux travailleurs européens depuis le Brexit, a provoqué une véritable crise au Royaume-Uni. Au fil des premiers mois de l’année 2021, l’écart entre les demandes des employeurs et la disponibilité des employés n’a cessé de grandir : les entreprises cherchaient plus de 1,2 million de travailleurs fin novembre 2021, un record historique ! Pour y répondre, certains employeurs n’ont pas eu d’autre choix que d’accroître les salaires de leurs employés et de rendre leurs offres d’emplois plus attractives à ce point de vue, dans l’hôtellerie-restauration notamment. "Jusqu’alors, les employeurs décidaient souverainement des conditions de travail, notamment salariales," avance Jordan Sclare, le cuisinier en chef de Chotto Matte. "Aujourd’hui, les employés ont pris la main et menacent de partir si leurs conditions ne sont pas fortement améliorées." Depuis la réouverture des restaurants en avril 2021, il a augmenté deux fois les salaires, de £12-14 (14,1- 16,5 euros) par heure selon les emplois, à £14-£20 (16,5-23,5 euros) aujourd’hui. Il a également accordé aux employés de nouveaux avantages en nature et une plus grande flexibilité horaire. "C’est le seul moyen de trouver de nouveaux employés et de garder les employés présents." Ces hausses salariales sont encouragées par le Premier ministre Boris Johnson, qui les a même présentées comme l’un des dividendes du Brexit. "Je suis heureux de dire qu’après des années de stagnation —plus d'une décennie— les salaires augmentent plus vite qu’avant le début de la pandémie" avait-il lancé le 6 octobre lors de son discours de clôture du congrès du parti conservateur. Il avait rejeté l’utilisation du "levier de l’immigration incontrôlée pour maintenir les salaires bas". Le vice-premier ministre Dominic Raab s’était même insurgé de "l’addiction" des entreprises "à la main d’œuvre étrangère pas chère et non qualifiée". A la place, Boris Johnson a promis "un changement de cap attendu depuis longtemps dans l’économie britannique […] où chacun peut être fier de son travail et de la qualité de son travail", voulu par les gens lors du vote en faveur du Brexit en 2016 et lors de l’élection générale de 2019". Qu’en est-il vraiment ? Les salaires ont progressé de 4% entre octobre 2020 et octobre 2021, et de 7,6% depuis octobre 2019. L’hôtellerie-restauration et la manufacture alimentaire sont les plus affectés, mais de nombreux supermarchés ont augmenté leur salaire horaire minimum à £10 (12 euros), soit bien au-delà du salaire minimum de £8,91, qui passera à £9,50 en avril. Les avocats et les employés de la finance ont également profité de ce manque de main d’œuvre. Pourtant, "sans gains de productivité, cette politique de redistribution vers les salaires les plus faibles provoquera une hausse des prix", rappelle Jonathan Portes, professeur d’économie à l’université londonienne King’s College. Il redoute ainsi qu’"en raison de l’inflation, cette redistribution appauvrira le reste de la population qui n’aura pas bénéficié des hausses de salaire, tout en limitant la hausse du salaire réel des soi-disant bénéficiaires".

De fait, l’inflation de 5,2% enregistrée au cours des deux dernières années a sérieusement entamé les progressions salariales, quand elle n’a pas entraîné un recul du niveau de vie. Le salaire réel est déterminant pour percevoir la véritable progression du niveau de vie des Britanniques. Or, les données ne sont pas réjouissantes : le salaire hebdomadaire moyen réel d’octobre 2021 (£520, soit 613 euros) est seulement sur le point de rattraper le niveau qu’il avait atteint en février 2008, juste avant l’explosion de la crise financière.

Des règles migratoires flexibles, malgré le Brexit

Le Brexit devait être l’occasion pour les Britanniques de limiter l’immigration européenne et, plus largement, de contrôler leur immigration. Depuis le 1er janvier, les citoyens européens doivent en effet disposer d’un visa de travail pour travailler au Royaume-Uni. Le manque de main d’œuvre enregistré depuis le printemps a pourtant poussé le gouvernement à intervenir récemment : il a ouvert 5 000 visas d’urgence et temporaires destinés aux conducteurs de poids lourds et 5 500 visas valables jusqu’à Noël pour travailler chez un producteur de volaille. Il en est de même pour les personnels de soins, qui ont été ajoutés à la liste des métiers en pénurie. Ils pourront ainsi s’installer au Royaume-Uni avec leur famille et même s’y établir définitivement.

Les femmes toujours plus nombreuses aux postes élevés des grandes entreprises

Pour la première fois de l’histoire, les femmes sont majoritaires dans les conseils d’administration des 150 plus grosses entreprises listées du Royaume-Uni. Selon la firme de chercheurs de tête Spencer Stuart, 442 femmes occupaient des postes de directrices non-exécutives contre 422 hommes. Les femmes représentent 36% de tous les postes de directeurs, y compris présidentes et directrices exécutives, contre 12% il y a dix ans et 24% en 2016. Un bémol néanmoins : la tendance s’accélère bien plus lentement au niveau exécutif. Seulement 14% des directrices exécutives sont des femmes, soit le même niveau que l’an dernier, année pendant laquelle 18% des nouveaux directeurs exécutifs étaient des femmes. Seules 12 des 150 plus grosses entreprises cotées du pays sont dirigées par des femmes, soit 5 de plus qu’il y a 10 ans, et dans 22 d’entre elles, les femmes y occupent le poste de responsable financière. Les hommes occupent les quatre plus hautes positions dans 64 de ces 150 entreprises.

> De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

La base se mobilise

Le climat social s’est durci cet automne. On a vu plusieurs bastions hostiles aux syndicats assaillis par des militants désireux de se faire reconnaître dans les entrepôts (Amazon) et commerces (Starbucks). Nul ne sait encore s’ils réussiront, mais la résistance s’organise. On a vu aussi les employés de base se mettre en grève pour obtenir de meilleurs contrats de travail chez Volvo, Mondelez dans l’agro-alimentaire, Kellogg dans les céréales ou encore dans les machines agricoles de John Deere. Et contrairement aux habitudes, les syndicats ont été plusieurs fois dépassés par leurs troupes qui voulaient davantage que ce que leurs négociateurs avaient obtenu et maintenaient le mot d’ordre de grève. Ainsi chez John Deere, les arrêts de travail ont duré un bon mois et il a fallu attendre la troisième tentative d’accord pour finalement s’entendre. Les employés ont obtenu une hausse immédiate de 10% des salaires et un bonus de 8500$. Le tout sera suivi par une augmentation de 5% en 2023 et en 2025.

Les employés de Kaiser, dans la santé, ont eu aussi bataillé ferme et repoussé une offre qui mettait en place un système à 2 vitesses, les nouveaux entrants se voyant réduire salaire et avantages sociaux de 15% et les travailleurs temporaires (30% des effectifs) n’ayant pas de perspective d’intégration dans la force de travail permanente. La grève prolongée a permis d’éviter les coupes pour les nouveaux entrants. Le contrat sur 4 ans, finalement accepté, prévoit des hausses de salaire chaque année et le maintien des avantages sociaux.

Pourquoi s’en vont-ils ?

L’époque de la grande démission se prolonge aux Etats-Unis. Le ministère du Travail vient de sortir les statistiques de septembre : 4,4 millions de personnes ont quitté leur emploi durant ce mois, soit le plus haut niveau de départ depuis 20 ans. Quelles sont les raisons de cette fièvre de départs ? Les économistes évoquent les difficultés persistantes pour faire garder ses enfants. Les crèches et écoles n’ayant pas retrouvé leur niveau d’activité antérieur à l’épidémie, certains parents sont coincés à domicile. D’autres ont peur de s’exposer à la maladie en allant travailler. Enfin, la réouverture de l’économie a créé un gros appel d’air. Il y a en ce moment 10 postes disponibles pour 7 demandeurs d’emploi. Dans les secteurs où l’on n’est d’habitude pas bien payé, et où les avantages sociaux sont maigres, les démissions se multiplient…pour prendre un emploi mieux payé à côté, avec des horaires plus flexibles.

Les secteurs les plus touchés par les départs sont ceux qui demandent une présence physique au travail : éducation, commerce, industrie de la santé, hôtellerie, restauration…Pendant la pandémie, la pression a-t-elle été trop forte ? Les travailleurs ont-ils besoin d’évacuer leur stress, avant de revenir ? Une étude de la banque Goldman Sachs souligne en tous cas que les deux tiers des partants pendant l’épidémie avaient plus de 55 ans. Une bonne partie d’entre eux ont tout simplement pris leur retraite.

La semaine des 4 jours devient tendance

L’idée d’une semaine des 4 jours de travail, 3 jours de repos fait son chemin. Et l’épidémie de COVID n’a fait que renforcer les avocats de cette tendance. Les employés se sentent parfois fatigués, victimes de burnout. Et leur donner un jour supplémentaire pour se revigorer semble relever du bon sens. Une étude de Gallup en mars 2020 montre que seulement 5% des entreprises ont adopté cette nouvelle organisation. Mais celles qui l’ont fait disent avoir des salariés plus heureux et en meilleure forme. Parmi les compagnies qui ont sauté le pas, on compte Kickstarter, Buffer (médias sociaux), Shake Shack (fast-food), des éditeurs de logiciels Monograph, Buffer, PDQ, Bolt dans la fintech, Elephant Ventures dans l’ingénierie ou encore Primary, un site de ventes en ligne de vêtements pour enfants. Pour ces entreprises, libérer le vendredi est préventif. Cela évite pas mal de burnout. Et cela pousse à mieux planifier son temps : a-t-on vraiment besoin de cette réunion ? Doit-on envoyer des emails à tous ces gens ? On apprend ainsi à être plus sélectif.

Les 4 jours sont tellement dans l’air du temps qu’un élu démocrate en a fait un projet de loi. Il propose de changer le Fair Labor Standards Act des années 1930 en faisant des 32 heures par semaine la norme. Les entreprises pourraient toujours demander davantage de travail à leurs troupes, mais il faudrait les payer en heures supplémentaires au-delà de 32 heures.

Les avantages du payer plus

Payer plus ses petites mains est bénéfique pour l’entreprise. C’est la conclusion d’une enquête réalisée par l’institut Drucker et le Wall Street Journal auprès de 886 grandes entreprises cotées en bourse. Les entreprises qui paient le plus obtiennent un meilleur engagement de leurs troupes, plus d’efficacité et de responsabilité sociale. Conclusion : la productivité augmente et le turnover se réduit, ce qui entraîne une hausse des innovations et de la satisfaction des clients. La Harvard Business Review dit exactement la même chose en se concentrant sur la hausse à 15$ du minimum horaire chez Amazon, soit le double du minimum fédéral. Et pourquoi donc s’imposer des coûts supplémentaires ? Pour attirer plus de candidats, répond la Harvard Business Review, et parmi eux de meilleurs candidats. Avantage annexe : ceux qui sont mieux payés se sentent obligés de donner un meilleur service à l’employeur, en suivant le principe de réciprocité. Et cerise sur le gâteau, Amazon —qui n’a pas toujours une excellente réputation— endosse le rôle du bon employeur…vis-à-vis des pouvoirs publics.  

Article

Vu d’ailleurs : un survol international des pratiques RH

Article du 19 mai
> De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher
  • Coca-Cola Brésil veut plus de noirs aux postes à responsabilité
  • 81 % des chômeurs de longue durée sont issus des classes les plus défavorisées
  • Offrir à ses salariés une mutuelle pour ses animaux domestiques
  • Recruter et compter sur les personnes neurodivergentes
  • Les grandes entreprises vaccinent leurs salariés
  • La préoccupante situation des enfants qui travaillent
  • La pêche aux likes sur LinkedIn
  • Les femtech à l’assaut des investisseurs
>  De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • Reprise de l'embauche
  • Recherche de profils seniors pour négocier la période post-Covid
  • Fort turn-over, et clause de non-concurrence
  • Face à la cybercriminalité, certains groupes font le choix de la diversité des profils recrutés
>  De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • 240 000 jeunes diplômés introuvables, surtout dans les disciplines scientifiques et techniques
  • Près de 30 % des lycéens italiens s’imaginent travailler à l’étranger
  • Les bonnes pratiques de la parentalité en entreprise
  • La formation des salariés toujours plus importante dans les plans stratégiques
> De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Les défis du Rengô
  • Egalité professionnelle : le Japon encore à la traîne
  • Les nouvelles alliances politiques du Rengô
> De notre correspondant au Maroc
  • La question de l’intégration des jeunes du monde rural
  • Double emploi : Entre option et obligation
  • Tanger / OFPPT : Les ”Pro'Days” sous le signe du verdissement des métiers
  • Les informaticiens marocains toujours en tête des recrutements
  • L’outsourcing crée 10 000 emplois par an au Maroc
> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Le Brexit a bien provoqué une hausse salariale plus importante sur les emplois occupés par de nombreux Européens
  • P&O Ferries, le scandale qui a défrayé la chronique sociale britannique
> De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • Le travail à distance pour lutter contre l’inflation
  • Le travail à distance sollicité par les employés
  • Les nouveaux MBA raflent la mise
  • La loi antitrust lutte contre les ententes illégales sur les salaires
 

De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher

Coca-Cola Brésil veut plus de noirs aux postes à responsabilité

L’entreprise américaine veut atteindre les 30 % de postes de manager occupés par des afro-brésiliens d’ici 2030. En 2022, ils ne sont que 14 % à exercer des responsabilités alors même que selon le dernier sondage de grande ampleur qui date de 2010, plus de 55 % de la population se déclarent comme noirs ou métis. Cette mesure concerne aussi les collaborateurs : les afro-brésiliens devront passer de 30 % à 45 % au cours des huit prochaines années. Pour Leila Luz, gérante de la diversité et de l’inclusion du Groupe Coca-Cola au Brésil, ˝cette décision vise à faire réagir d’autres entreprises qui font partie de la chaîne de production du géant des sodas˝.

Au Brésil, la majorité des travailleurs informels qui n’ont aucun contrat de travail sont des afro-brésiliens. Pour certains, c’est la solution pour entreprendre, avec ce que cela suppose en termes de difficultés d’accès au crédit parmi les freins les plus rudes à déverrouiller, mais pour la plupart des Brésiliens, c’est la qualité de l’éducation publique qui représente un réel handicap lors de l’insertion sur le marché du travail. Plusieurs événements de grande ampleur tentent de valoriser l’afro-entreprenariat au Brésil, mais les vraies avancées pour de meilleurs emplois pour les classes populaires ne seront effectives que via des politiques publiques. En attendant, la Feira Preta (le plus grand événement de la culture noire d’Amérique Latine) qui célèbre en 2022 sa 20e année, vise à faire se rencontrer les investisseurs et producteurs/entrepreneurs noirs. Et pour la première fois, un événement appelé “Expo Favela” occupera les chics immeubles du World Trade Center de São Paulo pour montrer aux habitants du béton (hors des favelas) que les entrepreneurs des favelas sont pleins de talents.

81 % des chômeurs de longue durée sont issus des classes les plus défavorisées

Le scénario du chômage ne fait que s’empirer parmi les classes les moins favorisées. Il y a 3,7 millions de Brésiliens sans emploi depuis plus de deux ans. Parmi eux 81 % appartiennent aux classes D et E, les catégories qui gagnent moins de 2 000 reais par mois (environ 400 euros) selon une enquête réalisée par Tendências Consultoria Integrada et publiée par le journal O Estado de S. Paulo. Le nombre de personnes au chômage depuis plus de deux ans a augmenté dans le pays. En 2015, ces personnes représentaient 17 % des chômeurs ; aujourd'hui, elles en représentent 26 %, preuve de la difficulté à trouver un emploi. ˝La participation des plus pauvres au chômage de longue durée est supérieure à la participation de ces ménages dans la pyramide sociale (65,7% selon la PNAD – enquête annuelle réalisée auprès des ménages)˝, précise l'économiste Lucas Assis, responsable de l'enquête.

Dans un pays déjà très inégal, les chômeurs de longue durée des classes D et E croissent bien plus que ceux des classes qui gagnent mieux leur vie. Entre 2015 et 2021, le nombre de personnes sans emploi depuis plus de deux ans dans les classes D et E a augmenté de 173 % ; dans les classes C, 86 % ; en B, 53 % ; et en A, il a chuté de 37 %. ˝Être au chômage aussi longtemps, c'est désapprendre des tâches, être dépassé par les nouvelles pratiques et avoir du mal à être aussi productif qu'avant˝, explique l'économiste. En perdant ses qualifications et en vieillissant, le travailleur réduit considérablement ses chances de réintégrer le marché du travail par rapport à quelqu'un qui est au chômage depuis moins longtemps. À l'échelle nationale, ce tableau représente une réduction du potentiel de croissance de l'économie à moyen et à long terme.

Offrir à ses salariés une mutuelle pour ses animaux domestiques

Il s’agit certes de l’initiative d’une entreprise qui propose produits et services aux propriétaires de chiens et chats, mais l’idée vaut la peine d’être relevée. Petlove&CO a commencé à offrir un nouvel avantage aux employés qui ont des animaux de compagnie : une mutuelle pour les chiens et les chats. Une bonne nouvelle pour les 93 % des salariés qui ont un animal de compagnie. La mutuelle comprend des consultations illimitées chez le vétérinaire, tant au cabinet qu'à domicile, les vaccins, l'accès aux urgences, les tests de laboratoire et d'imagerie et les services funéraires. Moyennant une participation majorée du salarié, ce dernier peut souscrire une mutuelle plus haut de gamme, pour avoir accès à des cardiologues ou à l'acupuncture pour animaux domestiques. A noter que 67 % des foyers ont un animal domestique, soit plus de la moitié des Brésiliens.

Recruter et compter sur les personnes neurodivergentes

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 1 % de la population mondiale souffre de troubles du spectre autistique (TSA). Le nombre estimé d'enfants et d'adultes atteints du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) est de 4 %. Ces troubles et d'autres, tels que la dyslexie, qui rend l'apprentissage, la lecture et l'écriture difficiles, et le syndrome de La Tourette, qui déclenche des tics moteurs et vocaux, sont considérés comme neurodivers ou neurodivergents, des caractéristiques neurologiques différentes de celles considérées comme typiques. Et cette partie de la population a du mal à accéder au marché du travail ou à évoluer dans sa carrière. Mais les entreprises commencent à comprendre que l'intégration de cette population est fondamentale et nécessaire pour le business. ˝Un type de travail assez répétitif et sujet aux erreurs ne retient pas un salarié ˝typique˝ car il se lasse et quitte son poste alors qu’une personne, par exemple, qui présente des caractéristiques telles que l'hyperconcentration sur le spectre autistique, peut les exécuter avec de meilleurs résultats de productivité˝, explique le psychologue Marcelo Vitoriano, PDG de Specialisterne Brasil, une organisation à but non lucratif dont l’objectif est la qualification et l’inclusion des personnes atteintes d'autisme dans les entreprises. Danone, multinationale de l'industrie alimentaire, a actuellement quatre employés TSA, tous dans le domaine technologique, mais la volonté est d'étendre l'initiative à d'autres secteurs. ˝Nous avons eu des difficultés avec certains postes vacants et nous avons trouvé chez les personnes autistes les caractéristiques importantes pour notre entreprise˝, explique Letícia Araújo, responsable de la culture, de l'innovation et de la diversité chez Danone. Avant d’intégrer ces salariés, l'entreprise a organisé un atelier avec le responsable de secteur et toute l'équipe, afin qu'ils puissent les recevoir de manière inclusive et empathique. De plus, les RH surveillent périodiquement l'évolution de ces travailleurs. La société pharmaceutique AstraZeneca vient de constituer un groupe sur ce sujet, avec la participation volontaire des salariés. L'initiative, appelée Think, existe déjà dans d'autres unités de l'entreprise à travers le monde. ˝La première mission est de sensibiliser les gens à ce qu'est la neurodiversité et de comprendre les défis de ces salariés et de leurs proches, explique Rafaella Lopes, DRH chez AstraZeneca Brasil. La prochaine étape consiste à inclure activement ces groupes dans notre équipe˝.

L’entreprise biopharmaceutique mondiale Takeda a également commencé son expérience avec la diversité neurologique en 2019, en débattant du sujet dans les comités de diversité et d'inclusion, qui sont devenus un domaine stratégique de l'entreprise en 2021. Actuellement, l'entreprise a un projet pilote développé en partenariat avec Specialisterne qui a permis l'embauche de quatre salariés avec TSA pour les domaines des RH, des affaires médicales, des neurosciences et de l'exploitation commerciale. ˝Notre employé RH est extrêmement minutieux et très concentré, il aime travailler avec des feuilles de calcul et la technologie, mais il ne s'adapte pas à un environnement bruyant, explique Eliane Pereira, directrice exécutive des ressources humaines chez Takeda. Nous avons donc cherché quel rôle lui conviendrait le mieux et comment le mettre dans un environnement détendu˝. Selon Eliane, la première semaine du nouvel employé a été essentielle pour mieux comprendre l'importance de faire des ajustements à la routine…

Les grandes entreprises vaccinent leurs salariés

Au Brésil, les vaccins ont mis beaucoup de temps à arriver, alors même que le pays était touché de plein fouet par le coronavirus. Pour les moins de 40 ans, il a fallu attendre septembre 2021 ! La multinationale allemande Siemens a donc décidé de promouvoir activement la vaccination parmi ses salariés. Aujourd'hui, moins de douze mois plus tard, 99,7 % des travailleurs de Siemens sont entièrement vaccinés (double ou simple dose), le meilleur pourcentage de l'entreprise au monde — la moyenne mondiale des employés vaccinés chez Siemens se situe entre 70 % et 75 %.

˝Nous accueillons toutes sortes d'opinions, de choix et de modes de vie, mais nos valeurs sont ouvertement pro-science, explique la directrice des personnes et de l'organisation Caroline Zilinski. Et la première étape pour obtenir des chiffres aussi intéressants a été d'être explicite et direct dès le départ˝.  Même sans intention de reprendre le travail en présentiel en 2021, l'entreprise a encouragé les employés à envoyer leurs certificats de vaccination et a gardé les informations sécurisées et limitées à l'équipe de santé interne. Siemens a également invité les médecins à parler de sujets liés à la pandémie au sein du groupe.

La préoccupante situation des enfants qui travaillent

Le nombre d’enfants brésiliens âgés de 7 à 14 ans effectuant une forme quelconque de travail pourrait être environ sept fois supérieur à ce qu'indiquent les statistiques officielles, selon une étude se fondant sur les données de la Banque mondiale. Le rapport estime que 5,7 millions d'enfants seraient dans cette situation. En 2015, les données montraient que 2,5 % des enfants brésiliens de cette tranche d'âge travaillaient, soit 738 600 personnes, selon les données les plus récentes du WDI (World Development Indicators), une compilation de statistiques internationales de la Banque mondiale. Mais une étude du chercheur brésilien Guilherme Lichand, de l'Université de Zurich (Suisse), et de Sharon Wolf, de l'Université de Pennsylvanie (USA), a conclu que ce pourcentage serait en réalité de 19,15 %, soit 5,658 millions d'enfants.

Le président Jair Bolsonaro (PL-extrême droite) a plusieurs fois défendu publiquement le travail infantile. Or cette pratique, en milieu rural ou urbain, porte un préjudice aux possibilités de scolarisation et d’une future insertion sur le marché professionnel dénoncent les ONG liées à la défense des droits humains et de l’enfance. Les chiffres sont réduits quand les études se basent sur les réponses des parents, qui nient souvent que leurs enfants travaillent. Les secteurs de l’agriculture (principalement le cacao) sont les plus touchés.

La pêche aux likes sur LinkedIn

Depuis quelques semaines, les posts des candidats brésiliens sur LinkedIn se succèdent et se ressemblent. ˝Votre like peut m’aider à trouver un emploi˝ écrivent les demandeurs d’emploi, avec une photo d’eux très souriants, leur CV en pdf et une dizaine de grandes entreprises tagguées sous leur post. En général les RH répondent en commentaire en indiquant leur plateforme de recrutement et souhaitent ˝bonne chance˝ aux candidats. Avec près de 1,8 million de followers sur la plateforme, la spécialiste RH Carolina Martins affirme que seuls 2 % des candidats connaissent les fonctionnalités de LinkedIn alors même que 90 % des recruteurs comptent sur ce réseau social pour trouver leurs futurs collaborateurs. Elle propose donc régulièrement des cours gratuits pour connaître les mots clés qui attirent les recruteurs et mettre en valeur son profil. Cette vague spontanée de candidats peu qualifiés montre à la fois le manque de connaissances techniques des méthodes de recherche d’emploi dans un monde de plus en plus digital et l’augmentation croissante de demandeurs d’emploi dans un pays miné par la crise économique et sanitaire.

Les femtech à l’assaut des investisseurs

Les start-up qui mettent en avant des entrepreneuses féminines, mères et porteuses de projets tech ont le vent en poupe. Cette semaine, les deux fondatrices de Theia, enceintes et fières de l’être, ont capté 30 millions de reais (5,8 millions d’euros) d’un fond américain pour leur entreprise. Conscientes du très haut taux de césariennes au Brésil (85 % dans les maternités privées alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande un taux de 15 %), elles proposent aux femmes de s’approprier les informations de santé publiques dont elles manquent pour faire un choix éclairé. ˝Nous avons multiplié par 5 notre portefeuille de clientes et réussi à améliorer les taux d’accouchement normal grâce à un soutien de qualité˝ affirme Flavia Deutsch au journal Forbes Brasil. Elles ont également ouvert la première clinique de l’entreprise Theia, pensée pour accueillir les femmes enceintes et les aider à choisir leur parcours de santé. Au Brésil, les mutuelles privées, chères et basées sur une médecine financiarisée, incitent les femmes à choisir la césarienne. Cette entreprise s'inscrit donc dans une lignée qui souhaite valoriser l’entreprenariat féminin à un moment où la carrière est souvent fragilisée par la grossesse, et entend utiliser les nouvelles technologies pour rapprocher les femmes (pour l’instant les plus aisées) des soins les plus respectueux de leur santé. De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille Juste quelques éléments de contexte, l'Inde est en proie à une inquiétante vague de chaleur monstre avec des températures de plus de 45 degrés au nord (autour de 50 au Pakistan) et des pics en terme de demandes d'électricité, et des coupures, ce qui n'est pas anodin pour la vie des Indiens et a fortiori de l'activité. Par ailleurs, le nombre de cas de Covid a connu une reprise mais pour l'heure du moins aucune nouvelle mesure de confinement n'est annoncée.

Ces dernières semaines, les cabinets de recrutement étaient plutôt optimistes quant à une reprise de l'embauche. Le contexte invite plutôt à rechercher des profils seniors et qualifiés pour mener la période dite de ˝post-Covid˝ (en dépit de doutes toujours persistants sur la stabilisation de la pandémie). Le secteur des technologies est quant à lui de plus en plus sous tension. En témoigne la nouvelle clause de non-concurrence mise en place par Infosys. Tandis que dans le domaine de la cybercriminalité, des entreprises tentent de s'armer en misant sur des recrutements plus variés que parmi les seuls ingénieurs. Narendra Modi devrait rendre visite à Emmanuel Macron début mai.

Reprise de l'embauche

Fin avril, les dirigeants de cabinets de recrutement et de recrutement de cadres tels que ABC Consultants, EMA Partners, Transearch, TeamLease, CIEL et Kelly ont déclaré que le taux d'embauche augmentait non seulement dans les nouveaux secteurs technologiques, mais aussi dans d’autres où les recrutements avaient ralenti pendant la pandémie. De fait, le taux d'embauche a atteint ou approche des niveaux pré-Covid dans des secteurs tels que la fabrication, l’industrie, la vente au détail, les voyages, l’hôtellerie et le tourisme, selon les experts du marché du travail. Ils sont optimistes quant aux perspectives, alors que les activités commerciales augmentent dans ces secteurs et que les intentions d’embauche continuent d’être fortes dans la technologie, le numérique et les start-up. ˝Alors que l’informatique et l’IT devraient presque voir leur activité doubler au cours des cinq prochaines années environ, les autres industries comme la fabrication, la vente au détail et l’hôtellerie enregistrent des investissements accrus qui créeront de nouveaux emplois au cours de la prochaine décennie, principalement dans des rôles de première ligne et de gestion intermédiaire˝, estime de son côté Lohit Bhatia, président de la société de services Quess.

Selon l’enquête sur les perspectives d’emploi de ManpowerGroup pour avril-juin 2022, les secteurs des technologies de l’information et de la technologie ont enregistré les meilleures intentions d’embauche suivis du secteur de la restauration et de l’hôtellerie, de l’éducation, de la santé, du travail social et du service public.

Recherche de profils seniors pour négocier la période post-Covid

EMA Partners India et Transearch India ont déclaré que les entreprises de tous les secteurs étaient extrêmement optimistes quant à l’embauche de talents seniors. ˝Toutes les industries recherchent ce type de profils et, compte tenu du cycle d’investissement positif, nous nous attendons à ce que l’élan se poursuive˝, a déclaré Atul Vohra, associé directeur de Transearch India.

Les entreprises de tous les secteurs recherchent désespérément des cadres supérieurs et des CXO pour diriger la transformation numérique, stimuler la croissance et restructurer les entreprises dans un monde post-Covid et mener à bien les acquisitions selon des cabinets de recrutement de cadres de premier plan.

Fort turn-over, et clause de non-concurrence

Les groupes de technologie devraient augmenter en moyenne les salaires annuels de 8 à 10 % pour cette année fiscale au niveau local alors que le secteur est en proie à des taux de turn-over de 17 à 28 % et un ”talent crunch” sans précédent. Avec l’augmentation des taux de turn-over dans l’industrie informatique, la SSII Infosys et d’autres sociétés informatiques ont opté pour une clause de non-concurrence dans leurs contrats de travail. Le contrat Infosys comporte désormais une clause qui interdit aux nouveaux salariés de travailler sur les projets d’un même client lorsqu’ils rejoignent cinq concurrents identifiés, ou leurs filiales, pendant six mois après leur départ. Infosys a désigné TCS, IBM, Accenture, Wipro et Cognizant comme entreprises concurrentes que les employés ne peuvent pas rejoindre pendant six mois après leur départ s’ils travaillent sur un projet du même client. Le nouveau contrat prévoit également ceci : pendant six mois après leur départ, les ex-salariés ne doivent pas accepter une offre d’emploi d’un client avec lequel ils ont travaillé dans les 12 mois précédant leur départ d’Infosys.

En réponse, Nites, une ONG basée à Pune qui travaille pour le bien-être des employés dans l'IT, a déposé une plainte contre Infosys auprès du ministère central du Travail. Ses membres ont dénoncé l'existence de cette clause. De son côté, Infosys indique qu’il s’agit d’une pratique commerciale standard dans de nombreuses régions du monde pour protéger les informations confidentielles. Il indique également que de tels contrôles sont nécessaires pour protéger ˝la confidentialité des informations, la connexion avec les clients et d’autres intérêts commerciaux légitimes˝. Infosys souligne également que les conditions sont entièrement divulguées à tous les candidats à un emploi avant qu’ils ne décident à rejoindre l’entreprise. Elles n’ont pas pour effet d’empêcher les employés de rejoindre d’autres organisations pour le développement de leur carrière et leurs aspirations, selon la firme qui estime que cela n'affecte donc pas leur carrière.

Face à la cybercriminalité, certains groupes font le choix de la diversité des profils recrutés

La cybercriminalité a bondi en Inde comme partout ailleurs pendant la période de la crise sanitaire et la demande d'experts dans le domaine explose. Dans ce domaine, la part des femmes embauchées reste néanmoins très faible, les projections estiment leur proportion parmi les employés du secteur à seulement 11 % d'ici à 2025. La raison ? Les entreprises recrutent essentiellement au sein des écoles d’ingénieurs, où les femmes sont nettement moins représentées. Certaines tentent de surmonter ce problème en optant pour l’embauche de profils issus de la diversité dans des écoles non spécialisées dans l'ingénierie. Elles font le pari que les problèmes de cybercriminalité sont complexes, et qu'ils nécessitent des savoir-faire transverses. Ces entreprises embauchent donc dans d’autres disciplines, y compris les RH, pour avoir une perspective plus globale. Deloitte, par exemple, envisage d’introduire un programme de cybersécurité dans des écoles autres que les écoles d’ingénieurs.   

De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

240 000 jeunes diplômés introuvables, surtout dans les disciplines scientifiques et techniques

L’Italie montre une préoccupante distance entre l’offre et la demande de travail : les entreprises italiennes ont tenté de recruter plus de 630 000 jeunes diplômés l’an dernier (soit environ 14 % du total des recrutements prévus), mais dans plus d’un tiers des cas, soit 240 000 offres, elles ont rencontré de grandes difficultés pour trouver le bon candidat et ont donc abandonné. Tel est le principal résultat de la recherche Unioncamere-Anpal-AlmaLaurea, qui évalue les débouchés professionnels à la sortie du système universitaire. Les diplômés des facultés d’économie et écoles de commerce sont les plus recherchés (plus d’un quart des jeunes que souhaitent recruter les entreprises), mais c’est sur les profils scientifiques et technologiques – indispensables notamment pour la réalisation des projets du Plan national de Reprise et de Résilience (PNRR) – que les tensions se manifestent le plus. Plus de 74 % des recherches de jeunes ingénieurs électro-techniques n’aboutissent pas, tout comme 67 % des recherches d’informaticiens programmateurs. Les difficultés de recrutement s’établissent à environ 60 % pour d’autres profils stratégiques, comme les administrateurs de systèmes, les ingénieurs électroniques et télécoms, les analystes et concepteurs de logiciels, les techniciens de production dans l’industrie. ˝Cela fait au moins 6 ou 7 ans qu’on parle [du programme] Industria 4.0 et nous devrions pouvoir compter maintenant sur les talents dont nous avons besoin pour nous transformer et innover. Mais non. C’est une défaite pour tout le monde˝, dénonce le vice-président de l’organisation patronale Confindustria pour le capital humain, Gianni Brugnoli, dans les colonnes du quotidien italien Il Sole 24 Ore. Ces difficultés proviennent en grande partie du fait que les jeunes, et encore plus les jeunes femmes, boudent les facultés scientifiques et technologiques. En 2021, les diplômées des filières STEM représentaient moins de 20 % du total des jeunes femmes diplômées du supérieur (alors que les spécialistes STEM comptent pour 39 % des jeunes hommes diplômés du supérieur).

Parmi les soft skills requises chez les jeunes diplômés, les entreprises citent tout d’abord la flexibilité et capacité d’adaptation (plébiscitée à plus de 82 %), suivie de la capacité à travailler en équipe (environ 80 %), le problem solving (76 %), la capacité à travailler de façon autonome (environ 67 %), la capacité à communiquer en italien (59 %). Sources : rapport ”Laureati e lavoro, gli sbocchi professionali dei laureati nelle imprese”, enquête 2021, Il Sole 24 Ore, 22/03.

Près de 30 % des lycéens italiens s’imaginent travailler à l’étranger

Le quatrième rapport annuel de la Fondazione Bruno Visentini sur les différences de génération, qui a sondé plus de 3 000 lycéens entre 14 et 19 ans, montre que 28,5 % des jeunes imaginent leur futur professionnel en-dehors de l’Italie (17 % se voient en Europe, 11,5 % hors de l’Europe). Le pourcentage de jeunes qui s’imaginent salariés reste constant dans les trois dernières années, mais à un niveau bas : seuls 34 % des jeunes envisagent leur futur comme salariés, contre plus de 37 % qui se projettent dans les professions libérales et 16 % en tant que travailleur autonome. La première source de préoccupations pour le futur est la possibilité de trouver un travail satisfaisant, suivie de la possibilité de conquérir son autonomie financière. A noter que 19 % des lycéens sondés ont un frère ou une sœur NEET (Not in Education, Employment or Training). Il est intéressant de constater que la pandémie a modifié les priorités et les valeurs des jeunes. Les thèmes liés au changement climatique et à l’environnement étaient en tête des valeurs pour plus d’un quart des jeunes en 2020, mais seulement pour un cinquième de l’échantillon en 2021. Dans le même temps, la croissance économique et sociale passe de 13 à 17 % des préférences. En progression aussi les thèmes liés à l’éducation, la formation et le travail, qui représentaient 20 % des priorités en 2020 et ont bondi à 30 % en 2021. Alors que les jeunes Italiens restent les grands sacrifiés du marché de l’emploi (avec un taux de chômage des 15-24 ans en forte baisse, mais qui tourne encore autour de 24 %), les auteurs du rapport qualifient le Plan National de Reprise et de Résilience de ”grande occasion manquée˝.

˝Le choix du gouvernement de ne pas reconnaître à l’intérieur du PNRR une Mission spécifique pour les jeunes (...) n’a fait que confirmer la faible sensibilité (…) sur la nécessité d’affronter la question des jeunes non pas comme un problème, mais comme une opportunité, avec une stratégie précise de moyen et long terme˝, déplorent les auteurs du rapport. Source : Rapport ”Il divario generazionale attraverso la pandemia, la ripresa e la resilienza”, Luiss et Fondazione Bruno Visentini.

Les bonnes pratiques de la parentalité en entreprise

Pour favoriser un meilleur équilibre de genre dans un pays où les soins à la famille reposent en quasi-totalité sur les femmes, l’association d’entreprises Valore D (qui œuvre pour la culture inclusive) et le groupe SNAM (qui gère le réseau de transport du gaz en Italie) ont présenté un rapport contenant 200 bonnes pratiques en matière de parentalité. Parmi les grandes entreprises qui ont participé à l’étude, on peut citer les géants des télécommunications TIM et Vodafone, les grands groupes Enel, Generali, Pirelli et Barilla, les filiales italiennes de Danone et l’Oréal et des grands noms du conseil. L’Italie part de loin : comme le rappelle le rapport, le pourcentage d’Italiennes ayant au moins un enfant et qui n’ont jamais travaillé est de plus de 11 % (contre une moyenne européenne de 3,7 %) ; parmi les femmes de 45 à 64 ans qui s’occupent de parents âgés, seule une sur deux travaille. L’une des disparités les plus prononcées est la disproportion entre hommes et femmes pour le temps consacré au travail de soin et au rôle de parent, ˝un phénomène qui s’accentue pour les femmes de la ”génération sandwich”, entre 50 et 60 ans, sur lesquelles pèsent aussi bien le travail de soin aux parents âgés qu’aux enfants˝, explique Valore D. Pour 67 % des Italiens et 68 % des Italiennes, les responsabilités familiales représentent un obstacle pour accéder aux positions de leadership en entreprise. Le rapport donne des pistes concrètes, en listant les bonnes pratiques de toutes les entreprises adhérentes à la recherche. Voici quelques-unes des expériences décrites :
  • Barilla a mis en place depuis 2018 un programme baptisé Barilla Winparenting, qui comprend aussi bien un site web d’informations, qu’un parcours en ligne de formation et prise de conscience, pour aider les parents à valoriser leur expérience familiale sur le lieu de travail, en transférant efficacement leurs compétences d’un milieu à l’autre.
  • BCG propose depuis 2021 un ”Parental Angel”, un/une collègue (qui a lui-même une famille) qui soutient le néo-parent et reste un point de référence, en particulier pour les femmes au retour du congé de maternité.
  • Chiesi Farmaceutici a organisé en 2021 un séminaire intitulé ˝d’homme à homme. La paternité entre forces et vulnérabilité˝, pour approfondir les changements mentaux et émotionnels d’un homme qui devient père.
  • Danone a introduit en 2020 une ˝caregivers policy˝ pour les salariés qui prennent soin d’un proche, en proposant des initiatives ciblées de soutien économique, psychologique, culturel ou d’organisation.
  • Findomestic (crédit à la consommation) a introduit en 2021 un guichet d’écoute et d’orientation pour les salariés aidants, en s’appuyant sur des structures publiques et privées. En outre, un ˝Care Manager˝ peut accompagner les salariés aidants dans la résolution de leurs problèmes, y compris en leur donnant un coup de main pour résoudre les questions administratives.

  • Generali a mis en place en 2019 un service téléphonique pour dispenser un soutien psychologique et des conseils pratiques aux parents.
  • Enel, qui proposait depuis 2017 un master ˝Child˝ destiné aux nouveaux parents (pour leur faire prendre conscience de leurs nouvelles compétences et comprendre comment transférer ces compétences dans le monde professionnel), a introduit en 2020 un autre master sur le même principe, destiné cette fois aux aidants et en particulier aux salariés qui s’occupent d’un parent âgé.
  • Vodafone a mis en place en 2020 un soutien dans les cas de violences domestiques : consultations médicales et psychologiques, soutien pour porter plainte et contacter des associations spécialisées, etc. 15 jours de congés payés sont prévus pour permettre aux victimes de prendre des rendez-vous médicaux, s’occuper des procédures judiciaires, etc.
  • Les assurances Zurich ont mis en place l’an dernier un parcours de counselling de groupe sur le thème de la parentalité, géré en toute confidentialité par des psychologues externes.
Source : Rapport ”Lavoro di cura e genitorialità”, Valore D, Snam et Generazione Donna, rendu public le 08/03.

La formation des salariés toujours plus importante dans les plans stratégiques

Les programmes de formation des salariés sont toujours plus cruciaux dans les plans stratégiques des entreprises, relève l’enquête menée par le MIP (la business school du prestigieux Politecnico de Milano) auprès de 116 entreprises. Ce lien direct entre stratégies et formation apparaît chez un tiers des entreprises sondées, la moitié d’entre elles ayant programmé des initiatives de upskilling et reskilling pour toute l’organisation. Plus de 60 % des entreprises sondées ont clairement conscience que la formation est indispensable pour réaliser leurs objectifs. Plus de 83 % des entreprises agissent dans une optique de life long learning : ˝la formation n’est plus considérée comme un élément sporadique, elle est toujours plus structurelle˝, commente ainsi Vittorio Chiesa, président du MIP. La recherche montre également que 64 % des entreprises utilisent la formation pour promouvoir des changements culturels parmi les salariés, 47,7 % pour motiver les personnes et 56,3 % pour attirer et retenir les talents. Le pourcentage de travailleurs concernés par la formation croît régulièrement : en 2020, la formation s’adressait à plus de 70 % des salariés, contre environ 58 % en 2015, et les trois quarts des entreprises prévoient d’élargir encore le nombre de salariés concernés. Source : Il Sole 24 Ore, 06/04.  

De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Les défis du Rengô

Tomoko Yoshino est devenue la première femme à présider la confédération des syndicats japonais, le Rengô, en octobre 2021. Diamond l’a interrogée sur trois sujets d’actualité pour l’organisation : l’éloignement du syndicat du groupe Toyota, les élections à la Chambre des conseillers de la Diète et les traditionnelles négociations de printemps (shuntô). Le magazine lance l’entretien sur le thème des élections de la Chambre des conseillers, qui auront lieu en juillet prochain. Le Rengô soutenait traditionnellement le Parti démocrate du Japon (PDJ), disparu en 2016, mais cette fois, Mme Yoshino semble se rapprocher des idées d’un autre parti, le Parti démocrate constitutionnel (PDC). Elle partage les désirs de créer un monde plus solidaire, mais ne se prononce pas sur une éventuelle collaboration avec le Parti démocrate du peuple (PDP). Elle salue également leur effort de parité et aimerait que plus de partis d’opposition suivent leur exemple et diversifient leurs candidats. Le Rengô s’exprime par Mme Yoshino pour affirmer son soutien continu au PDC et rappeler que ses idées et celles du Parti communiste sont radicalement différentes. Le Rengô est une confédération qui centralise les revendications et les besoins des syndicats japonais politiquement et socialement. Or, le syndicat des travailleurs de Toyota, membre de l’association, tend à se rapprocher directement des partis politiques d’opposition, ce qui est interprété comme une prise d’autonomie. La confédération des travailleurs du secteur automobile, également affiliée au Rengô, semble aussi prendre cette voie. Dans ces conditions, il est difficile pour l’association générale de présenter un front uni et de soutenir un candidat en particulier. Mme Yoshino forme le vœu que les jeunes générations de travailleurs s’impliquent plus en politique. Les négociations annuelles de printemps (shuntô) sont l’occasion pour le syndicat des travailleurs de Toyota de montrer son indépendance. En effet, alors que le Rengô demande une hausse de salaires uniforme, le syndicat du groupe automobile souhaiterait proposer une grille correspondant à la classe sociale et à la profession exercée par le salarié. Ces réflexions sont critiquées, car elles troublent la compréhension de la politique syndicale du Rengô pour les observateurs extérieurs. Mme Yoshino rappelle que la situation sanitaire a fait bouger les lignes, mais que les syndicats restent la base de son organisation, et que ce sont eux qui permettent de dialoguer avec les entreprises et de protéger les travailleurs.

L’entretien se termine sur la question de la parité. Mme Yoshino se montre plutôt optimiste sur ce chapitre. Si l’univers syndical reste un monde d’hommes, elle observe déjà des changements dans le bon sens, les travailleuses s’investissant de plus en plus dans les syndicats. Source : Diamond.

Egalité professionnelle : le Japon encore à la traîne

Le Japon est 120e sur 156 pays sur la question de l’égalité hommes-femmes. Le journal Mainichi Shinbun explique ces chiffres en une infographie. En politique, il y a moins de 10 % de femmes à la Chambre des représentants de la Diète, et 23 % seulement à la Chambre des conseillers.

Dans les entreprises, en moyenne moins de 10 % des cadres sont des femmes, et seuls 6 % des postes de directeur ou de président sont occupés par elles. Journalistes, médecins, directrices d’écoles : dans 20 % des cas les femmes exercent ces métiers. 54,4 % des femmes exercent un travail intérimaire, contre 22 % pour les hommes. Ces derniers sont entre 8 et 15 % à prendre le congé parental auquel ils ont droit et s’occupent beaucoup moins de la tenue du foyer que les femmes, 20 minutes en moyenne pour les tâches ménagères contre 160 pour celles-ci. Source : Mainichi Shinbun.

Les nouvelles alliances politiques du Rengô

˝Il y a quelque chose qui cloche dans le Rengô˝, c’est par cette phrase que L’Economist introduit un article de deux pages consacrées aux prises de position de la confédération japonaise des syndicats dans la course aux élections de la Chambre des conseillers de la Diète du Japon. Non seulement le Rengô ne clarifie pas son alliance avec le parti démocrate constitutionnel (PDC) d’une part ou avec le parti démocrate du peuple d’autre part (PDP), mais il semble en plus se rapprocher du parti au pouvoir et du Premier ministre M. Kishida. À ce jour, le seul ˝non˝ concret émis par la confédération aux 7 millions de membres a été un rejet du parti communiste. Tomoko Yoshino, présidente du Rengô depuis fin 2021, a simplement déclaré que la confédération ˝ne soutiendra pas de candidat lié à un parti ou à un groupe dont les objectifs sont trop différents des siens˝, sans plus de précisions. L’an passé, pour les élections de la Chambre des représentants, le Rengô avait apporté son soutien au PDC, mais celui-ci s’était totalement écarté des grandes lignes prescrites par les syndicats. Cette année, la confédération s’est contentée de rappeler au PDC et au PDP de procéder à des changements ˝indispensables˝. D’après le système des élections de la Chambre des conseillers, tous les trois ans, la moitié des membres de l’assemblée sont élus pour six ans, avec quatre types de scrutin. Trois d’entre eux sont régionaux, c’est-à-dire que les électeurs votent pour un représentant local, mais le dernier est un scrutin proportionnel plurinominal de liste à l’échelle du pays entier. Cela signifie qu’en fonction des votes, les élus sur la liste peuvent obtenir une place plus ou moins bonne. Dans ce contexte, les résultats de l’appel au vote des syndicats industriels revêtent une grande importance, car ils servent en quelque sorte de baromètres au pouvoir politique du Rengô. En 2016 et en 2019, ils avaient été très suivis. Un sondage réalisé par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales en juin 2021 indique que le nombre estimé de personnes syndiquées est en baisse depuis l’année précédente. Cette diminution n’est que de 0,2 %, mais c’est un coup porté à la force du Rengô. Enfin d’après un sondage réalisé en interne par la confédération en 2019, après les élections de la Chambre des conseillers, 34,9 % des personnes interrogées avaient indiqué souhaiter soutenir le parti au pouvoir (Parti libéral démocrate ou PLD), soit moins que les 36 % de participants qui ne souhaitaient pas le soutenir. Cependant, si l’on compare ces 34,9 % aux 10 % réalisés en 2013 et 2016, c’est un bond de près de 21 % qui a été réalisé. Les dirigeants du Rengô ont émis des conditions et en fonction des alliances des partis d’opposition, choisiront de soutenir l’un ou l’autre, mais la confédération en elle-même semble également sujette à une réorganisation. Source : Economist.   

De notre correspondant au Maroc

La question de l’intégration des jeunes du monde rural

Les jeunes dans le monde rural souffrent d’un faible niveau de qualification et de participation à la vie active, d’une précarité et d’une faible qualité des emplois qu’ils occupent, indique un rapport publié par le Policy Center for the New South (PCNS). Malgré les programmes élaborés par le gouvernement, un manque d’adéquation entre la formation et les besoins du marché de l’emploi subsiste. Les services d’intermédiation dans le monde rural, qui permettent de prendre connaissance des offres et des demandes d’emplois, présentent également des lacunes, souligne le think tank marocain. Son rapport s’appuie sur les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) et sur les résultats d’une étude menée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans la province de Taounate en 2018. Le Policy Center for the New South recommande de mettre en place des interventions ciblées pour aider les jeunes ruraux, notamment les NEET (ni en éducation, ni en emploi ou formation), qui ont accumulé des déficits en termes d’éducation, de formation et de soft skills, afin d’améliorer leur employabilité et de faciliter leur transition vers la vie active. Si les femmes au foyer constituent la majorité des jeunes NEET au niveau national, les jeunes chômeurs restent la principale composante de la population des NEET dans les zones rurales de la province de Taounate.

Le rapport recommande que les services d’intermédiation répondent mieux aux besoins des cas particuliers, notamment les chercheurs d’emploi en milieu rural et dans les zones éloignées. Le développement de solutions digitales peut contribuer à réduire les coûts de recherche et de transaction sur le marché du travail et à accroître les opportunités de formation et d’accès aux emplois pour les jeunes NEET et les autres groupes défavorisés dans les zones rurales. Le rapport appelle les pouvoirs publics à réaliser une analyse approfondie des facteurs de risques de devenir NEET. Celle-ci permettra d’apporter des solutions appropriées afin de faciliter l’inclusion économique et sociale des jeunes en milieu rural.

Double emploi : Entre option et obligation

Aujourd’hui, de plus en plus de Marocains ne trouvent pas d’autres choix que de prendre un deuxième emploi pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Pour cause : la hausse de prix et le pouvoir d’achat qui diminue. A ce propos, L’Opinion a collecté des témoignages de personnes issues de différentes classes sociales. ˝Le coût de la vie est assez élevé au Maroc et pour maintenir un certain niveau de vie, un seul salaire ne suffit pas même si tu es cadre ou tu occupes un bon poste˝, a indiqué Najlaa D., cadre dans un établissement financier. ˝Ce n’est pas toujours évident de trouver une deuxième activité qui sera la source d’un autre revenu, vu le marché de l’emploi qui fait face à des mutations inédites dues à un contexte de crise sanitaire˝, a-t-elle estimé. Aymen B., un jeune de 35 ans, fait de la multi-activité professionnelle un rituel depuis plusieurs années. Le jeune a l’habitude de travailler jour et nuit pour subvenir à ses besoins de première nécessité. Aymen travaille en tant qu’ouvrier dans le bâtiment pendant 8 heures, avant de se transformer en chauffeur ˝Careem˝ le soir (une application qui permet de réserver une voiture avec chauffeur). ˝Ce n’est pas par choix que je mène une double vie professionnelle, mais plutôt par obligation˝, a-t-il fait savoir, précisant que ˝je commence tôt, voire très tôt, le matin, pour finir ma journée vers minuit ou une heure du matin, sans parler des weekends˝. Pour sa part, Imane M., une jeune femme parmi les enseignants contractuels qui se battent pour leur intégration dans la Fonction publique, enseigne la langue arabe à des étrangers sur une plateforme en ligne. ˝Cela fait maintenant 1 an et demi que j’ai découvert un site en ligne où je donne des cours particuliers en visio tout en choisissant mes propres horaires˝, a-t-elle indiqué, faisant part de sa satisfaction concernant cette deuxième activité qui lui permet d’arrondir ses fins de mois grâce à Internet. De son côté, Mehdi G., consultant junior, a affirmé que ˝quoique j’ai un salaire qui varie entre 7 000 et 8 000 DH/mois, je me trouve toujours des missions en freelance sans que mon employeur le sache”. Il a ajouté que ˝si jamais je me trouve un deuxième emploi, je dois avoir l’autorisation de mon employeur et même préciser la nature du poste s’il est soumis à une clause de non-concurrence˝. Que dit la loi ? Contacté par nos soins, Othmane Samie, premier avocat marocain à siéger au barreau de la Californie, a estimé qu’il y a ˝un vide juridique au niveau du Code du travail marocain qui ne répond pas clairement à cette question˝, ajoutant que malgré cela, ˝la jurisprudence marocaine ainsi que les différentes décisions juridiques qui ont déjà été prises ces 20 dernières années ont démontré que le cumul d’emplois était possible à condition de respecter quelques règles˝, telles que la durée maximale de travail, l’obligation de loyauté, le respect de la clause de non-concurrence, etc.

Dans le même sillage, il a fait savoir que ˝de nombreux types de contrats contiennent des clauses qui empêchent un employé de travailler dans une entreprise directement concurrentielle à celle où il exerce˝. En cas d’inexistence d’un contrat de travail, il est nécessaire, selon notre interlocuteur, de se fier aux conventions collectives et au règlement extérieur de l’entreprise. Source : L’Opinion, Siham MDIJI, 5 avril 2022.

Tanger / OFPPT : Les ”Pro'Days” sous le signe du verdissement des métiers

Les travaux de la quatrième édition des journées thématiques Pro'Days, initiées par l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), se sont ouverts, début avril à Tanger, sous le thème ˝Verdissement des métiers : un must pour un développement durable˝. Cette rencontre a été marquée par la signature de quatre conventions-cadre de partenariat entre l'OFPPT, d'une part, et Siemens Gamesa Renewable Energy, Schneider Electric Maroc, Auto Nejma et Akzonobel Performance Coatings, d'autre part. Ces accords ont pour objet d'instaurer les opportunités de collaboration en matière de développement de l'offre de formation professionnelle initiale et continue dans des domaines diversifiés, à savoir les énergies renouvelables, l'électricité et l'automatisme, la promotion des métiers verts et le respect des normes anti-pollution, la peinture écologique dans le secteur de l'automobile.

A travers ces mises en synergie, l'OFPPT et ses différents partenaires joindront leurs efforts pour la mise en place conjointe de programmes de formations qualifiantes portant sur des domaines arrêtés conjointement comme la peinture, le BTP, l'automobile, l'aéronautique et le maritime, en plus des technologies de pointe dans le secteur de l'automobile et les métiers verts, ainsi que les technologies de pointe dans le domaine des énergies renouvelables.

Les informaticiens marocains toujours en tête des recrutements

˝Le numérique est aujourd’hui le nerf de la guerre, tout le monde s’engage dans la digitalisation des services et des process, surtout dans cette période post-Covid. La demande pour les profils IT va sans doute continuer à augmenter˝, confirme Khalid Jababdi, DRH de Uniforce/Forum, groupe Medtech. D’autant plus qu’avec des multinationales IT employant des milliers de collaborateurs, ˝nous sommes actuellement sur des recrutements de masse, à l’instar de l’industrie. Les centres d’appels proposant de l’assistance technique engagent aussi beaucoup de spécialistes IT. En revanche, pour l’électronique, à part quelques opérateurs, le rythme et le volume d’embauche restent moindres˝, ajoute-t-il. ˝La fonction IT impose un niveau d’exigence relativement élevé. Le bac+5 est désormais le standard, le classique, toutes fonctions confondues. Ce sont généralement les SSII qui recrutent les bac+5. Pour vendre leur savoir-faire, elles ont besoin de s’appuyer sur des personnes autonomes, ou bien susceptibles de l’être rapidement, capables de traiter avec les clients sans incidents. Cela implique une séniorité en termes de technicité et de soft skills. Je pense que cette exigence sur les qualifications ira crescendo˝, précise Jababdi. Cela ne fera qu’accentuer la tension sur le marché, puisque les informaticiens, notamment parmi les plus diplômés et les plus qualifiés, sont une denrée rare.

Selon la dernière enquête Rekrute.com sur les talents IT, plus du tiers (34,5 %) touche un salaire net inférieur ou égal à 6 000 DH. 37,6 % perçoivent entre 6 000 et 15 000 DH. Seulement 11,6 % parviennent à décrocher 30 000 DH et plus.

L’outsourcing crée 10 000 emplois par an au Maroc

Le secteur de l’outsourcing ou l’externalisation des services se veut un secteur stratégique pour le Maroc, notamment en matière de création d’emplois pour les jeunes, a affirmé, jeudi à Casablanca, le président de la Fédération Marocaine de l’Externalisation des Services (FMES), Youssef Chraibi. Le secteur de l’outsourcing emploie aujourd’hui plus de 130 000 personnes, avec environ 10 000 emplois créés chaque année, a fait savoir Chraibi qui s’exprimait lors d’une conférence organisée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) en partenariat avec la FMES. Lors de cette rencontre, le président de la FMES a mis en avant le grand potentiel de ce secteur qui génère 14 milliards de DH de chiffres d’affaires à l’export, et qui s’est montré ˝très résilient˝ pendant la pandémie. Il a également souligné que le Maroc a un rôle de leader sur le marché francophone dans le domaine de la relation clients, ajoutant qu’il est entré dans le top 3 régional, et ce grâce au développement de plusieurs nouveaux métiers, notamment l’ingénierie, l’informatique, les métiers du savoir, le ˝Knowledge Process Outsourcing˝ ainsi que les métiers du back office. Par ailleurs, les intervenants ont mis en exergue la nécessité de renforcer davantage le leadership du Maroc dans ce domaine, dans la mesure où le pays se positionne aujourd’hui à un rang ˝de plus en plus avancé˝. Ils ont rappelé que le secteur qui a démarré avec les centres d’appels s’ouvre sur de nouveaux métiers, grâce à plusieurs atouts, notamment la qualité des infrastructures en matière de télécoms, de data, et de digital.  

De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Le Brexit a bien provoqué une hausse salariale plus importante sur les emplois occupés par de nombreux Européens

Le groupe d’offres d’emploi Indeed a réalisé une importante analyse de ses offres d’emplois afin de déterminer les effets du Brexit sur les salaires. Pour ce faire, ses analystes ont divisé les emplois en trois catégories : ceux dans lesquels les Européens représentaient 0 à 5 % de la main d’œuvre, ceux où ils en représentaient 5 à 10 % et enfin plus de 10 %. Ses conclusions sont claires : entre janvier 2019 et janvier 2022, la dernière catégorie, celle avec la plus forte proportion d’Européens, a vu les salaires de ses offres d’emplois progresser de 10,7 % contre 5,8 % pour la catégorie du milieu et 5,3 % pour la catégorie avec la proportion la plus faible. Au cours de l’année écoulée en janvier 2022, même résultat : +5,9 % pour la catégorie avec la plus forte proportion de travailleurs Européens, +3,4 % pour celle du milieu et +1,6 % pour la plus faible. Les données d’Indeed indiquent également un accroissement des offres d’emplois déposées dans la catégorie d’emplois où se trouvait une forte proportion d’Européens. Les économistes d’Indeed ont remarqué que ces emplois où travaillaient la plus forte proportion d’Européens sont aussi les moins qualifiés de leur secteur aussi bien dans les emplois de nettoyage, chauffeur, production élémentaire et assemblage, construction, stockage, etc. Mais ils rejettent la possibilité que ces hausses salariales soient imputées à la hausse du salaire minimum car tous sont mieux rémunérés que celui-ci.

Ils expliquent ces hausses par le départ de nombreux Européens pendant la pandémie et la difficulté – voire l’impossibilité – des employeurs de les remplacer puisqu’ils sont souvent rémunérés moins que le plancher de £25,600 (€30 000) requis pour pouvoir obtenir un visa de travail, sauf si cet emploi figure sur la liste des ˝emplois manquants˝.

P&O Ferries, le scandale qui a défrayé la chronique sociale britannique

Le 17 mars 2022, 800 employés de P&O Ferries ont appris par vidéo qu'ils étaient licenciés avec effet immédiat. ˝Aujourd'hui est votre dernier jour de travail˝, leur a expliqué un des membres du conseil d'administration dans une vidéo de 3 minutes au moment où leurs bateaux rentraient au port. Pas d'annonce préalable, pas de discussion avec les syndicats alors que la législation requiert un préavis de trois mois pour toute entreprise désirant licencier au moins vingt employés. Cette vidéo et ce comportement ont choqué les Britanniques. D'autant que quelques jours plus tard, le patron de l'entreprise a admis devant un comité parlementaire qu'il n'y avait ˝absolument aucun doute˝ que son entreprise avait rompu la loi en ne prévenant pas les syndicats. ˝Nous avons estimé que la magnitude du changement était telle qu'aucun syndicat ne pourrait l'accepter. J'admets que nous avons donc décidé de ne pas les consulter˝. Et de payer des indemnités de licenciement à tous les employés, entre £15,000 et £100,000 par personne. Il a également assuré qu'il prendrait la même décision si c'était à refaire car l'entreprise n'était plus viable et ˝qu'elle devait donc bouger vers un modèle économique utilisé dans le reste du globe par (ses) concurrents˝. L'entreprise est la propriété de DP World, basé à Dubaï, qui a versé $310 millions de dividendes à ses actionnaires en 2020. En l'occurrence, au lieu d'être payés le minimum salarial britannique, £9,5 (11,1 euros) l'heure depuis début avril, les nouveaux employés, payés directement par des agences de placement, qui ont immédiatement remplacé leurs collègues, seront payés en moyenne £5,5 (6,5 euros) de l'heure. Cette situation est visiblement autorisée car leur activité n'a pas lieu sur le sol britannique mais en mer. Le ministre des Transports a demandé fin avril que l'entreprise rembourse les £11 millions reçus pendant la pandémie de l'Etat. Il a aussi appelé la démission de son patron. L'affaire continue de faire des remous, surtout parce qu'elle met en évidence la fragilité de la loi sur le travail et des droits des travailleurs. Elle embarrasse évidemment le gouvernement alors qu'une crise sociale se prépare avec une inflation de 7 % en mars, alors que celui-ci avait promis que le Brexit lui permettrait de mieux protéger les travailleurs britanniques.  

De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

Le travail à distance pour lutter contre l’inflation

Les patrons américains espéraient voir leurs employés revenir au bureau au moins à temps partiel mais l’inflation qui se fait sentir sur le prix de l’essence, du café et des repas cause une certaine résistance. Le travail à distance, qui était initialement la réponse à l’épidémie de Covid est devenu encore plus tentant pour réduire leurs coûts de transport et de restauration. Le prix de l’essence a augmenté en moyenne de 40 % sur un an. Le prix du sandwich, selon la société d’études Square, a cru de 14 % et celui de la salade de 11 %.

Les salariés demandent aux entreprises de réagir. KnowBe4 a proposé des snacks gratuits au bureau. Mais cela n’a pas suffi. Depuis le mois de janvier, ses 1 500 employés peuvent adopter le travail à distance en permanence. Une autre entreprise, la plateforme d’e-commerce OrderMyGear, offre des cartes de transport gratuites, des parkings et des repas au bureau… quand ses employés y viennent. D’autres compagnies proposent des cartes d’essence et des options de partage de voitures. Et bien sûr, les hausses de salaire sont de plus en plus souvent envisagées.

Le travail à distance sollicité par les employés

Un certain nombre d’entreprises, et particulièrement les banques, ont bien essayé de faire revenir leurs personnels au bureau, mais les directions des groupes se sont heurtées à une forte réaction des intéressés. Après avoir pratiqué pendant 2 ans le travail à distance, ils ne sont pas prêts à revenir sur cette liberté. Future Forum a enquêté auprès de 10 800 personnes et conclu que ceux qui n’ont plus droit à la flexibilité ont 2,5 fois plus envie de chercher un autre travail que ceux qui exercent au moins partiellement à distance. Nicholas Bloom de l’Université Stanford, et expert en travail à distance, estime aujourd’hui que les salariés passant 1 à 2 jours au bureau sont plus productifs que ceux qui y passent toute la semaine. Pour ces derniers, être au bureau en permanence entraîne stress et inquiétudes.

De gré ou de force, les entreprises s’adaptent. Ainsi Hubspot propose trois possibilités : 51 % de ses employés ont opté pour le travail à distance en permanence, 35 % ont choisi une solution souple d’un à 2 jours au bureau par semaine et seulement 14 % passent au moins 3 jours par semaine dans l’entreprise. La direction de la banque JP Morgan, qui au départ prônait fermement le retour au bureau a mis aussi de l’eau dans son vin. La moitié de ses banquiers travaillent au moins partiellement à distance.

Les nouveaux MBA raflent la mise

La moyenne des rémunérations offertes aux MBA (masters) atteint 115 000 $ par an en 2022... quand un bachelor (4 ans d’études supérieures) devra se contenter de 65 000 $. Ces statistiques établies par le Graduate Management Admission Council attestent de la reprise de la hausse, après une période beaucoup plus difficile au plus fort de la pandémie.

Les universités connues affichent des offres encore plus attrayantes pour leurs étudiants. Les élèves de la Wharton School, à l’université de Pennsylvanie, se sont vu proposer une moyenne de 155 000 $ par an. Pourquoi de si hauts salaires ? La réputation des universités, la capacité des diplômés à être efficaces tout de suite et les nouveaux défis apparus après la pandémie tels les faiblesses de la supply chain ou encore le casse-tête pour retenir les meilleurs éléments dans l’entreprise. Par conséquent, les banques, les sociétés de conseil et les entreprises high tech hantent à nouveau les campus universitaires. Ces diplômés selon le site MBA.com sont connus pour leur polyvalence (72 %), une manière de penser stratégique (71 %) et leur qualité de communicants (69 %).

La loi antitrust lutte contre les ententes illégales sur les salaires

Le ministère de la justice utilise la loi antitrust Sherman pour lutter contre la collusion d’employeurs qui maintiennent les salaires de leur secteur le plus bas possible. Jusqu’à présent, cette loi servait surtout à combattre les ententes d’employeurs sur les prix, limitant la concurrence entre entreprises d’une même industrie. Mais le gouvernement de Donald Trump en décembre 2020 a étendu le champ de l’investigation aux salaires des kinésithérapeutes pratiqués par une agence de travail temporaire dans la région de Dallas-Fort Worth. Et l’administration de Joe Biden a poursuivi dans la même voie, en y ajoutant les salaires des aides à domicile, des infirmières et des ingénieurs de l’aéronautique. En décembre 2021, la division antitrust du ministère a ainsi ouvert une enquête sur les pratiques salariales de l’industrie aéronautique dans le Connecticut. La plainte évoque des ˝dirigeants qui sapent les carrières de leurs propres employés pour récolter des bénéfices injustifiés et empêcher ces employés de profiter de salaires compétitifs˝. Les organisateurs de cette entente entre plusieurs employeurs sont passibles d’une amende d’un million de dollars et d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 10 ans.

Un Living lab consacré à l’évolution des métiers du soin

Article du 05 mai

Le Living lab Usetech’Lab, créé en partenariat avec l’Université de Tours et le CHRU de Tours, est un lieu d’anticipation, d’innovation et de prospective qui réunit les utilisateurs, professionnels de santé, les usagers, patients, les chercheurs, les start-ups et industriels, les financeurs publics et privés dans l’objectif de participer collectivement à l’évolution de la santé de demain, sur la base de recherches appliquées. Sa coordinatrice, Isabelle Sabadotto, nous en explique les enjeux et premiers résultats.

Les professionnels de santé au cœur du dispositif

Les recherches sont conduites avec les professionnels de santé qui, en tant qu’experts métier, offrent un accès direct aux expérimentations sur le terrain et au partage d’expertise. ”En 2018, explique Isabelle Sabadotto, lors de la création du Living lab, nous constations les difficultés d’appropriation de certains professionnels de santé à certaines nouvelles technologies. La question que nous nous posions était d’évaluer l’impact social et sociétal des nouvelles technologies qui allaient inévitablement émerger dans nos métiers du soin comme celles déjà utilisées en chirurgie ou radiologie. Plutôt que de subir cette évolution nous avons décidé de prendre les devants, de devenir acteurs du changement et d’impliquer les professionnels de santé dans la construction des prises en charge de demain en s’appuyant sur les avancées techniques. L’ambition de Usetech’lab est de faciliter, d’améliorer les prises en soin, de répondre aux besoins des patients, résidents, usagers grâce aux recherches collaboratives, en plaçant le professionnel de santé au cœur de la démarche.

Pour eux, participer aux travaux du Living lab a été et demeure une nouvelle forme de collaboration extrêmement riche qui leur permet de réfléchir et de repenser leur métier et d’anticiper les besoins en termes de qualité de soin dans l’accompagnement des personnes vulnérables et de leurs familles.”

Une démarche de petits pas

Le premier volet des travaux du Living lab a porté sur des recherches et expérimentations impliquant des établissements accompagnant les personnes âgées. ”150 salariés sont associés aux temps de simulation, aux observations, aux enquêtes. Tous travaillent avec des personnes âgées, dans différentes structures de la région ; ils sont soignants, aides-soignants, agents d’accueil, médecins, diététiciens, ergothérapeute, animateurs, psychologues, etc.”

Les trois premiers axes et les projets de recherche associés

1. Développer l’accessibilité du soin

Il s’agit de permettre une meilleure gestion du temps pour les professionnels de santé et les patients, de réduire les inégalités d’accès au soin liées à la désertification médicale, de favoriser le suivi à distance, en particulier la téléconsultation. Une expérimentation menée en partenariat avec la start-up MesDocteurs, plateforme de télésanté.

2. Favoriser les interactions équipes, résidents, familles

Il s’agit de proposer des stimulations cognitives aux résidents via des outils numériques et/ou dotés d’intelligence artificielle, de les soulager, de faciliter leur prise en charge par le professionnel de santé.

Plusieurs projets de recherche sont entrepris dans ce cadre. L’expérimentation ”Tovertafel” (ou Table Magique), est une innovation de soin ludique qui relie entre elles des personnes présentant des troubles cognitifs en stimulant le mouvement. Le ”Phoque Paro” est un robot émotionnel d’assistance thérapeutique. Il s’agit d’un dispositif qui offre aux professionnels de santé un outil permettant de véhiculer les bénéfices de la thérapie animalière. Ce dispositif est destiné à l’amélioration de certains états de santé (anxiété, dépression, sentiment de solitude, troubles de l’humeur et/ou de la motivation) ou de symptômes tels que déambulation, agressivité ou agitation, conséquences de certains troubles cognitifs ou de santé mentale (Exemples : Maladie d’Alzheimer ou troubles apparentés). Le ”Casque d’hypnose médicale Ipneo” est une solution clé en main d’hypnose médicale en réalité virtuelle indiquée dans la gestion de l’anxiété et de la douleur dans tout le parcours de soins patient.

3. Maintien et développement de l’autonomie de la personne âgée

Au travers d’outils interactifs, il s’agit de prévenir des pertes d’autonomie et de sécuriser le maintien à domicile et le suivi par des professionnels de santé. Parmi les projets de recherches associés à cet objectif, citons ”Mon Programme bien-être”, qui est un programme de prévention à distance, via un robot nommé Cutii, facilitant l’autonomie de la personne âgée autour du lien social, l’accès à la culture (en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Tours qui propose une visite virtuelle), l’activité physique ou la nutrition. Programme bâti et délivré par des professionnels de VYV 3 CVL et proposé à des volontaires à domicile, en Ehpad ou en résidence autonomie. Citons également l’expérimentation ”Coussin Viktor” qui permet aux personnes âgées de communiquer avec leurs proches via des appels en visio, photos et vidéos, musiques et livres audio, etc.

Le rôle des chercheurs en sciences humaines et sociales

Les recherches conduites au sein du Living lab peuvent associer, selon les cas, différentes disciplines, médicales, informatiques ou autres ; elles incluent nécessairement des chercheurs en sciences humaines et sociales dont la mission est de questionner les enjeux d’appropriation, les impacts sociaux et sociétaux de l’innovation. Comme le précise Isabelle Sabadotto, ”nous voulions observer comment les professionnels s’appropriaient les technologies, mais il n’était pas question de les leur imposer. Ces outils sont à leur disposition, libre à chacun de les utiliser ou non et d’identifier la façon dont il souhaite le faire.” Les chercheurs observent les usages qui sont faits de la technologie, ils mènent des entretiens individuels ou collectifs et conduisent des groupes de travail. Leurs observations se passent dans les établissements, au sein de différents services d’accompagnement en Résidences Autonomie ou Ehpad, en conditions réelles de travail ou dans les deux espaces de simulation créés au sein du Living lab Usetech’ Lab, qui permettent de mettre en situation les professionnels de santé avec les nouvelles technologies, sur la base de scénarii écrits par les sociologues, avec des temps de débriefings et de partage. Les résidents sont joués par des acteurs.

”Nous regardons ce qui se passe chez les professionnels et dans leurs relations aux patients. Nous prenons en compte les questions éthiques qui se posent, notamment dans l’utilisation des robots, comme le phoque Paro que certains professionnels trouvaient infantilisant et qui se révèle être particulièrement utile quand il s’agit de prodiguer des soins délicats à une personne âgée.”

La recherche au sein du Living lab doit répondre à trois critères. Une approche innovationnelle liée aux technologies numériques et/ou dotées d’intelligence artificielle. Une approche écosystémique, impliquant différentes compétences, expertises, appartenant à divers établissements, n’ayant pas l’habitude de se côtoyer. Grâce à ces rapprochements autour de différents axes de recherche, se crée une nouvelle forme d’intelligence collective. Les compétences ne s’additionnent pas, elles s’enrichissent pour créer une méthodologie de travail complète, stimulante et innovante qui sort des silos habituels. Et enfin, une approche en sciences humaines et sociales qui sera systématiquement poursuivie pour identifier, étudier les problématiques sociales et sociétales en lien avec l’utilisation des nouvelles technologies, liées entre autres aux enjeux de transformations des organisations, des services, aux mutations des métiers et des savoirs et aux formations.

Bousculés par la pandémie et les confinements

Ici comme ailleurs, la pandémie a servi d’accélérateur d’évolutions en cours. Isabelle Sabadotto : ”Nous avons dû utiliser les outils numériques de visioconférence pour répondre aux besoins de contact des familles pendant les confinements. Il s’agissait d’une demande de l’entreprise qui a percuté la recherche et sa méthodologie, mais qui a aussi permis d’accélérer la démarche en faisant émerger un point de progrès concernant la relation et la communication avec les familles. Cet exemple illustre la façon dont la technologie peut mettre en avant des problématiques auxquelles on ne pensait pas. Par ailleurs, et malgré la crise, nous avons maintenu un lien avec les équipes, même si les simulations ont été arrêtées. Après les confinements, nous avons senti chez elles le besoin de revenir sur la recherche, de se remettre dans une dynamique positive, d’exprimer leurs avis, leurs besoins par rapport aux transformations des métiers.”

Premiers bilans

”L’ambition assez forte au départ couplée à la démarche des petits pas ont contribué à mener des expérimentations sur le terrain qui nous permettent d’alimenter les recherches. Nous avons utilisé des outils qui au final n’ont pas été qualifiés par les équipes ; d’autres qui ont dû être adaptés ; d’autres qui nécessiteront d’adapter l’organisation de l’établissement ou permettront de développer de nouveaux services, comme le maintien à domicile. Cette démarche contribue à l’adaptation, l’évolution organisationnelle de l’entreprise, des services, des formations. Par exemple, nous proposons aux professionnels des formations sur ”la dynamique d’innovation en santé” et nous prévoyons à l’avenir d’autres formations très ciblées.

Les personnels associés à la démarche ont fait preuve de curiosité et de questionnements. Nous voulions impliquer dans les expérimentations certains qui y étaient favorables mais aussi des réfractaires à la technologie. Dans les faits, nous avons plutôt observé un engouement. La difficulté consiste principalement à libérer le temps que ces personnes peuvent consacrer aux recherches en particulier au regard des tensions de recrutement auxquelles le secteur de santé est confronté. Des financements externes permettent d’associer les professionnels de terrain à ces travaux de recherche, le plus complexe consiste à gérer les plannings de remplacement pour assurer la prise en soin et l’accompagnement auprès de nos patients et résidents.  C’est au final pour améliorer ce service et cet accompagnement que ces recherches ont vu le jour.

Mais nous avons pu maintenir les recherches car il y avait une vraie appétence chez les professionnels. Un jour de simulation, c’est toujours positif et riche. L’idée est de construire de nouvelles pratiques, de nouveaux usages, de nouveaux référentiels. Pas seulement de booster les personnes. Elles en ont vite perçu l’utilité.”

Une dynamique collective de travail

”Depuis le début, avec l’ensemble des parties prenantes, nous veillons à bien nous accorder sur les objectifs et les temps, de manière à ce que chacun s’y retrouve. Nous avons réussi à déployer une forme d’intelligence collective. Ce que nous arrivons à faire ensemble, nous n’y arriverions pas chacun de notre côté. Nous avançons avec une certaine efficacité.

Ainsi, le programme ”Bien-être” avec le robot cutii a des prolongements dans plusieurs domaines : diététique, lien social et condition physique. Nous avons demandé aux personnels qui l’ont expérimenté, par exemple un psychologue, une diététicienne, de sortir de leur rôle habituel. Tout cela é été rendu possible par une dynamique collective de travail. Les chercheurs sont impressionnés par la qualité des échanges avec tout le personnel, depuis les personnes à l’accueil jusqu’aux médecins.”

Les prochaines étapes

”L’idée est d’avancer sur les recherches pour, dans la foulée, déterminer ce que nous pourrons proposer aux établissements en termes d’évolution de leur organisation et de leurs services. Lorsque les chercheurs restituent les résultats des recherches aux directeurs d’établissements, lorsqu’ils les font réfléchir sur les façons de s’approprier les outils et de transformer les organisations, tous ces échanges contribuent encore à alimenter la recherche.

Nous allons continuer à travailler avec les personnes âgées notamment dans l’objectif du maintien à domicile, et il ne sera pas uniquement question d’un volet technologique mais aussi RH ”qui intervient quand ?” et nous allons aussi orienter les recherches vers l’accompagnement des personnes en situation de handicap.”

Isabelle Sabadotto conclut en précisant que Usetech’Lab est à la disposition de tous ceux qui veulent se l’approprier, y compris des patients experts. L’idée est de le rendre accessible à tous, de proposer un pas de côté aux professionnels de terrain afin d’alimenter une réflexion qui pourra être reprise au niveau national.

Informations pratiques

Le Living lab associe trois chercheurs en sociologie des organisations et du travail, d’autres chercheurs en informatique ou sur d’autres domaines d’expertise, une chargée de mission, une chargée de communication. Isabelle Sabadotto, directrice de la communication et de la recherche de Vyv3 Centre-Val de Loire, y travaille à mi-temps.

Le Living lab est installé à MAME, au sein de la Cité de la création et de l’innovation de la métropole de Tours.

Innovations technologiques en santé : quelles redéfinitions des organisations et des savoirs professionnels ?” tel est le thème du deuxième colloque organisé par le Living lab le 14 juin 2022 ouvert à tous. Pour s’y inscrire, cliquer sur ce lien : contact@usetechlab.fr

Pour accéder au film de présentation du Living lab : https://youtu.be/p0AIDQvZoP4

Vu d’ailleurs : Un survol international des pratiques RH

Article du 31 mars
>  De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher
  • Le Brésil, patrie des auto-entrepreneurs ?
  • Le boom des start-up vendeuses de sommeil (de qualité)
  • Migrants et opportunités professionnelles
  • Le boom des licornes au Brésil
  • L’inédite fuite des cerveaux
  • Le "travail sûr et sain" n’est pas un principe selon Jair Bolsonaro
  • Un analphabétisme en hausse
>  De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • New Delhi essaie de faire revenir tous ses étudiants bloqués en Ukraine
  • Inquiétudes sur les conséquences de la pandémie sur le niveau éducatif des enfants
  • La cybersécurité : une des principales préoccupations des grandes entreprises
  • La santé mentale des salariés, à surveiller de près
>  De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • Le welfare d’entreprise, clé pour la fidélisation des salariés et la qualité de vie au travail
  • Comment banques et assurances s’adaptent face au vieillissement des travailleurs
  • Les stéréotypes de genre toujours très répandus
>  De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Partage des tâches et télétravail : vers une amélioration ?
  • Métavers pour les employés
  • Yoky Matsuoka : un vent de fraîcheur à Panasonic
  • Evolution du système d’emploi à la japonaise
  • Les demandeurs d’emploi prennent des cours du soir
>  De notre correspondant au Maroc
  • 22 % des femmes actives avant la crise sont maintenant sans emploi
  • Professionnaliser les entraîneurs de chevaux de courses
  • Premiers contrats d’embauche dans le cadre de l’École du Développeur U’DEV de CGI
  • Les Eaux Minérales d’Oulmès meilleur employeur en 2022
  • Proman s’installe au Maroc
> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Un projet pilote d’une semaine de travail de 4 jours au Royaume-Uni
  • Comment réattirer les gens vers le monde du travail
>  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • Augmentation massive des hauts salaires pour contrer la grande démission
  • Zoom serait-il déjà ringard ?
  • Les difficultés de la Supply Chain poussent au retour de la production aux Etats-Unis
  • Fin de l’arbitrage sur le harcèlement sexuel en entreprise
 

De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher

Le Brésil, patrie des auto-entrepreneurs ?

Au moins 25 millions de Brésiliens travaillent à leur compte, un record fin 2021, qui promet de s’accroître encore cette année. Trois Etats, parmi les plus pauvres de la fédération, sont en tête des plus fortes croissances de ces travailleurs précaires : il s’agit de Roraima et Bahia (+32%) ou le Pernambouc (+30,8%). Ce mouvement est d’après les économistes vu comme la conséquence d’un changement structurel du marché du travail, accentué par la pandémie. D’après les données très précises de l’Etude Nationale par échantillon Domestique Suivi (la Pnad-C), le nombre de travailleurs autonomes est passé de 21 millions au premier trimestre 2020 à 25 millions fin 2021. D’après la définition brésilienne du travailleur autonome, il s’agit d’une personne qui produit une activité seule ou avec un associé, mais sans employé fixe. Le statut de MEI (micro-entrepreneur individuel) a aussi facilité la création de ces structures proches de l'auto-entreprenariat français, mais aussi incité à la sous-traitance, et donc à la réduction des postes de travail fixes au sein des entreprises. Mais de ces 25 millions de travailleurs, 19 millions n’ont pas d’entreprise avec CNPJ (équivalant à un Siret). A São Paulo, plus de 20% des travailleurs sont autonomes, alors que c’est la capitale économique, qui concentre le plus grand nombre d’entreprises. A titre de comparaison, ils sont 8,7% dans l’Etat de Rio de Janeiro et 10% dans le Minas Gerais.

Pour l’analyste Mariana Leite, "c’est en partie dû à la hausse du chômage, avec cette crise économique qui dure, donc les gens travaillent selon ce qu’ils peuvent inventer, même en l’absence de poste régulier dans une structure solide". Cosmo Donato de LCA Consulting partage le même diagnostic : "les entreprises demandent plus de flexibilisation et font passer cette tendance pour une soif d’entreprenariat mais qui correspond en fait à une plus grande précarisation des ex salariés". Les secteurs qui ont le plus souffert de cette précarisation/ubérisation du marché du travail sont la communication, l’information, les activités financières, immobilières, administratives, éducatives… Dans la construction, on note une augmentation de 3 % de ces travailleurs informels/autonomes.

Le boom des start-up vendeuses de sommeil (de qualité)

Le 18 mars, c’est la Journée mondiale du sommeil. L’occasion de faire le point sur la mauvaise qualité de cet aspect de notre vie psychique. Le manque de sommeil affecte la santé mentale des Brésiliens. C'est ce que souligne la recherche "Tendances dans le secteur du bien-être : l'impact de l'assoupissement de la quarantaine", menée par la société d'innovation d'entreprise The Bakery, qui a cartographié 70 startups nationales et internationales de bien-être physique et mental qui proposent différentes solutions technologiques, notamment pour améliorer la qualité du sommeil. Lancée en décembre 2021, l'étude a comparé ses résultats à ceux d’une première enquête réalisée par le cabinet de conseil en 2020, intitulée "Ce qui a empêché les Brésiliens de dormir la nuit". Dans les deux sondages, près de la moitié des répondants ont indiqué qu'ils dormaient moins bien. Parmi eux, 61 % ont déclaré que la qualité de leur sommeil avait été fortement affectée par la pandémie. Parmi les répondants qui dorment moins bien, 65% ont affirmé que leur santé mentale était affectée. Un autre point est la relation entre le modèle de travail et le sommeil : 50 % des personnes qui travaillent à domicile aujourd'hui ont moins bien dormi, contre 45 % dans l'enquête précédente. La bonne nouvelle, cependant, est que le nombre de personnes qui ne font rien pour essayer de mieux dormir est passé de 53 % à 32 %. "Un sommeil de bonne qualité est essentiel pour la santé physique et mentale. Avec l'extension de la pandémie depuis plus d'un an et la nouvelle perception de la sécurité de la population grâce à la vaccination, nous avons réalisé cette nouvelle enquête pour comprendre si ce comportement initial s'est maintenu ou non", explique Felipe Novaes, associé et co-fondateur de The Bakery. Parmi les solutions cartographiées par l'étude, neuf se concentrent sur la qualité du sommeil et ont reçu d'importants investissements au cours de la dernière année. Premier assistant personnel de sommeil à obtenir l'approbation d'Anvisa, la plateforme brésilienne SleepUp a augmenté de 400 % en 2021 le nombre d'utilisateurs mensuels récurrents (plus de 10 000). Les utilisateurs ont constaté une augmentation moyenne de 30 minutes du temps de sommeil total en un mois d'utilisation, une amélioration de 30 % des symptômes d'insomnie et des habitudes de sommeil, et une réduction des réveils nocturnes. Les gens peuvent aussi s'endormir 55 minutes plus vite. "SleepUp cherche actuellement à obtenir l'approbation réglementaire aux États-Unis et en Europe et a l'intention de rendre ses forfaits payants disponibles dans ces pays d'ici la mi-2022", révèle Renata Bonaldi. Vigilantes do Sono (les veilleurs de sommeil), de São Paulo, a aussi connu une croissance exponentielle avec son application qui surveille les conditions de sommeil et propose des techniques pour mieux dormir.

Avec 50 000 évaluations d'insomnie et 1 million d'heures de sommeil récupérées, les revenus de l'entreprise ont augmenté de plus de 3 000 % en 2021. Sélectionné par l’université privée FAPESP et le Service d'appui aux micro et petites entreprises de l'État de São Paulo (Sebrae/SP), Vigilantes do Sono devrait recevoir un financement de plus d’un million de réais (200 000 euros) au cours des 2 prochaines années.

Migrants et opportunités professionnelles

Alors que le Brésil est encore sous le choc après l’assassinat du congolais Moïse Kabagambe le 24 janvier dernier, la question de la précarité des travailleurs migrants ou réfugiés revient au centre du débat. Ce jeune travailleur arrivé en 2011 au Brésil pour fuir les conflits ethniques en RDC a été roué de coups et tué après être allé demander ses arriérés de salaire à son gérant. Dans ce contexte très tendu, plusieurs initiatives rappellent que les migrants et réfugiés ont les mêmes droits que les Brésiliens pour être embauchés et déclarés. Par exemple, le restaurant végan et sans gluten Free Soul Food a décidé d’embaucher une jeune Nigériane, qui sortait d’une situation professionnelle complexe. Elle avait été presque réduite en esclavage, une pratique encore en cours au Brésil, qui consiste à obliger une personne à travailler, en l’asservissant de dettes et en la retenant sur son lieu de travail. Grâce à ce souci d’embaucher des femmes en situation de vulnérabilité, l’entreprise a reçu la certification "Droits humains et diversité" de la Mairie de São Paulo.

Cette initiative fait partie des portraits positifs proposés chaque mois par le quotidien Folha de São Paulo sous le titre "négoces pluriels".

Le boom des licornes au Brésil

Après des investissements records, le Brésil a vu naître en fin d’année 10 nouvelles licornes, soit des entreprises estimées à plus d’1 milliard de dollars sur le marché. La première était l’appli de taxi chinois 99, en 2017. Malgré la crise économique au Brésil, la baisse du réal par rapport au dollar a attiré les investissements étrangers : près de 9 milliards de dollars ont été investis dans les secteurs de l’innovation et de la technologie en 2021, plus du double par rapport à l’année précédente. Il y a donc aujourd’hui 18 start-up milliardaires au Brésil, dont 7 de fintechs. São Paulo, locomotive économique du pays reste surreprésentée, avec 7 licornes.

Les nouvelles licornes n’évoquent sans doute pas grand-chose hors du Brésil, elles sont issues de la fintech et du commerce en ligne, à savoir : MadeiraMadeira (vente de meubles en ligne), Hotmart (créer ses cours en ligne), mercado Bitcoin, Unico (reconnaissance faciale pour entreprise), Fret.com, etc.

L’inédite fuite des cerveaux

Le quotidien O Globo évoque depuis plusieurs semaines la fuite des cerveaux brésiliens, soulignant qu’entre 2 000 et 3 000 chercheurs sont à l’étranger, selon une enquête du Centre de gestion des études stratégiques. Il n'y a jamais eu autant de Brésiliens qui quittent le Brésil ou vivent en dehors du Brésil ! Plusieurs articles dans la presse économique y sont consacrés. Leur nombre a augmenté de 35 % entre 2010 (fin du deuxième gouvernement Lula) et 2020. La destination phare reste les Etats-Unis, ensuite plusieurs pays européens dont le Portugal, lusophone comme le Brésil, encore perçu comme terre d’opportunité malgré la crise et les bas salaires en Europe.

L’arrivée au pouvoir du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, début 2019 et l’enlisement dans la crise économique sont les principaux facteurs de départ des expatriés brésiliens. Certains ne s’opposent pas nécessairement à la politique du gouvernement, mais choisissent l’exil aux Etats-Unis pour des raisons économiques.

Le "travail sûr et sain" n’est pas un principe selon Jair Bolsonaro

Le gouvernement de Jair Bolsonaro s'oppose à l'inclusion de "conditions de travail sûres et saines" comme l'un des principes fondamentaux de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), relève le quotidien économique Valor. Le sujet sera inscrit à l'ordre du jour de la conférence internationale du travail, en mai, pour approbation par les gouvernements, les travailleurs et les employeurs. La position du gouvernement laisse le Brésil pratiquement isolé sur la scène internationale dans cette discussion, car seule la Colombie s'oppose encore à l'initiative, selon le journal. Le ministère brésilien du Travail a agi pour tenter d'empêcher la proposition d'aller de l'avant, affirmant qu'il pourrait y avoir une vague de poursuites en matière de droit du travail. Au sein de l’Organisation et entre plusieurs pays, la peur du gouvernement brésilien actuel est considérée comme exagérée. Toutefois, ce principe devrait sans difficulté être entériné. Chaque année, 2,78 millions de décès sont dus à des maladies liées au travail, selon les dernières estimations de l'OIT. Outre la souffrance des familles, les coûts économiques sont énormes pour les entreprises et les pays. Les pertes liées aux indemnisations, aux journées de travail perdues, aux interruptions de production, aux formations et reconversions et aux dépenses de santé représenteraient 3,9 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Les normes internationales du travail sont élaborées par des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs et adoptées lors de la conférence internationale du travail de l'OIT. En ratifiant une convention, un pays s'engage à l'appliquer.

L'OIT a organisé un "Forum mondial multilatéral de haut niveau pour une reprise centrée sur l'humain", du 22 au 24 février, virtuellement, réunissant des chefs d'État et de gouvernement, des chefs d'organisations internationales et de banques multilatérales de développement, des représentants des employeurs et des travailleurs du monde entier. Mais Jair Bolsonaro n'y a pas participé.

Un analphabétisme en hausse

Le nombre d’enfants de 6/7 ans ne sachant ni lire ni écrire au Brésil a augmenté de 66 % durant la pandémie de Covid-19. Les écoles brésiliennes sont restées fermées de longs mois, selon un rapport publié mardi 8 février 2022 par l’association Todos Pela Educação (tous pour l’éducation). Un record ! Selon les données officielles compilées par cette ONG, 40,8 % des élèves de cette tranche d’âge décisive pour l’alphabétisation étaient encore illettrés en 2021. Cela représente 2,4 millions d’enfants illettrés, contre 1,4 million en 2019. Ce "retour en arrière" aura des conséquences dans la décennie qui vient lors de leur entrée sur le marché du travail. En attendant, l’ONG a qualifié ces données de "préoccupantes" et alerté sur les risques de décrochage scolaire précoce massif dans le plus grand pays d’Amérique latine. "Nous avons besoin de toute urgence de politiques cohérentes pour permettre à ces enfants d’être alphabétisés et de poursuivre leur scolarité", a réclamé dans un communiqué Gabriel Corrêa, responsable des questions de politiques publiques pour Todos Pela Educaçao. "Un tel retour en arrière est inadmissible", a-t-il ajouté. La fermeture des écoles au Brésil a creusé les inégalités, un grand nombre d’élèves pauvres étant dans l’impossibilité de suivre les cours en ligne faute d’accès à une connexion internet de qualité à domicile. Caractérisé par son racisme structurel, le Brésil a davantage encore pénalisé les enfants noirs et métis :  près de la moitié des enfants noirs de 6 et 7 ans (47 %) ne savent ni lire ni écrire, contre 44 % pour les métis et 35 % pour les blancs.   De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille

Un mot de contexte pour dire que l'Inde n'a pas pris position contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine même si Modi, le premier ministre, a demandé à Vladimir Poutine au téléphone “un arrêt immédiat de la violence”. L'Inde a en effet besoin des Etats-Unis et de la Russie pour mener sa propre défense à ses frontières dans la région de l'Himalaya. De nombreux partenariats militaires existent entre l'Inde et la Russie.

New Delhi essaie de faire revenir tous ses étudiants bloqués en Ukraine

Selon le site Web "Study In Ukraine", un grand nombre d’étudiants viennent en Ukraine parce qu’il est moins cher d’y poursuivre des études de médecine. De plus les diplômes obtenus en Ukraine sont reconnus dans le monde entier, y compris par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Conseil européen et d’autres organismes mondiaux. En outre, il existe des possibilités de résidence permanente et d’installation en Europe après la fin du programme d’études en Ukraine, a déclaré le site Web. Outre les cours de médecine, certains étudiants indiens sont également inscrits à des cours d’ingénierie en Ukraine. Combien y a-t-il d’étudiants indiens en Ukraine ? Selon le site Web du ministère ukrainien de l’Éducation et des Sciences, il y a plus de 20 000 ressortissants indiens en Ukraine, dont 18 000 sont des étudiants. Ils constituent le groupe le plus important parmi les quelque 76 000 étudiants étrangers qui étudient en Ukraine. Après 10 jours de guerre, environ 4 000 Indiens avaient pu quitter l’Ukraine, mais 16 000 y étaient toujours bloqués.

De nombreux étudiants indiens ont partagé des messages sur les médias sociaux depuis des abris tels que des stations de métro souterraines et des sous-sols au milieu des bombardements et des attaques de missiles par les forces russes.

Inquiétudes sur les conséquences de la pandémie sur le niveau éducatif des enfants

Toujours dans l'éducation, le gouvernement indien prévoit de mener une enquête nationale auprès des élèves de grade 3 (8-9 ans) pour évaluer l’ampleur de la perte d’apprentissage due aux interruptions de la scolarité régulière causées par la pandémie. Selon des sources du ministère de l’Éducation de l’Union et du Conseil national de la recherche et de la formation en éducation (NCERT), l’enquête, une "étude d’apprentissage fondamental" impliquera des interactions en face à face entre des élèves et des enquêteurs de terrain spécialement formés. L’enquête, qui sera réalisée en 22 langues, devrait se tenir vers la fin du mois de mars. L’initiative intervient à un moment où des enquêtes de terrain au Karnataka, au Chhattisgarh et au Bengale occidental, menées par la Pratham Education Foundation, ont révélé des niveaux inquiétants de lacunes en matière d’apprentissage, en particulier chez les enfants des classes primaires inférieures. Par exemple, dans le Chhattisgarh et le Bengale occidental, le pourcentage d’enfants de classe 3 (8-9 ans) qui pouvaient lire un manuel de classe 2 est tombé à 12,3 % et 27,7 % respectivement en 2021, contre 29,8 % et 36,6 % en 2018.

"L’enquête évaluera les composantes de littératie et de numératie de l’apprentissage fondamental. Elle examinera si un enfant est équipé des compétences de base pour atteindre ce niveau d’apprentissage. Par exemple, avec les additions et les soustractions de base, nous verrons dans quelle mesure un enfant relie le concept de nombres dans la vie quotidienne”, explique un responsable.

La cybersécurité : une des principales préoccupations des grandes entreprises

Autre sujet d'importance, l’Inde a connu une recrudescence des cyberattaques dans le contexte de l’adoption rapide des services numériques lors du confinement imposé à la suite de la pandémie de coronavirus. L’enquête sur les risques en Inde 2021 se concentre sur quatre menaces importantes posées par l’insécurité de l’information et la cybersécurité : le vol de données, les incidents de conformité et de réglementation, les attaques de cyberinfrastructure et l’usurpation d’identité. Selon les données partagées par le ministère des Technologies - MoS Electronics and IT - en août 2021, le nombre total des incidents de cybersécurité comprenaient le piratage de 15 651 sites Web indiens en 2021. Ce nombre s’élevait à 26 121 en 2020. De même, 12 000 incidents de cybersécurité ont eu des répercussions sur les organisations gouvernementales en juin 2021. Les entreprises accélèrent leur transformation numérique et la cybersécurité est devenue une préoccupation majeure. Pourtant, de nombreuses entreprises ne fournissent toujours pas un environnement de travail à distance "cyber-sûr". Or, si les problèmes de cybersécurité sont ignorés, les conséquences pour la réputation, les opérations, la légalité et la conformité risquent d'être graves.
  • En février 2021, la violation de données d’Air India a touché plus de 4,5 millions de passagers après une cyberattaque sophistiquée contre SITA (une société basée en Suisse fournissant des services passagers au système de contrôle du trafic aérien du pays). L’attaque a été menée sur ses serveurs basés aux États-Unis.
  • En mars 2021, une attaque ransomware a été menée sur le projet Smart City de la Pimpri-Chinchwad Municipal Corporation dans le district de Pune, géré par Tech Mahindra.
  • En octobre 2020, le célèbre groupe alimentaire de Haldiram a fait face à une attaque de ransomware, et les attaquants ont exigé 750 000 $.
  • En novembre 2020, l’équipe indienne d’intervention en cas d’urgence informatique (CERTIn) a émis un avertissement contre la propagation du virus ransomware "Egregor" capable de voler des données d’entreprise vitales.

Le gouvernement indien a créé l’Équipe indienne d’intervention en cas d’urgence informatique, agence nationale pour la cybersécurité, afin d’exécuter des fonctions telles que la collecte, l’analyse et la diffusion d’informations sur les cyberincidents, la prévision et l’alerte des incidents de cybersécurité, la prise de mesures d’urgence pour faire face aux incidents de cybersécurité et la publication de lignes directrices, d’avis, de notes de vulnérabilité et de livres blancs relatifs à la sécurité de l’information.

La santé mentale des salariés, à surveiller de près

Il va falloir suivre de près la question de la santé mentale au sein de la société et des entreprises. Un sujet sur lequel les grandes entreprises avaient engagé des programmes pendant la pandémie (voir les précédentes veilles) et qui va sans doute avoir des conséquences à plus long terme. Une étude mondiale publiée dans The Lancet en octobre 2021 a estimé une augmentation de 35 % des problèmes de santé mentale en Inde, tandis qu’une enquête de l’UNICEF a révélé que près de 14 % des adolescents ont déclaré se sentir déprimés. Le propre rapport du gouvernement sur les suicides, publié par le National Crime Records Bureau, avait d'ores et déjà montré que les suicides avaient augmenté de 10 % en 2020.  

De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

Le welfare d’entreprise, clé pour la fidélisation des salariés et la qualité de vie au travail

Les initiatives de welfare d’entreprise – terme qui recouvre en Italie aussi bien les mesures liées à la protection sociale complémentaire qu’au bien-être des salariés – ont joué un rôle crucial dans la gestion des ressources humaines durant la pandémie, permettant de fournir des réponses précises et rapides aussi bien aux exigences de continuité de l’activité qu’aux nécessités personnelles. Dans la phase de reprise postpandémie, ces initiatives peuvent avoir un impact psychologique positif sur les salariés, se confirmant comme un outil de fidélisation et contribuant à la création d’un meilleur climat et d’une meilleure qualité de vie. Telles sont les principales conclusions du quatrième rapport sur le Welfare d’entreprise réalisé par l’association ADAPT (Association pour les études internationales et comparées sur le droit du travail et les relations sociales), cette année en partenariat avec la première banque italienne, Intesa Sanpaolo. Analysant les accords syndicaux signés dans les entreprises à partir de février 2020, le rapport note que les employeurs qui avaient précédemment mis en place des initiatives de welfare ont été avantagés dans l’adoption de solutions efficaces lors de la phase d’urgence. Aujourd’hui, le welfare devient un "facteur habilitant" pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire et faciliter la reprise de l’activité, en permettant notamment de lutter contre la baisse de motivation qui peut quelquefois conduire les salariés à démissionner – le fameux phénomène de la "Grande Démission". Comme le souligne Michele Tiraboschi, coordinateur scientifique de ADAPT, le rapport confirme "une vision des relations sociales selon laquelle le welfare d’entreprise n’est pas seulement (…) un outil pour lutter contre le recul du welfare public, mais un ensemble multiple et précieux d’instruments qui peuvent accompagner (…) les entreprises et les travailleurs dans les considérables transformations du travail que nous vivons, liées à la transformation démographique, digitale et écologique."

Les mesures de welfare d’entreprises font l’objet d’incitations fiscales – les salariés peuvent ainsi convertir avantageusement tout ou partie de leur prime de productivité en services en nature – mais le rapport note un glissement vers des services davantage liés à des "besoins de nature sociale", et moins à des aspects de pure consommation. Source : rapport "Welfare for People", ADAPT/Intesa Sanpaolo, février 2022.

Comment banques et assurances s’adaptent face au vieillissement des travailleurs

Comment gérer les différentes tranches d’âge, organiser le renouvellement générationnel tout en soutenant les seniors, faire face aux processus d’obsolescence des compétences tout en répondant aux nouvelles exigences de la clientèle ? L’institut de recherche public INAPP (Istituto Nazionale per l’Analisi delle Politiche Pubbliche) vient de publier une intéressante recherche portant notamment sur le secteur banques-assurances.  L’INAPP est très attentif aux thématiques liées à l’age management, particulièrement importantes dans l’un des pays les plus vieux du monde (les plus de 65 ans représentent plus de 22 % de la population) et où l’âge de la retraite est fixé à 67 ans, posant avec acuité la question des travailleurs seniors. "La rapidité qui caractérise l’actuelle révolution technologique, en particulier dans le champ de la robotique et de l’intelligence artificielle, a des effets explosifs dans les organisations (…). La technologie demande plus de rapidité dans la réalisation de l’activité, une approche multitasking, des compétences plus amples et multiples, mais aussi une augmentation des tâches à effectuer simultanément", notent les auteurs du rapport. Le secteur banques-assurances est au cœur de transformations qui ont entraîné de profondes restructurations, avec un énorme impact sur le travail, l’emploi et les compétences. Trois grandes tendances sont à l’œuvre :
  • l’acquisition de nouvelles compétences et profils professionnels (data scientists, data analysts, experts en cybersécurité, social media managers…) ;
  • la remise à jour et le renouvellement de compétences et profils existants. "Parmi les profils qui changent le plus, il y a tout d’abord les dirigeants", qui sont surtout des plus de 50 ans et sont "traditionnellement plus réticents au changement". Le manager devient toujours plus un coordinateur, et on lui demande de nouvelles compétences : donner un feedback, gérer des conflits, communiquer, écouter les nécessités de ses collaborateurs…. Egalement en première ligne, les responsables RH doivent être en mesure "d’accompagner ce parcours de changement" et de développer une approche psychologique vers les travailleurs, en particulier les seniors ;
  • enfin, la réduction et/ou la reconversion de profils désormais obsolètes, comme le personnel des guichets, les gérants de filiales etc.
Dans le secteur banques-assurances, note le rapport, trois générations cohabitent désormais. Si la formation joue un rôle-clé pour la requalification du personnel, "la nécessité croissante de réduction des coûts et le besoin de répondre rapidement aux transformations en cours ont rendu plus difficile ou coûteuse la reconversion des salariés par rapport à l’acquisition de nouveaux profils déjà formés, et a amené à des parcours d’accompagnement à la retraite du personnel plus âgé". Or, les seniors sont cruciaux pour représenter l’histoire de l’entreprise : "dans les banques en particulier, durant les phases de fusion, le transfert des compétences et de l’expérience des seniors aux juniors s’est déroulé surtout dans une logique de diffusion de la culture d’entreprise et du sens d’appartenance, l’un des éléments plus critiques à gérer." Lors des réorganisations, "la majorité des travailleurs plus âgés, pour lesquels il était nécessaire de repenser le travail quotidien, a démontré une grande capacité d’adaptation, même si celle-ci s’est accompagnée d’une frustration de fond pour la perte de rôle et de compétences", et donc de reconnaissance sociale. Les grandes banques et assurances orientent déjà leurs politiques RH vers des modèles personnalisés, prenant en compte les besoins des personnes : "on s’est rendu compte qu’une politique semblable pour tout le monde n’est pas efficace." Les personnes appartenant à des générations différentes n’ont pas les mêmes perceptions, et les exigences d’une même personne vont changer au cours de sa vie.

La "employee value proposition" doit donc être différenciée. Si les politiques destinées aux jeunes, dans une optique de rétention des talents, sont maintenant bien développées, ce n’est pas forcément facile d’adapter la notion de valeur aux travailleurs seniors. Valoriser davantage l’expérience et la compétence par rapport aux aspects liés à la hiérarchie, à la position et au rôle pourrait être mal vécu par les personnes proches de la retraite : il faut donc savoir communiquer pour éviter d’engendrer frustrations et démotivation. Source : rapport "Digitalizzazione e invecchiamento della forza lavoro nel settore dei servizi", INAPP.

Les stéréotypes de genre toujours très répandus

Alors que l’Italie souffre d’un retard historique sur le travail des femmes et le leadership au féminin, un sondage sur l’inclusion mené par Astraricerche pour la société pharmaceutique Gilead Sciences montre que les stéréotypes de genre ont la vie dure. Environ 30 % des Italiens (et un quart des femmes) pensent que la carrière, le leadership politique, le travail rémunéré sont conditionnés par le genre, et sont "naturellement" un apanage des hommes. Selon les sondés, les femmes sont pénalisées pour travailler dans certains secteurs ou certains métiers, soit par des facteurs physiques - une moindre force et résistance - selon 46,9 % des hommes et 43 % des femmes, soit par leur caractère (27,9 %). Pour plus d’un Italien sur cinq, si, dans un couple hétérosexuel, les deux partenaires travaillent, il est juste que l’homme ait davantage d’opportunités de développement professionnel que sa conjointe. Sources : Il Diario del Lavoro, Wired, ADN Kronos, 10/02.    

De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Partage des tâches et télétravail : vers une amélioration ?

L’article du Tôyô Keizai commence par rappeler des faits : le Japon est en bas du classement concernant la répartition des tâches domestiques. Le télétravail incite les hommes à se tourner vers leur foyer. Si le partage des tâches s’améliore, la tendance pourrait se confirmer à la sortie de la crise. D’après l’économiste Chihiro Inoue, les chercheurs estiment que le télétravail pourrait permettre une meilleure répartition de la charge domestique et de l’éducation des enfants. La prise d’un congé parental, même court, a déjà pour conséquence de resserrer les liens familiaux. Les pères qui prolongent ce congé semblent également plus impliqués dans leurs familles. Le fait que les tâches ménagères reviennent généralement aux femmes serait l’une des causes du faible taux de naissances et conforterait les inégalités dans le monde du travail. C’est une question sur laquelle la société japonaise devrait se pencher. L’auteure et ses corédacteurs se sont fondés sur une enquête du gouvernement japonais sur les pratiques de travail liées au coronavirus, qui compare la situation entre décembre 2019 et décembre 2020. Il faut prendre en compte le fait que la part de télétravailleurs et les raisons du télétravail ont bien changé entre ces deux périodes. Les employés étaient-ils forcés de travailler depuis chez eux, ou l’ont-ils fait volontairement ? Était-ce possible dans leur secteur d’activité ? Ces questions posées, en observant les chiffres, on constate que 6,2 % des hommes mariés ayant des enfants s’impliquent différemment dans les tâches ménagères et éducatives. Ils sont 9,3 % à prendre plus de responsabilités dans ces domaines, et 5,6 % à passer plus de temps en famille. Enfin, 11,6 % d’entre eux s’intéressent désormais plus à leur vie quotidienne qu’à leur travail. Malgré tout, les chercheurs remarquent que le taux de naissance a lui baissé de 0,2 %. Il semblerait que le télétravail n’ait pas eu d’impact sur celui-ci, ni sur le temps de travail.

Le télétravail semble en tout cas plébiscité par les travailleurs (88 % selon l’étude) comme par les entreprises. Source : Tôyô Keizai.

Métaverse pour les employés

Le groupe Pasona (entreprise d’intérim) veut entrer dans le métaverse. D’après une interview accordée au Mainichi Shinbun par Yasuyuki Nanbu, son président, l’entreprise mettra sur pied une équipe d’experts ce printemps prochain. Il espère ainsi offrir une nouvelle dimension au monde du recrutement. Selon M. Nanbu, le métaverse permettra à ses utilisateurs d’agir sans souci de discriminations de genre, d’âge, de handicap, etc.

Il ne s’agit pas simplement d’un outil de travail, car grâce à la plateforme, les employés pourront aussi explorer virtuellement des lieux de vacances, comme l’île d’Awaji à Hyôgo. Ce mois-ci, l’entreprise Panasonic devrait commercialiser des lunettes de réalité virtuelle, tandis que Sony prévoit des matchs de foot dans le métaverse. Source : Mainichi Shinbun.

Yoky Matsuoka : un vent de fraîcheur à Panasonic

Yoky Matsuoka est née au Japon en 1972. Espoir du tennis japonais, elle déménage aux États-Unis à l’âge de 16 ans, mais doit bientôt abandonner ses rêves à cause d’une blessure. Elle décide tout de même de poursuivre ses études à l’université de Californie à Berkeley et à l’Institut de technologie du Massachussetts, notamment en électrotechnique. Elle enseigne dans les universités Carnegie-Mellon et Washington, avant d’obtenir en 2007 la précieuse bourse MacArthur dite "genius grant". Dès lors elle se tourne vers le privé et cofonde la filiale de Google dédiée aux véhicules autonomes "Google X", avant de se lancer dans la recherche médicale avec Apple. En 2019, Panasonic la recrute pour ses compétences en robotique et en intelligence artificielle. D’après un professeur de management de l’université Waseda, la décision de Mme Matsuoka est surprenante car les salaires de l’industrie électronique japonaise ne sont pas compétitifs par rapport à leurs concurrents internationaux. Néanmoins, les principes du fondateur de Panasonic, Kônosuke Matsushita, font écho à ses propres convictions. Sa philosophie est presque un retour aux sources de l’entreprise : tenter de relever tous les défis, pour répondre aux besoins concrets des utilisateurs et du monde. Elle a donc fondé Yohana, une filiale autonome de Panasonic, dont elle assume les plus hautes fonctions depuis son siège de la Silicon Valley. Cette nouvelle filiale propose un service inattendu pour Panasonic : une application d’assistance domestique, depuis la prise de rendez-vous chez le docteur jusqu’au choix des cadeaux pour un événement.

Yoky Matsuoka, qui mène de front sa vie d’entrepreneuse et de mère de quatre enfants, a pensé ce service pour les parents qui seraient dans la même situation qu’elle. Elle apporte à l’entreprise traditionnelle nippone qu’est Panasonic le vent de fraîcheur de la Silicon Valley. Source : Sunday Mainichi.

Evolution du système d’emploi à la japonaise

Les changements du système de l’emploi à la japonaise tendent à l’occidentaliser depuis quelques années. Qu’ont en commun Fuji Television, Ajinomoto, Mitsubishi chemical, etc. ? Depuis deux ans, ces entreprises incitent leurs salariés de plus de cinquante ans à partir volontairement à la retraite. Pour le Japon, cette méthode de réduction des effectifs est une innovation récente. Au pays de l’emploi à vie, où le principe de l’indexation du salaire et de l’avancement à l’ancienneté fait foi, le monde du travail évolue peu à peu. Le système traditionnel japonais garantissait, jusqu’il y a peu, une grande stabilité à ses salariés. En échange d’un salaire très bas à l’arrivée dans l’entreprise, les employés étaient assurés d’avoir des revenus en constante augmentation et un travail jusqu’à la retraite. Ce système est très différent du modèle occidental, dans lequel les salariés sont spécialistes plutôt que généralistes. Les employés d’entreprises européennes ou américaines ont une fiche de poste sur laquelle est clairement indiquée la teneur de leurs responsabilités. La quantité et le contenu de leur travail sont établis, le salaire et l’avancement dépendent de négociations. À l’heure actuelle, les entreprises japonaises tendent à évoluer vers une troisième voie : un système dans lequel le salarié est plus précaire que dans le modèle traditionnel, mais où ses attributions sont clairement établies. Au lieu d’être basé sur l’ancienneté, le salaire prend aussi en compte le mérite et les jeunes employés peuvent prétendre à un salaire plus élevé. C’est aussi avantageux pour les entreprises, car un salaire indexé sur la séniorité des salariés est très contraignant lorsque ceux-ci se font plus nombreux. Cette problématique est bien réelle pour certaines compagnies japonaises, qui cherchent à la résoudre depuis la fin des années 90. Mais il reste difficile d’introduire la méritocratie dans un système basé sur une obéissance de principe aux ordres de l’entreprise. Ce modèle efface la volonté des salariés, qui subissent transferts et mutations. La troisième voie qui se dessine depuis quelques années prend plus en compte les compétences et les intérêts personnels des employés. Toutefois, si le Japon s’inspire des procédés occidentaux, ceux-ci présentent également des défauts. La méritocratie impose une remise en question constante de ses capacités, une course à la certification, une démonstration de ses progrès. En effet, dans les négociations en vue d’une augmentation ou d’une promotion, il faut pouvoir se démarquer et prouver son utilité.

S’il n’y a pas de modèle idéal, les bouleversements actuels du monde du travail (fin du système traditionnel, intelligence artificielle, crise…) sont autant de défis pour la société japonaise. Source : Tôyô Keizai.

Les demandeurs d’emploi prennent des cours du soir

Yûmi Katô, professeure d’économie à l’université Meiji, revient sur cette nouvelle tendance qui consiste pour les demandeurs d’emploi à se former dans des juku, des écoles du soir privées. Elle entame son exposé par un chiffre choc : en 2016, le géant de l’agroalimentaire Meiji était pris d’assaut par 11 000 candidats. Seuls quatre élus ont été reçus. Pour Mme Katô, la raison majeure de cette disproportion est la libéralisation de la concurrence sur le marché du travail. Depuis une quinzaine d’années, les sites de recrutement, tels que Rikunabi ou Mainabi connaissent une sorte d’âge d’or grâce à l’essor de la candidature spontanée. Dans un souci d’égalité et d’impartialité, n’importe qui est invité à se présenter, y compris dans des entreprises qui n’ont rien à voir avec son domaine de spécialité. Résultat : les sociétés les plus prestigieuses ou les plus populaires sont submergées de demandes. Le nombre de diplômés est bien plus élevé qu’auparavant, et si l’on parlait jusqu’ici de "guerre de l’entrée à l’université", depuis peu c’est le terme de "guerre du marché de l’emploi" qui revient. La situation s’est inversée depuis la génération de la bulle financière, entrée dans le monde du travail lorsque le marché japonais était à son apogée (fin des années 80). De plus, la tendance préexistait à la crise du coronavirus, mais celle-ci n’arrange rien. Directement ou indirectement, la pandémie a forcé de nombreuses entreprises à restreindre leur recrutement. Comment faire partie des élus ? Les lycéens désireux d’entrer dans des universités d’élite s’escriment dans des juku très coûteux, et répètent sans relâche des examens blancs, avec l’espoir ténu de triompher des épreuves. Certains prennent même des années sabbatiques pour retenter les concours. Mais il n’existe pas d’examen blanc pour entrer dans les entreprises qui font rêver les demandeurs d’emploi. Malgré tout, les juku parviennent à tirer leur épingle du jeu. Ils se procurent les questions posées aux candidats des entreprises les plus prestigieuses les années passées, et pratiquent des entretiens blancs avec les étudiants. Ils les forment également à des qualités reconnues en entreprises, telles que la communication en interne ou le japonais des affaires. Les entreprises délivrent, parfois un an avant la date effective d’entrée dans le service, de précieuses promesses d’embauche. Avec la concurrence rude de ces dernières années, il faut parfois chercher un emploi dès la première ou la deuxième année d’université. Pour se démarquer, la professeure recommande de se différencier et de se présenter comme une personne unique et originale pour attirer l’œil des employeurs. Des qualités qui ne s’apprennent pas dans les livres. Source : Economist.  

De notre correspondant au Maroc

22 % des femmes actives avant la crise sont maintenant sans emploi

Le taux de participation économique des femmes, en recul ces dernières années, a plongé suite à la crise sanitaire. Dans le contexte actuel, si la vapeur n’est pas inversée, l’objectif de porter le taux de participation économique des femmes à 30 % durant le mandat du gouvernement semble être compromis.

Les prémices d’une dégradation était bien perceptible bien avant l’arrivée du Covid-19, qui constitue un véritable retour en arrière en la matière. Le taux d’activité des femmes, qui ne cesse de baisser, a atteint en 2020 son niveau le plus bas depuis 1999, soit 19,9 %, contre 21,5 % en 2019. Autrement dit, plus de huit femmes sur dix sont en dehors du marché du travail, dans un pays qui aspire à l’émergence. Clairement, les femmes sont celles qui pâtissent le plus aujourd’hui du chômage.

Professionnaliser les entraîneurs de chevaux de courses

L’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir (UM6P) et la Société Royale d’Encouragement du Cheval (SOREC) ont signé, mercredi à Bouznika, une convention de partenariat pour la mise en place du Module entrepreneurial et de formation des entraîneurs de chevaux de courses. La mise en place de ce module se fera à travers le programme de formation entrepreneurial de l’UM6P, à savoir Entrepreneur Academy. Signée au centre d’entraînement des chevaux de courses de Bouznika, la convention assurera la mise en œuvre de structures visant la création, la construction, le développement et l’implémentation des projets dédiés à la professionnalisation des métiers liés à la filière du cheval, comme c’est le cas à l’Académie nationale des courses. En effet, cette Académie permettra d’assurer une formation diplômante des cavaliers et des entraîneurs des chevaux de courses de façon à professionnaliser les métiers liés à cette filière et encourager l’entreprenariat dans le monde rural. Ce programme de formation des entraîneurs s’inscrit dans l’Académie nationale des courses, une initiative ayant pour but de former de jeunes entrepreneurs dans le monde rural. "Avec la SOREC, nous cherchons les moyens d’accompagner les entraîneurs de chevaux de course, pour leur permettre d’acquérir l’esprit entrepreneurial, qui constitue un paramètre important pour le développement économique, que ce soit dans les villes ou la campagne", a indiqué le président de l’UM6P.

Entrepreneur Academy est un programme d’éducation et de formation en entrepreneuriat. Il travaille sur la conception de programmes personnalisés et sur mesure qui développent la mentalité et les compétences pratiques des étudiants, en leur donnant des outils et des principes fondamentaux pour identifier, valoriser et exécuter une opportunité entrepreneuriale.

Premiers contrats d’embauche dans le cadre de l’École du Développeur U’DEV de CGI

CGI, leader mondial du conseil et des services IT end-to-end, a célébré, vendredi 25 février 2022, la cérémonie de signature des contrats d’embauche à durée indéterminée pour l’ensemble des lauréats de la première promotion de son Ecole du Développeur U’DEV, officialisant ainsi l’intégration de ces derniers à son site de Fès. Durant la cérémonie qui s’est tenue sur le site de CGI à Fès, le directeur général adjoint de CGI au Maroc a félicité les lauréats pour leur réussite malgré les difficultés liées au contexte sanitaire. Il a également chaleureusement salué les efforts des partenaires pour leur implication dans cette première promotion. En particulier l’Université Euro-Méditerranéenne de Fès qui, face aux défis de la formation à distance, a fait preuve d’une grande agilité et réactivité en mettant à disposition des étudiants toutes les solutions pour leurs formations : des ressources numériques et audiovisuelles, des ateliers encadrés par le corps professoral, des forums d’échange entre pairs et une plateforme digitale ont ainsi été déployés en un temps record afin de réunir les conditions optimales de réussite. U’DEV a ouvert ses portes le 17 février 2020 à Fès. Véritable école de la deuxième chance, elle s’adresse aussi bien aux étudiants qu’aux demandeurs d’emploi titulaires d’un Bac+2. L’école permet aux jeunes en difficulté d’insertion professionnelle de bénéficier durant deux ans d’un cursus diplômant de qualité, gratuit et rémunéré avec à la clé un CDI sur le site de CGI à Fès. Avec à peine 8 000 profils formés aux métiers du numérique chaque année au Maroc, pour un besoin qui s’estime autour des 60 000 profils, les entreprises sont confrontées à une réelle pénurie de talents. Avec U’DEV, CGI apporte une solution concrète et durable qui témoigne de l’engagement de l’entreprise en matière de création d’emplois. Avec ces premiers contrats d’embauche, CGI se positionne plus que jamais comme un partenaire de la ville, de la région Fès- Meknès et de l’ensemble des institutions engagées dans la formation des futurs professionnels du secteur IT au Maroc. "U’DEV constitue une véritable fierté pour CGI car nous avons été la première entreprise de services numériques à créer notre propre École du Développeur au Maroc. Grâce à l’appui de nos partenaires qui ont adhéré pleinement à ce projet sociétal, nous avons formé et reconverti ces jeunes qui étaient en recherche de challenges et d’opportunités, pour faire partie de la famille CGI en tant qu’acteurs du numérique. Sur deux ans, ils ont suivi un parcours de formation en alternance personnalisé, gratuit, rémunéré et avec la garantie d’un emploi de développeur au sein de nos équipes".

Fondée en 1976, CGI figure parmi les plus importantes entreprises indépendantes de services-conseils en technologie de l’information (TI) et en management au monde. CGI compte 82 000 conseillers et professionnels établis partout dans le monde.

Les Eaux Minérales d’Oulmès meilleur employeur en 2022

Le leader du marché des eaux embouteillées s’est vu décerner la certification "Best Places To Work", dédiée aux entreprises les plus performantes en matière de conditions de travail. Une distinction qui récompense la confiance accordée par les collaborateurs à leur management. Lors de l’évaluation, 86 % des collaborateurs recommandent l’entreprise. A ce propos, Les Eaux Minérales d’Oulmès ne cesse de multiplier les actions afin d’attirer, de retenir et de fidéliser ses collaborateurs. Il s’agit, selon le top management de la société, d’accompagner les employés dans leur développement professionnel tout en assurant l’amélioration continue des processus. "La certification Best Place to Work nous rend particulièrement fiers puisqu’elle vient confirmer un engagement fort de nos collaborateurs, fruit des pratiques de transparence, d’équité et de bonne gouvernance menées au sein de notre entreprise.

L’une de nos plus grandes priorités est de continuer à offrir à nos collaborateurs un environnement de travail inclusif et propice au développement. En définitive, ils sont notre plus grande force", affirme le directeur général délégué des Eaux Minérales d’Oulmès.

Proman s’installe au Maroc

Proman, groupe français sur le marché du travail temporaire et des ressources humaines, a annoncé son implantation au Maroc dans le cadre de son déploiement à l'international, le premier sur le continent africain. Le marché marocain du travail temporaire étant "en forte croissance", le groupe français poursuit son développement international avec l’ouverture de plusieurs agences au Maroc et l’acquisition de VHP Assist, société spécialisée dans le travail temporaire et le recrutement dont le siège est à Casablanca et qui affiche une croissance rapide depuis sa création en 2018, indique le groupe dans un communiqué. Proman, qui ambitionne de devenir au Maroc un acteur incontournable des solutions RH flexibles et durables, est désormais présent dans 5 grandes villes du Royaume : Casablanca, Tanger, Agadir, Dakhla et Marrakech.  

De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Un projet pilote d’une semaine de travail de 4 jours au Royaume-Uni

Pendant que les entreprises du monde entier réfléchissent aux effets de la pandémie sur le monde du travail, une initiative anglo-irlandaise vise à démocratiser le passage à la semaine de quatre jours. Entre les mois de juin et décembre 2022, le centre de réflexion Autonomy, en collaboration avec des syndicats britanniques et irlandais, espère guider une trentaine d’entreprises dans leur modification de leur organisation liée au changement de leur temps de travail. Avec bien sûr une notion claire : le salaire des employés ne devra pas diminuer. Les résultats de ces expériences seront analysés par les universités de Cambridge, d’Oxford et le Boston College. Aux yeux du responsable du programme pilote Joe O’Connor, employé du syndicat irlandais Forsa, le passage à la semaine de quatre jours "permettra aux entreprises de se concentrer sur leur production et plus seulement sur le temps passé au bureau. Il réduira les absences pour maladies et les burn out". Surtout, principal attrait pour les entreprises, "il facilitera le maintien en poste des employés, alors que les entreprises ont de plus en plus de mal à les retenir depuis six à huit mois. " Depuis le début de la pandémie, 562 000 Britanniques ont quitté volontairement le marché du travail. La décision de dizaines de milliers de travailleurs européens de retourner vivre dans leur pays d’origine afin de ne pas être à l’avenir coupés de leur famille a un peu plus aggravé la situation. Surtout qu’il est désormais impossible d’embaucher des citoyens européens sans visa de travail, Brexit oblige. Dès lors, dans de nombreux secteurs en manque de main d’œuvre, les employés sont devenus plus exigeants et n’hésitent pas à partir chez le plus offrant. Surtout parmi les plus jeunes, moins attachés à leur employeur. La semaine de quatre jours fait ainsi partie de la panoplie des avantages proposés par les employeurs. Il n’est pas étonnant que ce programme pilote soit expérimenté au Royaume-Uni. Le pays fait déjà figure de laboratoire en matière de flexibilité du temps de travail. Même s’ils n’étaient pas généralisés, le travail à temps partiel et le travail à domicile étaient déjà largement développés avant la pandémie afin de répondre aux attentes des nouveaux arrivants sur le monde du travail, bien plus réticents que leurs aînés à passer d’interminables journées à leur bureau. Conscients qu’une plus grande diversité, synonyme de variétés d’approches, leur serait in fine bénéfique, les dirigeants des entreprises britanniques ont également promu cette flexibilité afin d’attirer plus de femmes au sein de leurs équipes. De fait, les statistiques officielles révèlent que les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel : 5,7 millions contre 2,1 millions, dont 4,4 millions qui ne veulent pas d’un emploi à temps plein. Au final, une évolution vers une semaine de quatre jours ne représenterait donc pas une révolution de la perspective et de l’activité des services des relations humaines ou des directions opérationnelles. Pour encourager les entreprises à franchir le pas, les promoteurs de ce programme pilote ont prévu des stages de préparation destinés aux entreprises participantes lors des mois d’avril et de mai. Elles bénéficieront ensuite "d’un accès inégalé à l’expertise, aux outils et aux ressources dont vous aurez besoin pour réussir cette tentative". En l’occurrence, elles se feront transmettre l’expérience acquise par leurs pairs déjà passés à 32 h par semaine sur quatre ou cinq jours ou à 35 h sur quatre jours. A ce jour, quarante-huit entreprises britanniques supportrices du projet, principalement dans le secteur des services, se vantent de suivre ce rythme horaire. Ce soutien vise sans doute à rassurer les entreprises. Lors d’une enquête sur la semaine de quatre jours publiée en 2019, la Henley Business School, intégrée à l’université de Reading, avait mis en avant les gains engrangés par les entreprises ayant déjà initié ce processus. Elle n’avait pourtant pas caché la réticence des employeurs. Si 63 % des 505 dirigeants interrogés estimaient que la semaine de quatre jours leur permettrait "d’attirer le personnel adéquat", 73 % l’imaginaient "trop compliquée à gérer une fois mise en place".

Les bouleversements engendrés par la pandémie ont peut-être atténué ces inquiétudes. Trois ateliers en ligne ont eu lieu pour répondre aux interrogations des dirigeants intéressés par ce projet pilote. Leur succès, ou non, permettra aux organisateurs d’estimer l’attractivité de leur projet.

Comment réattirer les gens vers le monde du travail

Entre décembre 2019 et décembre 2021, 449 000 Britanniques ont quitté le marché du travail, soit après avoir perdu leur emploi soit par choix. L’immense majorité de ces départs concernent les hommes, qui représentent 358 000 d’entre eux. Le Bureau national des statistiques a enquêté sur ces départs pour tenter de comprendre leurs motivations. Les raisons sont multiples : la retraite (47 %), la pandémie (15 %), une maladie (13 %) et des problèmes psychologiques ou de santé mentale (10 %). Mais 11 % ont indiqué ne plus vouloir travailler et 10 % vouloir changer de mode de vie. Parmi eux, 59 % ont indiqué qu’ils ne comptaient pas reprendre un emploi payé à l’avenir. Il leur a été demandé comment les employeurs pourraient les faire changer d’avis. L’immense majorité, 79 % d’entre eux, considère que rien ne les fera changer d’avis. Mais 10 % le pourraient s’ils pouvaient à l’avenir travailler depuis chez eux, 9 % s’ils disposaient d’horaires flexibles et 4 % si les horaires et les besoins du travail étaient adaptés à leurs activités d’aide à d’autres membres de la famille. Parmi les 41 % qui ne rejettent pas la possibilité de retrouver un travail, l’aspect social du monde du travail et l’argent sont les deux principales motivations (citées par 54 % et 52 % des interrogés). 45 % reprendraient un travail qui correspond à leurs qualifications. Enfin, la flexibilité du travail est citée par 36 % comme leur principal critère pour choisir un nouvel emploi, suivi de la possibilité de travailler de la maison (18 %) et de pouvoir continuer à aider leurs proches (16 %).  

  De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

Augmentation massive des hauts salaires pour contrer la grande démission

Amazon a surpris son monde en relevant le maximum des salaires de base proposés à 350,000 $ par an pour ses cadres. Jusqu’à présent, ce plafond était à 160,000 $, ce qui selon le quotidien New York Times est bien en deçà de ce que proposent Google, Meta, Apple ou encore Microsoft. La direction d’Amazon a justifié cette mesure très généreuse, par l’état hyper concurrentiel du marché du travail. Le géant du e-commerce aurait en effet perdu 50 vice-présidents en 2021, partis voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Pour retenir les meilleurs, les groupes high tech alignent dorénavant promotion et hausse des revenus. C’est ainsi qu’Apple a versé de très beaux bonus de fin d’année, allant pour certains jusqu’à 180,000 $. Et Alphabet a dépassé la barre du million de $ pour quatre cadres supérieurs que le groupe tenait à garder. Meta, anciennement Facebook, est en pleine campagne de recrutement pour gonfler sa division métaverse. Et n’hésite pas à sortir son carnet de chèque.

Le même phénomène touche les banques. Bank of America a fait passer le salaire de base de ses jeunes analystes de 85,000 $ par an à 100,000 $. L’objectif : contrer les offres des autres banques, des fonds d’investissement et des start-up.

Zoom serait-il déjà ringard ?

Nous avons à peine eu le temps de nous habituer aux réunions sur Zoom que déjà un nouvel outil, beaucoup plus complexe s’annonce : l’univers virtuel métaverse. Un grand de l’audit PriceWaterhouseCoopers a acheté un espace dans Sandbox et un de ses confrères Prager Metis s’est offert un immeuble de 3 étages sur Decentraland. Objectif : s’assurer une place virtuelle pour pouvoir y rencontrer ses collègues et ses clients. Dans ce nouvel espace on peut faire beaucoup plus que discuter en ligne. On travaille ensemble sur des prototypes en 3 D, des jouets, des vêtements ou des machines. Avec des gants spéciaux, on peut en effet manipuler un produit en 3D. Le dispositif d’embauche est de même bouleversé. Plus besoin de rencontrer dans la vraie vie les candidats, tout se fait virtuellement. Et l’on n’a plus de limite géographique. Les intéressés peuvent vivre très loin.

La formation est de même chamboulée : Accenture par exemple commence à utiliser métaverse. On peut se servir de ces lieux de rendez-vous pour apprendre à actionner des machines, ou emballer des produits. Les outils nécessaires sont encore lourds, chers, pas si faciles à manipuler. Mais ils deviendront de plus en plus légers et maniables.

Les difficultés de la Supply Chain poussent au retour de la production aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, on appelle cela le reshoring, ou encore le retour de la production vers la terre de l’Oncle Sam. Depuis plusieurs années, les économistes en parlent, sans toutefois constater des mouvements massifs des usines depuis l'Asie vers l’Amérique. Mais les difficultés rencontrées par la Supply Chain, les retards de livraison et l’explosion des coûts de transports ont poussé certains entrepreneurs à repenser leurs projets d’investissements. Dans le secteur de l’automobile par exemple, General Motors évoque un investissement de 4 milliards de dollars pour construire des batteries électriques dans le Michigan. Toyota va ouvrir sa propre usine de batteries en Caroline du Nord. Le géant Coréen Samsung investit 17 milliards de dollars dans une usine de semi-conducteurs au Texas. La nouvelle tendance est de s’installer près de ses clients. Ce qui permet de sécuriser la chaîne d’approvisionnement. Il n’y aura plus de rupture de livraison.

Et en même temps de réduire la pollution causée par les transports au long cours. Un argument qui s’entend de mieux en mieux dans l’automobile, l’aéronautique, la défense ou encore l’industrie pharmaceutique. Un quart de siècle plus tôt, 17 millions d’Américains travaillaient dans les usines, aujourd’hui ils ne sont plus que 12,5 millions. Il y a encore du chemin à parcourir.

Fin de l’arbitrage sur le harcèlement sexuel en entreprise

Le Sénat vient d’approuver une loi permettant aux employées de sortir du processus d’arbitrage, lorsqu’elles se disent victimes de harcèlement sexuel ou de violences sexuelles. Ce projet ayant aussi obtenu le feu vert de la Chambre des Représentants, il ne manque plus que la signature du président Joe Biden pour qu’il devienne loi. Les victimes auront alors la possibilité de poursuivre en justice l’agresseur et l’entreprise qui n’a pas su les protéger. Le processus d’arbitrage est depuis longtemps dans la ligne de mire des féministes et de leurs alliés. Aux Etats-Unis, les nouveaux embauchés signent souvent en même temps que leur contrat de travail, cette clause selon laquelle tout futur différend sera discrètement réglé en interne par des arbitres. Près de 60 millions d’employés l’auraient signée, souvent sans le savoir. Les féministes accusent l’arbitrage de minimiser les compensations financières, tout en laissant le harceleur poursuivre tranquillement sa carrière.  L’accord des élus républicains, d’habitude hostiles aux initiatives des Démocrates, a été obtenu car la levée de l’arbitrage se cantonne aux violences sexuelles, les autres sujets de discorde seront toujours réglés en interne.

Quoi de Neuf

Vu d’ailleurs : un survol international des pratiques RH

Article du 19 mai
> De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher
  • Coca-Cola Brésil veut plus de noirs aux postes à responsabilité
  • 81 % des chômeurs de longue durée sont issus des classes les plus défavorisées
  • Offrir à ses salariés une mutuelle pour ses animaux domestiques
  • Recruter et compter sur les personnes neurodivergentes
  • Les grandes entreprises vaccinent leurs salariés
  • La préoccupante situation des enfants qui travaillent
  • La pêche aux likes sur LinkedIn
  • Les femtech à l’assaut des investisseurs
>  De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille
  • Reprise de l'embauche
  • Recherche de profils seniors pour négocier la période post-Covid
  • Fort turn-over, et clause de non-concurrence
  • Face à la cybercriminalité, certains groupes font le choix de la diversité des profils recrutés
>  De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli
  • 240 000 jeunes diplômés introuvables, surtout dans les disciplines scientifiques et techniques
  • Près de 30 % des lycéens italiens s’imaginent travailler à l’étranger
  • Les bonnes pratiques de la parentalité en entreprise
  • La formation des salariés toujours plus importante dans les plans stratégiques
> De notre correspondante au Japon, Agnès Redon
  • Les défis du Rengô
  • Egalité professionnelle : le Japon encore à la traîne
  • Les nouvelles alliances politiques du Rengô
> De notre correspondant au Maroc
  • La question de l’intégration des jeunes du monde rural
  • Double emploi : Entre option et obligation
  • Tanger / OFPPT : Les ”Pro'Days” sous le signe du verdissement des métiers
  • Les informaticiens marocains toujours en tête des recrutements
  • L’outsourcing crée 10 000 emplois par an au Maroc
> De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon
  • Le Brexit a bien provoqué une hausse salariale plus importante sur les emplois occupés par de nombreux Européens
  • P&O Ferries, le scandale qui a défrayé la chronique sociale britannique
> De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale
  • Le travail à distance pour lutter contre l’inflation
  • Le travail à distance sollicité par les employés
  • Les nouveaux MBA raflent la mise
  • La loi antitrust lutte contre les ententes illégales sur les salaires
 

De notre correspondante au Brésil, Marie Naudascher

Coca-Cola Brésil veut plus de noirs aux postes à responsabilité

L’entreprise américaine veut atteindre les 30 % de postes de manager occupés par des afro-brésiliens d’ici 2030. En 2022, ils ne sont que 14 % à exercer des responsabilités alors même que selon le dernier sondage de grande ampleur qui date de 2010, plus de 55 % de la population se déclarent comme noirs ou métis. Cette mesure concerne aussi les collaborateurs : les afro-brésiliens devront passer de 30 % à 45 % au cours des huit prochaines années. Pour Leila Luz, gérante de la diversité et de l’inclusion du Groupe Coca-Cola au Brésil, ˝cette décision vise à faire réagir d’autres entreprises qui font partie de la chaîne de production du géant des sodas˝.

Au Brésil, la majorité des travailleurs informels qui n’ont aucun contrat de travail sont des afro-brésiliens. Pour certains, c’est la solution pour entreprendre, avec ce que cela suppose en termes de difficultés d’accès au crédit parmi les freins les plus rudes à déverrouiller, mais pour la plupart des Brésiliens, c’est la qualité de l’éducation publique qui représente un réel handicap lors de l’insertion sur le marché du travail. Plusieurs événements de grande ampleur tentent de valoriser l’afro-entreprenariat au Brésil, mais les vraies avancées pour de meilleurs emplois pour les classes populaires ne seront effectives que via des politiques publiques. En attendant, la Feira Preta (le plus grand événement de la culture noire d’Amérique Latine) qui célèbre en 2022 sa 20e année, vise à faire se rencontrer les investisseurs et producteurs/entrepreneurs noirs. Et pour la première fois, un événement appelé “Expo Favela” occupera les chics immeubles du World Trade Center de São Paulo pour montrer aux habitants du béton (hors des favelas) que les entrepreneurs des favelas sont pleins de talents.

81 % des chômeurs de longue durée sont issus des classes les plus défavorisées

Le scénario du chômage ne fait que s’empirer parmi les classes les moins favorisées. Il y a 3,7 millions de Brésiliens sans emploi depuis plus de deux ans. Parmi eux 81 % appartiennent aux classes D et E, les catégories qui gagnent moins de 2 000 reais par mois (environ 400 euros) selon une enquête réalisée par Tendências Consultoria Integrada et publiée par le journal O Estado de S. Paulo. Le nombre de personnes au chômage depuis plus de deux ans a augmenté dans le pays. En 2015, ces personnes représentaient 17 % des chômeurs ; aujourd'hui, elles en représentent 26 %, preuve de la difficulté à trouver un emploi. ˝La participation des plus pauvres au chômage de longue durée est supérieure à la participation de ces ménages dans la pyramide sociale (65,7% selon la PNAD – enquête annuelle réalisée auprès des ménages)˝, précise l'économiste Lucas Assis, responsable de l'enquête.

Dans un pays déjà très inégal, les chômeurs de longue durée des classes D et E croissent bien plus que ceux des classes qui gagnent mieux leur vie. Entre 2015 et 2021, le nombre de personnes sans emploi depuis plus de deux ans dans les classes D et E a augmenté de 173 % ; dans les classes C, 86 % ; en B, 53 % ; et en A, il a chuté de 37 %. ˝Être au chômage aussi longtemps, c'est désapprendre des tâches, être dépassé par les nouvelles pratiques et avoir du mal à être aussi productif qu'avant˝, explique l'économiste. En perdant ses qualifications et en vieillissant, le travailleur réduit considérablement ses chances de réintégrer le marché du travail par rapport à quelqu'un qui est au chômage depuis moins longtemps. À l'échelle nationale, ce tableau représente une réduction du potentiel de croissance de l'économie à moyen et à long terme.

Offrir à ses salariés une mutuelle pour ses animaux domestiques

Il s’agit certes de l’initiative d’une entreprise qui propose produits et services aux propriétaires de chiens et chats, mais l’idée vaut la peine d’être relevée. Petlove&CO a commencé à offrir un nouvel avantage aux employés qui ont des animaux de compagnie : une mutuelle pour les chiens et les chats. Une bonne nouvelle pour les 93 % des salariés qui ont un animal de compagnie. La mutuelle comprend des consultations illimitées chez le vétérinaire, tant au cabinet qu'à domicile, les vaccins, l'accès aux urgences, les tests de laboratoire et d'imagerie et les services funéraires. Moyennant une participation majorée du salarié, ce dernier peut souscrire une mutuelle plus haut de gamme, pour avoir accès à des cardiologues ou à l'acupuncture pour animaux domestiques. A noter que 67 % des foyers ont un animal domestique, soit plus de la moitié des Brésiliens.

Recruter et compter sur les personnes neurodivergentes

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 1 % de la population mondiale souffre de troubles du spectre autistique (TSA). Le nombre estimé d'enfants et d'adultes atteints du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) est de 4 %. Ces troubles et d'autres, tels que la dyslexie, qui rend l'apprentissage, la lecture et l'écriture difficiles, et le syndrome de La Tourette, qui déclenche des tics moteurs et vocaux, sont considérés comme neurodivers ou neurodivergents, des caractéristiques neurologiques différentes de celles considérées comme typiques. Et cette partie de la population a du mal à accéder au marché du travail ou à évoluer dans sa carrière. Mais les entreprises commencent à comprendre que l'intégration de cette population est fondamentale et nécessaire pour le business. ˝Un type de travail assez répétitif et sujet aux erreurs ne retient pas un salarié ˝typique˝ car il se lasse et quitte son poste alors qu’une personne, par exemple, qui présente des caractéristiques telles que l'hyperconcentration sur le spectre autistique, peut les exécuter avec de meilleurs résultats de productivité˝, explique le psychologue Marcelo Vitoriano, PDG de Specialisterne Brasil, une organisation à but non lucratif dont l’objectif est la qualification et l’inclusion des personnes atteintes d'autisme dans les entreprises. Danone, multinationale de l'industrie alimentaire, a actuellement quatre employés TSA, tous dans le domaine technologique, mais la volonté est d'étendre l'initiative à d'autres secteurs. ˝Nous avons eu des difficultés avec certains postes vacants et nous avons trouvé chez les personnes autistes les caractéristiques importantes pour notre entreprise˝, explique Letícia Araújo, responsable de la culture, de l'innovation et de la diversité chez Danone. Avant d’intégrer ces salariés, l'entreprise a organisé un atelier avec le responsable de secteur et toute l'équipe, afin qu'ils puissent les recevoir de manière inclusive et empathique. De plus, les RH surveillent périodiquement l'évolution de ces travailleurs. La société pharmaceutique AstraZeneca vient de constituer un groupe sur ce sujet, avec la participation volontaire des salariés. L'initiative, appelée Think, existe déjà dans d'autres unités de l'entreprise à travers le monde. ˝La première mission est de sensibiliser les gens à ce qu'est la neurodiversité et de comprendre les défis de ces salariés et de leurs proches, explique Rafaella Lopes, DRH chez AstraZeneca Brasil. La prochaine étape consiste à inclure activement ces groupes dans notre équipe˝.

L’entreprise biopharmaceutique mondiale Takeda a également commencé son expérience avec la diversité neurologique en 2019, en débattant du sujet dans les comités de diversité et d'inclusion, qui sont devenus un domaine stratégique de l'entreprise en 2021. Actuellement, l'entreprise a un projet pilote développé en partenariat avec Specialisterne qui a permis l'embauche de quatre salariés avec TSA pour les domaines des RH, des affaires médicales, des neurosciences et de l'exploitation commerciale. ˝Notre employé RH est extrêmement minutieux et très concentré, il aime travailler avec des feuilles de calcul et la technologie, mais il ne s'adapte pas à un environnement bruyant, explique Eliane Pereira, directrice exécutive des ressources humaines chez Takeda. Nous avons donc cherché quel rôle lui conviendrait le mieux et comment le mettre dans un environnement détendu˝. Selon Eliane, la première semaine du nouvel employé a été essentielle pour mieux comprendre l'importance de faire des ajustements à la routine…

Les grandes entreprises vaccinent leurs salariés

Au Brésil, les vaccins ont mis beaucoup de temps à arriver, alors même que le pays était touché de plein fouet par le coronavirus. Pour les moins de 40 ans, il a fallu attendre septembre 2021 ! La multinationale allemande Siemens a donc décidé de promouvoir activement la vaccination parmi ses salariés. Aujourd'hui, moins de douze mois plus tard, 99,7 % des travailleurs de Siemens sont entièrement vaccinés (double ou simple dose), le meilleur pourcentage de l'entreprise au monde — la moyenne mondiale des employés vaccinés chez Siemens se situe entre 70 % et 75 %.

˝Nous accueillons toutes sortes d'opinions, de choix et de modes de vie, mais nos valeurs sont ouvertement pro-science, explique la directrice des personnes et de l'organisation Caroline Zilinski. Et la première étape pour obtenir des chiffres aussi intéressants a été d'être explicite et direct dès le départ˝.  Même sans intention de reprendre le travail en présentiel en 2021, l'entreprise a encouragé les employés à envoyer leurs certificats de vaccination et a gardé les informations sécurisées et limitées à l'équipe de santé interne. Siemens a également invité les médecins à parler de sujets liés à la pandémie au sein du groupe.

La préoccupante situation des enfants qui travaillent

Le nombre d’enfants brésiliens âgés de 7 à 14 ans effectuant une forme quelconque de travail pourrait être environ sept fois supérieur à ce qu'indiquent les statistiques officielles, selon une étude se fondant sur les données de la Banque mondiale. Le rapport estime que 5,7 millions d'enfants seraient dans cette situation. En 2015, les données montraient que 2,5 % des enfants brésiliens de cette tranche d'âge travaillaient, soit 738 600 personnes, selon les données les plus récentes du WDI (World Development Indicators), une compilation de statistiques internationales de la Banque mondiale. Mais une étude du chercheur brésilien Guilherme Lichand, de l'Université de Zurich (Suisse), et de Sharon Wolf, de l'Université de Pennsylvanie (USA), a conclu que ce pourcentage serait en réalité de 19,15 %, soit 5,658 millions d'enfants.

Le président Jair Bolsonaro (PL-extrême droite) a plusieurs fois défendu publiquement le travail infantile. Or cette pratique, en milieu rural ou urbain, porte un préjudice aux possibilités de scolarisation et d’une future insertion sur le marché professionnel dénoncent les ONG liées à la défense des droits humains et de l’enfance. Les chiffres sont réduits quand les études se basent sur les réponses des parents, qui nient souvent que leurs enfants travaillent. Les secteurs de l’agriculture (principalement le cacao) sont les plus touchés.

La pêche aux likes sur LinkedIn

Depuis quelques semaines, les posts des candidats brésiliens sur LinkedIn se succèdent et se ressemblent. ˝Votre like peut m’aider à trouver un emploi˝ écrivent les demandeurs d’emploi, avec une photo d’eux très souriants, leur CV en pdf et une dizaine de grandes entreprises tagguées sous leur post. En général les RH répondent en commentaire en indiquant leur plateforme de recrutement et souhaitent ˝bonne chance˝ aux candidats. Avec près de 1,8 million de followers sur la plateforme, la spécialiste RH Carolina Martins affirme que seuls 2 % des candidats connaissent les fonctionnalités de LinkedIn alors même que 90 % des recruteurs comptent sur ce réseau social pour trouver leurs futurs collaborateurs. Elle propose donc régulièrement des cours gratuits pour connaître les mots clés qui attirent les recruteurs et mettre en valeur son profil. Cette vague spontanée de candidats peu qualifiés montre à la fois le manque de connaissances techniques des méthodes de recherche d’emploi dans un monde de plus en plus digital et l’augmentation croissante de demandeurs d’emploi dans un pays miné par la crise économique et sanitaire.

Les femtech à l’assaut des investisseurs

Les start-up qui mettent en avant des entrepreneuses féminines, mères et porteuses de projets tech ont le vent en poupe. Cette semaine, les deux fondatrices de Theia, enceintes et fières de l’être, ont capté 30 millions de reais (5,8 millions d’euros) d’un fond américain pour leur entreprise. Conscientes du très haut taux de césariennes au Brésil (85 % dans les maternités privées alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande un taux de 15 %), elles proposent aux femmes de s’approprier les informations de santé publiques dont elles manquent pour faire un choix éclairé. ˝Nous avons multiplié par 5 notre portefeuille de clientes et réussi à améliorer les taux d’accouchement normal grâce à un soutien de qualité˝ affirme Flavia Deutsch au journal Forbes Brasil. Elles ont également ouvert la première clinique de l’entreprise Theia, pensée pour accueillir les femmes enceintes et les aider à choisir leur parcours de santé. Au Brésil, les mutuelles privées, chères et basées sur une médecine financiarisée, incitent les femmes à choisir la césarienne. Cette entreprise s'inscrit donc dans une lignée qui souhaite valoriser l’entreprenariat féminin à un moment où la carrière est souvent fragilisée par la grossesse, et entend utiliser les nouvelles technologies pour rapprocher les femmes (pour l’instant les plus aisées) des soins les plus respectueux de leur santé. De notre correspondante en Inde, Marjorie Bertouille Juste quelques éléments de contexte, l'Inde est en proie à une inquiétante vague de chaleur monstre avec des températures de plus de 45 degrés au nord (autour de 50 au Pakistan) et des pics en terme de demandes d'électricité, et des coupures, ce qui n'est pas anodin pour la vie des Indiens et a fortiori de l'activité. Par ailleurs, le nombre de cas de Covid a connu une reprise mais pour l'heure du moins aucune nouvelle mesure de confinement n'est annoncée.

Ces dernières semaines, les cabinets de recrutement étaient plutôt optimistes quant à une reprise de l'embauche. Le contexte invite plutôt à rechercher des profils seniors et qualifiés pour mener la période dite de ˝post-Covid˝ (en dépit de doutes toujours persistants sur la stabilisation de la pandémie). Le secteur des technologies est quant à lui de plus en plus sous tension. En témoigne la nouvelle clause de non-concurrence mise en place par Infosys. Tandis que dans le domaine de la cybercriminalité, des entreprises tentent de s'armer en misant sur des recrutements plus variés que parmi les seuls ingénieurs. Narendra Modi devrait rendre visite à Emmanuel Macron début mai.

Reprise de l'embauche

Fin avril, les dirigeants de cabinets de recrutement et de recrutement de cadres tels que ABC Consultants, EMA Partners, Transearch, TeamLease, CIEL et Kelly ont déclaré que le taux d'embauche augmentait non seulement dans les nouveaux secteurs technologiques, mais aussi dans d’autres où les recrutements avaient ralenti pendant la pandémie. De fait, le taux d'embauche a atteint ou approche des niveaux pré-Covid dans des secteurs tels que la fabrication, l’industrie, la vente au détail, les voyages, l’hôtellerie et le tourisme, selon les experts du marché du travail. Ils sont optimistes quant aux perspectives, alors que les activités commerciales augmentent dans ces secteurs et que les intentions d’embauche continuent d’être fortes dans la technologie, le numérique et les start-up. ˝Alors que l’informatique et l’IT devraient presque voir leur activité doubler au cours des cinq prochaines années environ, les autres industries comme la fabrication, la vente au détail et l’hôtellerie enregistrent des investissements accrus qui créeront de nouveaux emplois au cours de la prochaine décennie, principalement dans des rôles de première ligne et de gestion intermédiaire˝, estime de son côté Lohit Bhatia, président de la société de services Quess.

Selon l’enquête sur les perspectives d’emploi de ManpowerGroup pour avril-juin 2022, les secteurs des technologies de l’information et de la technologie ont enregistré les meilleures intentions d’embauche suivis du secteur de la restauration et de l’hôtellerie, de l’éducation, de la santé, du travail social et du service public.

Recherche de profils seniors pour négocier la période post-Covid

EMA Partners India et Transearch India ont déclaré que les entreprises de tous les secteurs étaient extrêmement optimistes quant à l’embauche de talents seniors. ˝Toutes les industries recherchent ce type de profils et, compte tenu du cycle d’investissement positif, nous nous attendons à ce que l’élan se poursuive˝, a déclaré Atul Vohra, associé directeur de Transearch India.

Les entreprises de tous les secteurs recherchent désespérément des cadres supérieurs et des CXO pour diriger la transformation numérique, stimuler la croissance et restructurer les entreprises dans un monde post-Covid et mener à bien les acquisitions selon des cabinets de recrutement de cadres de premier plan.

Fort turn-over, et clause de non-concurrence

Les groupes de technologie devraient augmenter en moyenne les salaires annuels de 8 à 10 % pour cette année fiscale au niveau local alors que le secteur est en proie à des taux de turn-over de 17 à 28 % et un ”talent crunch” sans précédent. Avec l’augmentation des taux de turn-over dans l’industrie informatique, la SSII Infosys et d’autres sociétés informatiques ont opté pour une clause de non-concurrence dans leurs contrats de travail. Le contrat Infosys comporte désormais une clause qui interdit aux nouveaux salariés de travailler sur les projets d’un même client lorsqu’ils rejoignent cinq concurrents identifiés, ou leurs filiales, pendant six mois après leur départ. Infosys a désigné TCS, IBM, Accenture, Wipro et Cognizant comme entreprises concurrentes que les employés ne peuvent pas rejoindre pendant six mois après leur départ s’ils travaillent sur un projet du même client. Le nouveau contrat prévoit également ceci : pendant six mois après leur départ, les ex-salariés ne doivent pas accepter une offre d’emploi d’un client avec lequel ils ont travaillé dans les 12 mois précédant leur départ d’Infosys.

En réponse, Nites, une ONG basée à Pune qui travaille pour le bien-être des employés dans l'IT, a déposé une plainte contre Infosys auprès du ministère central du Travail. Ses membres ont dénoncé l'existence de cette clause. De son côté, Infosys indique qu’il s’agit d’une pratique commerciale standard dans de nombreuses régions du monde pour protéger les informations confidentielles. Il indique également que de tels contrôles sont nécessaires pour protéger ˝la confidentialité des informations, la connexion avec les clients et d’autres intérêts commerciaux légitimes˝. Infosys souligne également que les conditions sont entièrement divulguées à tous les candidats à un emploi avant qu’ils ne décident à rejoindre l’entreprise. Elles n’ont pas pour effet d’empêcher les employés de rejoindre d’autres organisations pour le développement de leur carrière et leurs aspirations, selon la firme qui estime que cela n'affecte donc pas leur carrière.

Face à la cybercriminalité, certains groupes font le choix de la diversité des profils recrutés

La cybercriminalité a bondi en Inde comme partout ailleurs pendant la période de la crise sanitaire et la demande d'experts dans le domaine explose. Dans ce domaine, la part des femmes embauchées reste néanmoins très faible, les projections estiment leur proportion parmi les employés du secteur à seulement 11 % d'ici à 2025. La raison ? Les entreprises recrutent essentiellement au sein des écoles d’ingénieurs, où les femmes sont nettement moins représentées. Certaines tentent de surmonter ce problème en optant pour l’embauche de profils issus de la diversité dans des écoles non spécialisées dans l'ingénierie. Elles font le pari que les problèmes de cybercriminalité sont complexes, et qu'ils nécessitent des savoir-faire transverses. Ces entreprises embauchent donc dans d’autres disciplines, y compris les RH, pour avoir une perspective plus globale. Deloitte, par exemple, envisage d’introduire un programme de cybersécurité dans des écoles autres que les écoles d’ingénieurs.   

De notre correspondante en Italie, Hélène Martinelli

240 000 jeunes diplômés introuvables, surtout dans les disciplines scientifiques et techniques

L’Italie montre une préoccupante distance entre l’offre et la demande de travail : les entreprises italiennes ont tenté de recruter plus de 630 000 jeunes diplômés l’an dernier (soit environ 14 % du total des recrutements prévus), mais dans plus d’un tiers des cas, soit 240 000 offres, elles ont rencontré de grandes difficultés pour trouver le bon candidat et ont donc abandonné. Tel est le principal résultat de la recherche Unioncamere-Anpal-AlmaLaurea, qui évalue les débouchés professionnels à la sortie du système universitaire. Les diplômés des facultés d’économie et écoles de commerce sont les plus recherchés (plus d’un quart des jeunes que souhaitent recruter les entreprises), mais c’est sur les profils scientifiques et technologiques – indispensables notamment pour la réalisation des projets du Plan national de Reprise et de Résilience (PNRR) – que les tensions se manifestent le plus. Plus de 74 % des recherches de jeunes ingénieurs électro-techniques n’aboutissent pas, tout comme 67 % des recherches d’informaticiens programmateurs. Les difficultés de recrutement s’établissent à environ 60 % pour d’autres profils stratégiques, comme les administrateurs de systèmes, les ingénieurs électroniques et télécoms, les analystes et concepteurs de logiciels, les techniciens de production dans l’industrie. ˝Cela fait au moins 6 ou 7 ans qu’on parle [du programme] Industria 4.0 et nous devrions pouvoir compter maintenant sur les talents dont nous avons besoin pour nous transformer et innover. Mais non. C’est une défaite pour tout le monde˝, dénonce le vice-président de l’organisation patronale Confindustria pour le capital humain, Gianni Brugnoli, dans les colonnes du quotidien italien Il Sole 24 Ore. Ces difficultés proviennent en grande partie du fait que les jeunes, et encore plus les jeunes femmes, boudent les facultés scientifiques et technologiques. En 2021, les diplômées des filières STEM représentaient moins de 20 % du total des jeunes femmes diplômées du supérieur (alors que les spécialistes STEM comptent pour 39 % des jeunes hommes diplômés du supérieur).

Parmi les soft skills requises chez les jeunes diplômés, les entreprises citent tout d’abord la flexibilité et capacité d’adaptation (plébiscitée à plus de 82 %), suivie de la capacité à travailler en équipe (environ 80 %), le problem solving (76 %), la capacité à travailler de façon autonome (environ 67 %), la capacité à communiquer en italien (59 %). Sources : rapport ”Laureati e lavoro, gli sbocchi professionali dei laureati nelle imprese”, enquête 2021, Il Sole 24 Ore, 22/03.

Près de 30 % des lycéens italiens s’imaginent travailler à l’étranger

Le quatrième rapport annuel de la Fondazione Bruno Visentini sur les différences de génération, qui a sondé plus de 3 000 lycéens entre 14 et 19 ans, montre que 28,5 % des jeunes imaginent leur futur professionnel en-dehors de l’Italie (17 % se voient en Europe, 11,5 % hors de l’Europe). Le pourcentage de jeunes qui s’imaginent salariés reste constant dans les trois dernières années, mais à un niveau bas : seuls 34 % des jeunes envisagent leur futur comme salariés, contre plus de 37 % qui se projettent dans les professions libérales et 16 % en tant que travailleur autonome. La première source de préoccupations pour le futur est la possibilité de trouver un travail satisfaisant, suivie de la possibilité de conquérir son autonomie financière. A noter que 19 % des lycéens sondés ont un frère ou une sœur NEET (Not in Education, Employment or Training). Il est intéressant de constater que la pandémie a modifié les priorités et les valeurs des jeunes. Les thèmes liés au changement climatique et à l’environnement étaient en tête des valeurs pour plus d’un quart des jeunes en 2020, mais seulement pour un cinquième de l’échantillon en 2021. Dans le même temps, la croissance économique et sociale passe de 13 à 17 % des préférences. En progression aussi les thèmes liés à l’éducation, la formation et le travail, qui représentaient 20 % des priorités en 2020 et ont bondi à 30 % en 2021. Alors que les jeunes Italiens restent les grands sacrifiés du marché de l’emploi (avec un taux de chômage des 15-24 ans en forte baisse, mais qui tourne encore autour de 24 %), les auteurs du rapport qualifient le Plan National de Reprise et de Résilience de ”grande occasion manquée˝.

˝Le choix du gouvernement de ne pas reconnaître à l’intérieur du PNRR une Mission spécifique pour les jeunes (...) n’a fait que confirmer la faible sensibilité (…) sur la nécessité d’affronter la question des jeunes non pas comme un problème, mais comme une opportunité, avec une stratégie précise de moyen et long terme˝, déplorent les auteurs du rapport. Source : Rapport ”Il divario generazionale attraverso la pandemia, la ripresa e la resilienza”, Luiss et Fondazione Bruno Visentini.

Les bonnes pratiques de la parentalité en entreprise

Pour favoriser un meilleur équilibre de genre dans un pays où les soins à la famille reposent en quasi-totalité sur les femmes, l’association d’entreprises Valore D (qui œuvre pour la culture inclusive) et le groupe SNAM (qui gère le réseau de transport du gaz en Italie) ont présenté un rapport contenant 200 bonnes pratiques en matière de parentalité. Parmi les grandes entreprises qui ont participé à l’étude, on peut citer les géants des télécommunications TIM et Vodafone, les grands groupes Enel, Generali, Pirelli et Barilla, les filiales italiennes de Danone et l’Oréal et des grands noms du conseil. L’Italie part de loin : comme le rappelle le rapport, le pourcentage d’Italiennes ayant au moins un enfant et qui n’ont jamais travaillé est de plus de 11 % (contre une moyenne européenne de 3,7 %) ; parmi les femmes de 45 à 64 ans qui s’occupent de parents âgés, seule une sur deux travaille. L’une des disparités les plus prononcées est la disproportion entre hommes et femmes pour le temps consacré au travail de soin et au rôle de parent, ˝un phénomène qui s’accentue pour les femmes de la ”génération sandwich”, entre 50 et 60 ans, sur lesquelles pèsent aussi bien le travail de soin aux parents âgés qu’aux enfants˝, explique Valore D. Pour 67 % des Italiens et 68 % des Italiennes, les responsabilités familiales représentent un obstacle pour accéder aux positions de leadership en entreprise. Le rapport donne des pistes concrètes, en listant les bonnes pratiques de toutes les entreprises adhérentes à la recherche. Voici quelques-unes des expériences décrites :
  • Barilla a mis en place depuis 2018 un programme baptisé Barilla Winparenting, qui comprend aussi bien un site web d’informations, qu’un parcours en ligne de formation et prise de conscience, pour aider les parents à valoriser leur expérience familiale sur le lieu de travail, en transférant efficacement leurs compétences d’un milieu à l’autre.
  • BCG propose depuis 2021 un ”Parental Angel”, un/une collègue (qui a lui-même une famille) qui soutient le néo-parent et reste un point de référence, en particulier pour les femmes au retour du congé de maternité.
  • Chiesi Farmaceutici a organisé en 2021 un séminaire intitulé ˝d’homme à homme. La paternité entre forces et vulnérabilité˝, pour approfondir les changements mentaux et émotionnels d’un homme qui devient père.
  • Danone a introduit en 2020 une ˝caregivers policy˝ pour les salariés qui prennent soin d’un proche, en proposant des initiatives ciblées de soutien économique, psychologique, culturel ou d’organisation.
  • Findomestic (crédit à la consommation) a introduit en 2021 un guichet d’écoute et d’orientation pour les salariés aidants, en s’appuyant sur des structures publiques et privées. En outre, un ˝Care Manager˝ peut accompagner les salariés aidants dans la résolution de leurs problèmes, y compris en leur donnant un coup de main pour résoudre les questions administratives.

  • Generali a mis en place en 2019 un service téléphonique pour dispenser un soutien psychologique et des conseils pratiques aux parents.
  • Enel, qui proposait depuis 2017 un master ˝Child˝ destiné aux nouveaux parents (pour leur faire prendre conscience de leurs nouvelles compétences et comprendre comment transférer ces compétences dans le monde professionnel), a introduit en 2020 un autre master sur le même principe, destiné cette fois aux aidants et en particulier aux salariés qui s’occupent d’un parent âgé.
  • Vodafone a mis en place en 2020 un soutien dans les cas de violences domestiques : consultations médicales et psychologiques, soutien pour porter plainte et contacter des associations spécialisées, etc. 15 jours de congés payés sont prévus pour permettre aux victimes de prendre des rendez-vous médicaux, s’occuper des procédures judiciaires, etc.
  • Les assurances Zurich ont mis en place l’an dernier un parcours de counselling de groupe sur le thème de la parentalité, géré en toute confidentialité par des psychologues externes.
Source : Rapport ”Lavoro di cura e genitorialità”, Valore D, Snam et Generazione Donna, rendu public le 08/03.

La formation des salariés toujours plus importante dans les plans stratégiques

Les programmes de formation des salariés sont toujours plus cruciaux dans les plans stratégiques des entreprises, relève l’enquête menée par le MIP (la business school du prestigieux Politecnico de Milano) auprès de 116 entreprises. Ce lien direct entre stratégies et formation apparaît chez un tiers des entreprises sondées, la moitié d’entre elles ayant programmé des initiatives de upskilling et reskilling pour toute l’organisation. Plus de 60 % des entreprises sondées ont clairement conscience que la formation est indispensable pour réaliser leurs objectifs. Plus de 83 % des entreprises agissent dans une optique de life long learning : ˝la formation n’est plus considérée comme un élément sporadique, elle est toujours plus structurelle˝, commente ainsi Vittorio Chiesa, président du MIP. La recherche montre également que 64 % des entreprises utilisent la formation pour promouvoir des changements culturels parmi les salariés, 47,7 % pour motiver les personnes et 56,3 % pour attirer et retenir les talents. Le pourcentage de travailleurs concernés par la formation croît régulièrement : en 2020, la formation s’adressait à plus de 70 % des salariés, contre environ 58 % en 2015, et les trois quarts des entreprises prévoient d’élargir encore le nombre de salariés concernés. Source : Il Sole 24 Ore, 06/04.  

De notre correspondante au Japon, Agnès Redon

Les défis du Rengô

Tomoko Yoshino est devenue la première femme à présider la confédération des syndicats japonais, le Rengô, en octobre 2021. Diamond l’a interrogée sur trois sujets d’actualité pour l’organisation : l’éloignement du syndicat du groupe Toyota, les élections à la Chambre des conseillers de la Diète et les traditionnelles négociations de printemps (shuntô). Le magazine lance l’entretien sur le thème des élections de la Chambre des conseillers, qui auront lieu en juillet prochain. Le Rengô soutenait traditionnellement le Parti démocrate du Japon (PDJ), disparu en 2016, mais cette fois, Mme Yoshino semble se rapprocher des idées d’un autre parti, le Parti démocrate constitutionnel (PDC). Elle partage les désirs de créer un monde plus solidaire, mais ne se prononce pas sur une éventuelle collaboration avec le Parti démocrate du peuple (PDP). Elle salue également leur effort de parité et aimerait que plus de partis d’opposition suivent leur exemple et diversifient leurs candidats. Le Rengô s’exprime par Mme Yoshino pour affirmer son soutien continu au PDC et rappeler que ses idées et celles du Parti communiste sont radicalement différentes. Le Rengô est une confédération qui centralise les revendications et les besoins des syndicats japonais politiquement et socialement. Or, le syndicat des travailleurs de Toyota, membre de l’association, tend à se rapprocher directement des partis politiques d’opposition, ce qui est interprété comme une prise d’autonomie. La confédération des travailleurs du secteur automobile, également affiliée au Rengô, semble aussi prendre cette voie. Dans ces conditions, il est difficile pour l’association générale de présenter un front uni et de soutenir un candidat en particulier. Mme Yoshino forme le vœu que les jeunes générations de travailleurs s’impliquent plus en politique. Les négociations annuelles de printemps (shuntô) sont l’occasion pour le syndicat des travailleurs de Toyota de montrer son indépendance. En effet, alors que le Rengô demande une hausse de salaires uniforme, le syndicat du groupe automobile souhaiterait proposer une grille correspondant à la classe sociale et à la profession exercée par le salarié. Ces réflexions sont critiquées, car elles troublent la compréhension de la politique syndicale du Rengô pour les observateurs extérieurs. Mme Yoshino rappelle que la situation sanitaire a fait bouger les lignes, mais que les syndicats restent la base de son organisation, et que ce sont eux qui permettent de dialoguer avec les entreprises et de protéger les travailleurs.

L’entretien se termine sur la question de la parité. Mme Yoshino se montre plutôt optimiste sur ce chapitre. Si l’univers syndical reste un monde d’hommes, elle observe déjà des changements dans le bon sens, les travailleuses s’investissant de plus en plus dans les syndicats. Source : Diamond.

Egalité professionnelle : le Japon encore à la traîne

Le Japon est 120e sur 156 pays sur la question de l’égalité hommes-femmes. Le journal Mainichi Shinbun explique ces chiffres en une infographie. En politique, il y a moins de 10 % de femmes à la Chambre des représentants de la Diète, et 23 % seulement à la Chambre des conseillers.

Dans les entreprises, en moyenne moins de 10 % des cadres sont des femmes, et seuls 6 % des postes de directeur ou de président sont occupés par elles. Journalistes, médecins, directrices d’écoles : dans 20 % des cas les femmes exercent ces métiers. 54,4 % des femmes exercent un travail intérimaire, contre 22 % pour les hommes. Ces derniers sont entre 8 et 15 % à prendre le congé parental auquel ils ont droit et s’occupent beaucoup moins de la tenue du foyer que les femmes, 20 minutes en moyenne pour les tâches ménagères contre 160 pour celles-ci. Source : Mainichi Shinbun.

Les nouvelles alliances politiques du Rengô

˝Il y a quelque chose qui cloche dans le Rengô˝, c’est par cette phrase que L’Economist introduit un article de deux pages consacrées aux prises de position de la confédération japonaise des syndicats dans la course aux élections de la Chambre des conseillers de la Diète du Japon. Non seulement le Rengô ne clarifie pas son alliance avec le parti démocrate constitutionnel (PDC) d’une part ou avec le parti démocrate du peuple d’autre part (PDP), mais il semble en plus se rapprocher du parti au pouvoir et du Premier ministre M. Kishida. À ce jour, le seul ˝non˝ concret émis par la confédération aux 7 millions de membres a été un rejet du parti communiste. Tomoko Yoshino, présidente du Rengô depuis fin 2021, a simplement déclaré que la confédération ˝ne soutiendra pas de candidat lié à un parti ou à un groupe dont les objectifs sont trop différents des siens˝, sans plus de précisions. L’an passé, pour les élections de la Chambre des représentants, le Rengô avait apporté son soutien au PDC, mais celui-ci s’était totalement écarté des grandes lignes prescrites par les syndicats. Cette année, la confédération s’est contentée de rappeler au PDC et au PDP de procéder à des changements ˝indispensables˝. D’après le système des élections de la Chambre des conseillers, tous les trois ans, la moitié des membres de l’assemblée sont élus pour six ans, avec quatre types de scrutin. Trois d’entre eux sont régionaux, c’est-à-dire que les électeurs votent pour un représentant local, mais le dernier est un scrutin proportionnel plurinominal de liste à l’échelle du pays entier. Cela signifie qu’en fonction des votes, les élus sur la liste peuvent obtenir une place plus ou moins bonne. Dans ce contexte, les résultats de l’appel au vote des syndicats industriels revêtent une grande importance, car ils servent en quelque sorte de baromètres au pouvoir politique du Rengô. En 2016 et en 2019, ils avaient été très suivis. Un sondage réalisé par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales en juin 2021 indique que le nombre estimé de personnes syndiquées est en baisse depuis l’année précédente. Cette diminution n’est que de 0,2 %, mais c’est un coup porté à la force du Rengô. Enfin d’après un sondage réalisé en interne par la confédération en 2019, après les élections de la Chambre des conseillers, 34,9 % des personnes interrogées avaient indiqué souhaiter soutenir le parti au pouvoir (Parti libéral démocrate ou PLD), soit moins que les 36 % de participants qui ne souhaitaient pas le soutenir. Cependant, si l’on compare ces 34,9 % aux 10 % réalisés en 2013 et 2016, c’est un bond de près de 21 % qui a été réalisé. Les dirigeants du Rengô ont émis des conditions et en fonction des alliances des partis d’opposition, choisiront de soutenir l’un ou l’autre, mais la confédération en elle-même semble également sujette à une réorganisation. Source : Economist.   

De notre correspondant au Maroc

La question de l’intégration des jeunes du monde rural

Les jeunes dans le monde rural souffrent d’un faible niveau de qualification et de participation à la vie active, d’une précarité et d’une faible qualité des emplois qu’ils occupent, indique un rapport publié par le Policy Center for the New South (PCNS). Malgré les programmes élaborés par le gouvernement, un manque d’adéquation entre la formation et les besoins du marché de l’emploi subsiste. Les services d’intermédiation dans le monde rural, qui permettent de prendre connaissance des offres et des demandes d’emplois, présentent également des lacunes, souligne le think tank marocain. Son rapport s’appuie sur les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) et sur les résultats d’une étude menée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans la province de Taounate en 2018. Le Policy Center for the New South recommande de mettre en place des interventions ciblées pour aider les jeunes ruraux, notamment les NEET (ni en éducation, ni en emploi ou formation), qui ont accumulé des déficits en termes d’éducation, de formation et de soft skills, afin d’améliorer leur employabilité et de faciliter leur transition vers la vie active. Si les femmes au foyer constituent la majorité des jeunes NEET au niveau national, les jeunes chômeurs restent la principale composante de la population des NEET dans les zones rurales de la province de Taounate.

Le rapport recommande que les services d’intermédiation répondent mieux aux besoins des cas particuliers, notamment les chercheurs d’emploi en milieu rural et dans les zones éloignées. Le développement de solutions digitales peut contribuer à réduire les coûts de recherche et de transaction sur le marché du travail et à accroître les opportunités de formation et d’accès aux emplois pour les jeunes NEET et les autres groupes défavorisés dans les zones rurales. Le rapport appelle les pouvoirs publics à réaliser une analyse approfondie des facteurs de risques de devenir NEET. Celle-ci permettra d’apporter des solutions appropriées afin de faciliter l’inclusion économique et sociale des jeunes en milieu rural.

Double emploi : Entre option et obligation

Aujourd’hui, de plus en plus de Marocains ne trouvent pas d’autres choix que de prendre un deuxième emploi pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Pour cause : la hausse de prix et le pouvoir d’achat qui diminue. A ce propos, L’Opinion a collecté des témoignages de personnes issues de différentes classes sociales. ˝Le coût de la vie est assez élevé au Maroc et pour maintenir un certain niveau de vie, un seul salaire ne suffit pas même si tu es cadre ou tu occupes un bon poste˝, a indiqué Najlaa D., cadre dans un établissement financier. ˝Ce n’est pas toujours évident de trouver une deuxième activité qui sera la source d’un autre revenu, vu le marché de l’emploi qui fait face à des mutations inédites dues à un contexte de crise sanitaire˝, a-t-elle estimé. Aymen B., un jeune de 35 ans, fait de la multi-activité professionnelle un rituel depuis plusieurs années. Le jeune a l’habitude de travailler jour et nuit pour subvenir à ses besoins de première nécessité. Aymen travaille en tant qu’ouvrier dans le bâtiment pendant 8 heures, avant de se transformer en chauffeur ˝Careem˝ le soir (une application qui permet de réserver une voiture avec chauffeur). ˝Ce n’est pas par choix que je mène une double vie professionnelle, mais plutôt par obligation˝, a-t-il fait savoir, précisant que ˝je commence tôt, voire très tôt, le matin, pour finir ma journée vers minuit ou une heure du matin, sans parler des weekends˝. Pour sa part, Imane M., une jeune femme parmi les enseignants contractuels qui se battent pour leur intégration dans la Fonction publique, enseigne la langue arabe à des étrangers sur une plateforme en ligne. ˝Cela fait maintenant 1 an et demi que j’ai découvert un site en ligne où je donne des cours particuliers en visio tout en choisissant mes propres horaires˝, a-t-elle indiqué, faisant part de sa satisfaction concernant cette deuxième activité qui lui permet d’arrondir ses fins de mois grâce à Internet. De son côté, Mehdi G., consultant junior, a affirmé que ˝quoique j’ai un salaire qui varie entre 7 000 et 8 000 DH/mois, je me trouve toujours des missions en freelance sans que mon employeur le sache”. Il a ajouté que ˝si jamais je me trouve un deuxième emploi, je dois avoir l’autorisation de mon employeur et même préciser la nature du poste s’il est soumis à une clause de non-concurrence˝. Que dit la loi ? Contacté par nos soins, Othmane Samie, premier avocat marocain à siéger au barreau de la Californie, a estimé qu’il y a ˝un vide juridique au niveau du Code du travail marocain qui ne répond pas clairement à cette question˝, ajoutant que malgré cela, ˝la jurisprudence marocaine ainsi que les différentes décisions juridiques qui ont déjà été prises ces 20 dernières années ont démontré que le cumul d’emplois était possible à condition de respecter quelques règles˝, telles que la durée maximale de travail, l’obligation de loyauté, le respect de la clause de non-concurrence, etc.

Dans le même sillage, il a fait savoir que ˝de nombreux types de contrats contiennent des clauses qui empêchent un employé de travailler dans une entreprise directement concurrentielle à celle où il exerce˝. En cas d’inexistence d’un contrat de travail, il est nécessaire, selon notre interlocuteur, de se fier aux conventions collectives et au règlement extérieur de l’entreprise. Source : L’Opinion, Siham MDIJI, 5 avril 2022.

Tanger / OFPPT : Les ”Pro'Days” sous le signe du verdissement des métiers

Les travaux de la quatrième édition des journées thématiques Pro'Days, initiées par l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), se sont ouverts, début avril à Tanger, sous le thème ˝Verdissement des métiers : un must pour un développement durable˝. Cette rencontre a été marquée par la signature de quatre conventions-cadre de partenariat entre l'OFPPT, d'une part, et Siemens Gamesa Renewable Energy, Schneider Electric Maroc, Auto Nejma et Akzonobel Performance Coatings, d'autre part. Ces accords ont pour objet d'instaurer les opportunités de collaboration en matière de développement de l'offre de formation professionnelle initiale et continue dans des domaines diversifiés, à savoir les énergies renouvelables, l'électricité et l'automatisme, la promotion des métiers verts et le respect des normes anti-pollution, la peinture écologique dans le secteur de l'automobile.

A travers ces mises en synergie, l'OFPPT et ses différents partenaires joindront leurs efforts pour la mise en place conjointe de programmes de formations qualifiantes portant sur des domaines arrêtés conjointement comme la peinture, le BTP, l'automobile, l'aéronautique et le maritime, en plus des technologies de pointe dans le secteur de l'automobile et les métiers verts, ainsi que les technologies de pointe dans le domaine des énergies renouvelables.

Les informaticiens marocains toujours en tête des recrutements

˝Le numérique est aujourd’hui le nerf de la guerre, tout le monde s’engage dans la digitalisation des services et des process, surtout dans cette période post-Covid. La demande pour les profils IT va sans doute continuer à augmenter˝, confirme Khalid Jababdi, DRH de Uniforce/Forum, groupe Medtech. D’autant plus qu’avec des multinationales IT employant des milliers de collaborateurs, ˝nous sommes actuellement sur des recrutements de masse, à l’instar de l’industrie. Les centres d’appels proposant de l’assistance technique engagent aussi beaucoup de spécialistes IT. En revanche, pour l’électronique, à part quelques opérateurs, le rythme et le volume d’embauche restent moindres˝, ajoute-t-il. ˝La fonction IT impose un niveau d’exigence relativement élevé. Le bac+5 est désormais le standard, le classique, toutes fonctions confondues. Ce sont généralement les SSII qui recrutent les bac+5. Pour vendre leur savoir-faire, elles ont besoin de s’appuyer sur des personnes autonomes, ou bien susceptibles de l’être rapidement, capables de traiter avec les clients sans incidents. Cela implique une séniorité en termes de technicité et de soft skills. Je pense que cette exigence sur les qualifications ira crescendo˝, précise Jababdi. Cela ne fera qu’accentuer la tension sur le marché, puisque les informaticiens, notamment parmi les plus diplômés et les plus qualifiés, sont une denrée rare.

Selon la dernière enquête Rekrute.com sur les talents IT, plus du tiers (34,5 %) touche un salaire net inférieur ou égal à 6 000 DH. 37,6 % perçoivent entre 6 000 et 15 000 DH. Seulement 11,6 % parviennent à décrocher 30 000 DH et plus.

L’outsourcing crée 10 000 emplois par an au Maroc

Le secteur de l’outsourcing ou l’externalisation des services se veut un secteur stratégique pour le Maroc, notamment en matière de création d’emplois pour les jeunes, a affirmé, jeudi à Casablanca, le président de la Fédération Marocaine de l’Externalisation des Services (FMES), Youssef Chraibi. Le secteur de l’outsourcing emploie aujourd’hui plus de 130 000 personnes, avec environ 10 000 emplois créés chaque année, a fait savoir Chraibi qui s’exprimait lors d’une conférence organisée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) en partenariat avec la FMES. Lors de cette rencontre, le président de la FMES a mis en avant le grand potentiel de ce secteur qui génère 14 milliards de DH de chiffres d’affaires à l’export, et qui s’est montré ˝très résilient˝ pendant la pandémie. Il a également souligné que le Maroc a un rôle de leader sur le marché francophone dans le domaine de la relation clients, ajoutant qu’il est entré dans le top 3 régional, et ce grâce au développement de plusieurs nouveaux métiers, notamment l’ingénierie, l’informatique, les métiers du savoir, le ˝Knowledge Process Outsourcing˝ ainsi que les métiers du back office. Par ailleurs, les intervenants ont mis en exergue la nécessité de renforcer davantage le leadership du Maroc dans ce domaine, dans la mesure où le pays se positionne aujourd’hui à un rang ˝de plus en plus avancé˝. Ils ont rappelé que le secteur qui a démarré avec les centres d’appels s’ouvre sur de nouveaux métiers, grâce à plusieurs atouts, notamment la qualité des infrastructures en matière de télécoms, de data, et de digital.  

De notre correspondant au Royaume-Uni, Tristan de Bourbon

Le Brexit a bien provoqué une hausse salariale plus importante sur les emplois occupés par de nombreux Européens

Le groupe d’offres d’emploi Indeed a réalisé une importante analyse de ses offres d’emplois afin de déterminer les effets du Brexit sur les salaires. Pour ce faire, ses analystes ont divisé les emplois en trois catégories : ceux dans lesquels les Européens représentaient 0 à 5 % de la main d’œuvre, ceux où ils en représentaient 5 à 10 % et enfin plus de 10 %. Ses conclusions sont claires : entre janvier 2019 et janvier 2022, la dernière catégorie, celle avec la plus forte proportion d’Européens, a vu les salaires de ses offres d’emplois progresser de 10,7 % contre 5,8 % pour la catégorie du milieu et 5,3 % pour la catégorie avec la proportion la plus faible. Au cours de l’année écoulée en janvier 2022, même résultat : +5,9 % pour la catégorie avec la plus forte proportion de travailleurs Européens, +3,4 % pour celle du milieu et +1,6 % pour la plus faible. Les données d’Indeed indiquent également un accroissement des offres d’emplois déposées dans la catégorie d’emplois où se trouvait une forte proportion d’Européens. Les économistes d’Indeed ont remarqué que ces emplois où travaillaient la plus forte proportion d’Européens sont aussi les moins qualifiés de leur secteur aussi bien dans les emplois de nettoyage, chauffeur, production élémentaire et assemblage, construction, stockage, etc. Mais ils rejettent la possibilité que ces hausses salariales soient imputées à la hausse du salaire minimum car tous sont mieux rémunérés que celui-ci.

Ils expliquent ces hausses par le départ de nombreux Européens pendant la pandémie et la difficulté – voire l’impossibilité – des employeurs de les remplacer puisqu’ils sont souvent rémunérés moins que le plancher de £25,600 (€30 000) requis pour pouvoir obtenir un visa de travail, sauf si cet emploi figure sur la liste des ˝emplois manquants˝.

P&O Ferries, le scandale qui a défrayé la chronique sociale britannique

Le 17 mars 2022, 800 employés de P&O Ferries ont appris par vidéo qu'ils étaient licenciés avec effet immédiat. ˝Aujourd'hui est votre dernier jour de travail˝, leur a expliqué un des membres du conseil d'administration dans une vidéo de 3 minutes au moment où leurs bateaux rentraient au port. Pas d'annonce préalable, pas de discussion avec les syndicats alors que la législation requiert un préavis de trois mois pour toute entreprise désirant licencier au moins vingt employés. Cette vidéo et ce comportement ont choqué les Britanniques. D'autant que quelques jours plus tard, le patron de l'entreprise a admis devant un comité parlementaire qu'il n'y avait ˝absolument aucun doute˝ que son entreprise avait rompu la loi en ne prévenant pas les syndicats. ˝Nous avons estimé que la magnitude du changement était telle qu'aucun syndicat ne pourrait l'accepter. J'admets que nous avons donc décidé de ne pas les consulter˝. Et de payer des indemnités de licenciement à tous les employés, entre £15,000 et £100,000 par personne. Il a également assuré qu'il prendrait la même décision si c'était à refaire car l'entreprise n'était plus viable et ˝qu'elle devait donc bouger vers un modèle économique utilisé dans le reste du globe par (ses) concurrents˝. L'entreprise est la propriété de DP World, basé à Dubaï, qui a versé $310 millions de dividendes à ses actionnaires en 2020. En l'occurrence, au lieu d'être payés le minimum salarial britannique, £9,5 (11,1 euros) l'heure depuis début avril, les nouveaux employés, payés directement par des agences de placement, qui ont immédiatement remplacé leurs collègues, seront payés en moyenne £5,5 (6,5 euros) de l'heure. Cette situation est visiblement autorisée car leur activité n'a pas lieu sur le sol britannique mais en mer. Le ministre des Transports a demandé fin avril que l'entreprise rembourse les £11 millions reçus pendant la pandémie de l'Etat. Il a aussi appelé la démission de son patron. L'affaire continue de faire des remous, surtout parce qu'elle met en évidence la fragilité de la loi sur le travail et des droits des travailleurs. Elle embarrasse évidemment le gouvernement alors qu'une crise sociale se prépare avec une inflation de 7 % en mars, alors que celui-ci avait promis que le Brexit lui permettrait de mieux protéger les travailleurs britanniques.  

De notre correspondante aux USA, Caroline Crosdale

Le travail à distance pour lutter contre l’inflation

Les patrons américains espéraient voir leurs employés revenir au bureau au moins à temps partiel mais l’inflation qui se fait sentir sur le prix de l’essence, du café et des repas cause une certaine résistance. Le travail à distance, qui était initialement la réponse à l’épidémie de Covid est devenu encore plus tentant pour réduire leurs coûts de transport et de restauration. Le prix de l’essence a augmenté en moyenne de 40 % sur un an. Le prix du sandwich, selon la société d’études Square, a cru de 14 % et celui de la salade de 11 %.

Les salariés demandent aux entreprises de réagir. KnowBe4 a proposé des snacks gratuits au bureau. Mais cela n’a pas suffi. Depuis le mois de janvier, ses 1 500 employés peuvent adopter le travail à distance en permanence. Une autre entreprise, la plateforme d’e-commerce OrderMyGear, offre des cartes de transport gratuites, des parkings et des repas au bureau… quand ses employés y viennent. D’autres compagnies proposent des cartes d’essence et des options de partage de voitures. Et bien sûr, les hausses de salaire sont de plus en plus souvent envisagées.

Le travail à distance sollicité par les employés

Un certain nombre d’entreprises, et particulièrement les banques, ont bien essayé de faire revenir leurs personnels au bureau, mais les directions des groupes se sont heurtées à une forte réaction des intéressés. Après avoir pratiqué pendant 2 ans le travail à distance, ils ne sont pas prêts à revenir sur cette liberté. Future Forum a enquêté auprès de 10 800 personnes et conclu que ceux qui n’ont plus droit à la flexibilité ont 2,5 fois plus envie de chercher un autre travail que ceux qui exercent au moins partiellement à distance. Nicholas Bloom de l’Université Stanford, et expert en travail à distance, estime aujourd’hui que les salariés passant 1 à 2 jours au bureau sont plus productifs que ceux qui y passent toute la semaine. Pour ces derniers, être au bureau en permanence entraîne stress et inquiétudes.

De gré ou de force, les entreprises s’adaptent. Ainsi Hubspot propose trois possibilités : 51 % de ses employés ont opté pour le travail à distance en permanence, 35 % ont choisi une solution souple d’un à 2 jours au bureau par semaine et seulement 14 % passent au moins 3 jours par semaine dans l’entreprise. La direction de la banque JP Morgan, qui au départ prônait fermement le retour au bureau a mis aussi de l’eau dans son vin. La moitié de ses banquiers travaillent au moins partiellement à distance.

Les nouveaux MBA raflent la mise

La moyenne des rémunérations offertes aux MBA (masters) atteint 115 000 $ par an en 2022... quand un bachelor (4 ans d’études supérieures) devra se contenter de 65 000 $. Ces statistiques établies par le Graduate Management Admission Council attestent de la reprise de la hausse, après une période beaucoup plus difficile au plus fort de la pandémie.

Les universités connues affichent des offres encore plus attrayantes pour leurs étudiants. Les élèves de la Wharton School, à l’université de Pennsylvanie, se sont vu proposer une moyenne de 155 000 $ par an. Pourquoi de si hauts salaires ? La réputation des universités, la capacité des diplômés à être efficaces tout de suite et les nouveaux défis apparus après la pandémie tels les faiblesses de la supply chain ou encore le casse-tête pour retenir les meilleurs éléments dans l’entreprise. Par conséquent, les banques, les sociétés de conseil et les entreprises high tech hantent à nouveau les campus universitaires. Ces diplômés selon le site MBA.com sont connus pour leur polyvalence (72 %), une manière de penser stratégique (71 %) et leur qualité de communicants (69 %).

La loi antitrust lutte contre les ententes illégales sur les salaires

Le ministère de la justice utilise la loi antitrust Sherman pour lutter contre la collusion d’employeurs qui maintiennent les salaires de leur secteur le plus bas possible. Jusqu’à présent, cette loi servait surtout à combattre les ententes d’employeurs sur les prix, limitant la concurrence entre entreprises d’une même industrie. Mais le gouvernement de Donald Trump en décembre 2020 a étendu le champ de l’investigation aux salaires des kinésithérapeutes pratiqués par une agence de travail temporaire dans la région de Dallas-Fort Worth. Et l’administration de Joe Biden a poursuivi dans la même voie, en y ajoutant les salaires des aides à domicile, des infirmières et des ingénieurs de l’aéronautique. En décembre 2021, la division antitrust du ministère a ainsi ouvert une enquête sur les pratiques salariales de l’industrie aéronautique dans le Connecticut. La plainte évoque des ˝dirigeants qui sapent les carrières de leurs propres employés pour récolter des bénéfices injustifiés et empêcher ces employés de profiter de salaires compétitifs˝. Les organisateurs de cette entente entre plusieurs employeurs sont passibles d’une amende d’un million de dollars et d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à 10 ans.

Un Living lab consacré à l’évolution des métiers du soin

Article du 05 mai

Le Living lab Usetech’Lab, créé en partenariat avec l’Université de Tours et le CHRU de Tours, est un lieu d’anticipation, d’innovation et de prospective qui réunit les utilisateurs, professionnels de santé, les usagers, patients, les chercheurs, les start-ups et industriels, les financeurs publics et privés dans l’objectif de participer collectivement à l’évolution de la santé de demain, sur la base de recherches appliquées. Sa coordinatrice, Isabelle Sabadotto, nous en explique les enjeux et premiers résultats.

Les professionnels de santé au cœur du dispositif

Les recherches sont conduites avec les professionnels de santé qui, en tant qu’experts métier, offrent un accès direct aux expérimentations sur le terrain et au partage d’expertise. ”En 2018, explique Isabelle Sabadotto, lors de la création du Living lab, nous constations les difficultés d’appropriation de certains professionnels de santé à certaines nouvelles technologies. La question que nous nous posions était d’évaluer l’impact social et sociétal des nouvelles technologies qui allaient inévitablement émerger dans nos métiers du soin comme celles déjà utilisées en chirurgie ou radiologie. Plutôt que de subir cette évolution nous avons décidé de prendre les devants, de devenir acteurs du changement et d’impliquer les professionnels de santé dans la construction des prises en charge de demain en s’appuyant sur les avancées techniques. L’ambition de Usetech’lab est de faciliter, d’améliorer les prises en soin, de répondre aux besoins des patients, résidents, usagers grâce aux recherches collaboratives, en plaçant le professionnel de santé au cœur de la démarche.

Pour eux, participer aux travaux du Living lab a été et demeure une nouvelle forme de collaboration extrêmement riche qui leur permet de réfléchir et de repenser leur métier et d’anticiper les besoins en termes de qualité de soin dans l’accompagnement des personnes vulnérables et de leurs familles.”

Une démarche de petits pas

Le premier volet des travaux du Living lab a porté sur des recherches et expérimentations impliquant des établissements accompagnant les personnes âgées. ”150 salariés sont associés aux temps de simulation, aux observations, aux enquêtes. Tous travaillent avec des personnes âgées, dans différentes structures de la région ; ils sont soignants, aides-soignants, agents d’accueil, médecins, diététiciens, ergothérapeute, animateurs, psychologues, etc.”

Les trois premiers axes et les projets de recherche associés

1. Développer l’accessibilité du soin

Il s’agit de permettre une meilleure gestion du temps pour les professionnels de santé et les patients, de réduire les inégalités d’accès au soin liées à la désertification médicale, de favoriser le suivi à distance, en particulier la téléconsultation. Une expérimentation menée en partenariat avec la start-up MesDocteurs, plateforme de télésanté.

2. Favoriser les interactions équipes, résidents, familles

Il s’agit de proposer des stimulations cognitives aux résidents via des outils numériques et/ou dotés d’intelligence artificielle, de les soulager, de faciliter leur prise en charge par le professionnel de santé.

Plusieurs projets de recherche sont entrepris dans ce cadre. L’expérimentation ”Tovertafel” (ou Table Magique), est une innovation de soin ludique qui relie entre elles des personnes présentant des troubles cognitifs en stimulant le mouvement. Le ”Phoque Paro” est un robot émotionnel d’assistance thérapeutique. Il s’agit d’un dispositif qui offre aux professionnels de santé un outil permettant de véhiculer les bénéfices de la thérapie animalière. Ce dispositif est destiné à l’amélioration de certains états de santé (anxiété, dépression, sentiment de solitude, troubles de l’humeur et/ou de la motivation) ou de symptômes tels que déambulation, agressivité ou agitation, conséquences de certains troubles cognitifs ou de santé mentale (Exemples : Maladie d’Alzheimer ou troubles apparentés). Le ”Casque d’hypnose médicale Ipneo” est une solution clé en main d’hypnose médicale en réalité virtuelle indiquée dans la gestion de l’anxiété et de la douleur dans tout le parcours de soins patient.

3. Maintien et développement de l’autonomie de la personne âgée

Au travers d’outils interactifs, il s’agit de prévenir des pertes d’autonomie et de sécuriser le maintien à domicile et le suivi par des professionnels de santé. Parmi les projets de recherches associés à cet objectif, citons ”Mon Programme bien-être”, qui est un programme de prévention à distance, via un robot nommé Cutii, facilitant l’autonomie de la personne âgée autour du lien social, l’accès à la culture (en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Tours qui propose une visite virtuelle), l’activité physique ou la nutrition. Programme bâti et délivré par des professionnels de VYV 3 CVL et proposé à des volontaires à domicile, en Ehpad ou en résidence autonomie. Citons également l’expérimentation ”Coussin Viktor” qui permet aux personnes âgées de communiquer avec leurs proches via des appels en visio, photos et vidéos, musiques et livres audio, etc.

Le rôle des chercheurs en sciences humaines et sociales

Les recherches conduites au sein du Living lab peuvent associer, selon les cas, différentes disciplines, médicales, informatiques ou autres ; elles incluent nécessairement des chercheurs en sciences humaines et sociales dont la mission est de questionner les enjeux d’appropriation, les impacts sociaux et sociétaux de l’innovation. Comme le précise Isabelle Sabadotto, ”nous voulions observer comment les professionnels s’appropriaient les technologies, mais il n’était pas question de les leur imposer. Ces outils sont à leur disposition, libre à chacun de les utiliser ou non et d’identifier la façon dont il souhaite le faire.” Les chercheurs observent les usages qui sont faits de la technologie, ils mènent des entretiens individuels ou collectifs et conduisent des groupes de travail. Leurs observations se passent dans les établissements, au sein de différents services d’accompagnement en Résidences Autonomie ou Ehpad, en conditions réelles de travail ou dans les deux espaces de simulation créés au sein du Living lab Usetech’ Lab, qui permettent de mettre en situation les professionnels de santé avec les nouvelles technologies, sur la base de scénarii écrits par les sociologues, avec des temps de débriefings et de partage. Les résidents sont joués par des acteurs.

”Nous regardons ce qui se passe chez les professionnels et dans leurs relations aux patients. Nous prenons en compte les questions éthiques qui se posent, notamment dans l’utilisation des robots, comme le phoque Paro que certains professionnels trouvaient infantilisant et qui se révèle être particulièrement utile quand il s’agit de prodiguer des soins délicats à une personne âgée.”

La recherche au sein du Living lab doit répondre à trois critères. Une approche innovationnelle liée aux technologies numériques et/ou dotées d’intelligence artificielle. Une approche écosystémique, impliquant différentes compétences, expertises, appartenant à divers établissements, n’ayant pas l’habitude de se côtoyer. Grâce à ces rapprochements autour de différents axes de recherche, se crée une nouvelle forme d’intelligence collective. Les compétences ne s’additionnent pas, elles s’enrichissent pour créer une méthodologie de travail complète, stimulante et innovante qui sort des silos habituels. Et enfin, une approche en sciences humaines et sociales qui sera systématiquement poursuivie pour identifier, étudier les problématiques sociales et sociétales en lien avec l’utilisation des nouvelles technologies, liées entre autres aux enjeux de transformations des organisations, des services, aux mutations des métiers et des savoirs et aux formations.

Bousculés par la pandémie et les confinements

Ici comme ailleurs, la pandémie a servi d’accélérateur d’évolutions en cours. Isabelle Sabadotto : ”Nous avons dû utiliser les outils numériques de visioconférence pour répondre aux besoins de contact des familles pendant les confinements. Il s’agissait d’une demande de l’entreprise qui a percuté la recherche et sa méthodologie, mais qui a aussi permis d’accélérer la démarche en faisant émerger un point de progrès concernant la relation et la communication avec les familles. Cet exemple illustre la façon dont la technologie peut mettre en avant des problématiques auxquelles on ne pensait pas. Par ailleurs, et malgré la crise, nous avons maintenu un lien avec les équipes, même si les simulations ont été arrêtées. Après les confinements, nous avons senti chez elles le besoin de revenir sur la recherche, de se remettre dans une dynamique positive, d’exprimer leurs avis, leurs besoins par rapport aux transformations des métiers.”

Premiers bilans

”L’ambition assez forte au départ couplée à la démarche des petits pas ont contribué à mener des expérimentations sur le terrain qui nous permettent d’alimenter les recherches. Nous avons utilisé des outils qui au final n’ont pas été qualifiés par les équipes ; d’autres qui ont dû être adaptés ; d’autres qui nécessiteront d’adapter l’organisation de l’établissement ou permettront de développer de nouveaux services, comme le maintien à domicile. Cette démarche contribue à l’adaptation, l’évolution organisationnelle de l’entreprise, des services, des formations. Par exemple, nous proposons aux professionnels des formations sur ”la dynamique d’innovation en santé” et nous prévoyons à l’avenir d’autres formations très ciblées.

Les personnels associés à la démarche ont fait preuve de curiosité et de questionnements. Nous voulions impliquer dans les expérimentations certains qui y étaient favorables mais aussi des réfractaires à la technologie. Dans les faits, nous avons plutôt observé un engouement. La difficulté consiste principalement à libérer le temps que ces personnes peuvent consacrer aux recherches en particulier au regard des tensions de recrutement auxquelles le secteur de santé est confronté. Des financements externes permettent d’associer les professionnels de terrain à ces travaux de recherche, le plus complexe consiste à gérer les plannings de remplacement pour assurer la prise en soin et l’accompagnement auprès de nos patients et résidents.  C’est au final pour améliorer ce service et cet accompagnement que ces recherches ont vu le jour.

Mais nous avons pu maintenir les recherches car il y avait une vraie appétence chez les professionnels. Un jour de simulation, c’est toujours positif et riche. L’idée est de construire de nouvelles pratiques, de nouveaux usages, de nouveaux référentiels. Pas seulement de booster les personnes. Elles en ont vite perçu l’utilité.”

Une dynamique collective de travail

”Depuis le début, avec l’ensemble des parties prenantes, nous veillons à bien nous accorder sur les objectifs et les temps, de manière à ce que chacun s’y retrouve. Nous avons réussi à déployer une forme d’intelligence collective. Ce que nous arrivons à faire ensemble, nous n’y arriverions pas chacun de notre côté. Nous avançons avec une certaine efficacité.

Ainsi, le programme ”Bien-être” avec le robot cutii a des prolongements dans plusieurs domaines : diététique, lien social et condition physique. Nous avons demandé aux personnels qui l’ont expérimenté, par exemple un psychologue, une diététicienne, de sortir de leur rôle habituel. Tout cela é été rendu possible par une dynamique collective de travail. Les chercheurs sont impressionnés par la qualité des échanges avec tout le personnel, depuis les personnes à l’accueil jusqu’aux médecins.”

Les prochaines étapes

”L’idée est d’avancer sur les recherches pour, dans la foulée, déterminer ce que nous pourrons proposer aux établissements en termes d’évolution de leur organisation et de leurs services. Lorsque les chercheurs restituent les résultats des recherches aux directeurs d’établissements, lorsqu’ils les font réfléchir sur les façons de s’approprier les outils et de transformer les organisations, tous ces échanges contribuent encore à alimenter la recherche.

Nous allons continuer à travailler avec les personnes âgées notamment dans l’objectif du maintien à domicile, et il ne sera pas uniquement question d’un volet technologique mais aussi RH ”qui intervient quand ?” et nous allons aussi orienter les recherches vers l’accompagnement des personnes en situation de handicap.”

Isabelle Sabadotto conclut en précisant que Usetech’Lab est à la disposition de tous ceux qui veulent se l’approprier, y compris des patients experts. L’idée est de le rendre accessible à tous, de proposer un pas de côté aux professionnels de terrain afin d’alimenter une réflexion qui pourra être reprise au niveau national.

Informations pratiques

Le Living lab associe trois chercheurs en sociologie des organisations et du travail, d’autres chercheurs en informatique ou sur d’autres domaines d’expertise, une chargée de mission, une chargée de communication. Isabelle Sabadotto, directrice de la communication et de la recherche de Vyv3 Centre-Val de Loire, y travaille à mi-temps.

Le Living lab est installé à MAME, au sein de la Cité de la création et de l’innovation de la métropole de Tours.

Innovations technologiques en santé : quelles redéfinitions des organisations et des savoirs professionnels ?” tel est le thème du deuxième colloque organisé par le Living lab le 14 juin 2022 ouvert à tous. Pour s’y inscrire, cliquer sur ce lien : contact@usetechlab.fr

Pour accéder au film de présentation du Living lab : https://youtu.be/p0AIDQvZoP4

SAAS passera bien

Vidéo du 12 avril
Check-list avant décollage pour garantir la réussite de votre projet SIRH Talent

Vous avez un projet SIRH ? Quels sont les 10 conseils pour en assurer la réussite durant les phases de sélection, de négociation, d’implémentation, et de lancement.

Cette présentation se voudra interactive afin de pouvoir répondre au mieux à vos questions.

Cliquer ici pour revoir le webinar